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" Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s’occupe de vous "

Catégorie société
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Je crois que cette question nous a tous traversé l’esprit : « Qu’est la politique aujourd’hui ? ».

Les soubresauts de nos élus sont de moins en moins amples et finissent pas se résumer à de simples et banals tressaillements. Pour peu que l’on s’y investisse, nous, simples citoyens, et à quelque niveau que ce soit, nous sommes rapidement et irrémédiablement confrontés à une imposante machinerie dans laquelle rien n’est aussi simple qu’il n’y paraît, tout étant affaire d’action et de réaction.

La complexité de la chose politique n’est pas surprenante en soi et elle s’exprime autant par sa hiérarchie que par son mode de fonctionnement. La complexité d’une demande juste ou justifiable est indéniable. Celle-ci devra être évaluée avec objectivité et compétence (aucune mesure n’est gratuite dans les effets causés par son application) mais la complexité se manifestera surtout et quelquefois uniquement par le chemin qu’elle devra accomplir dans les méandres du pouvoir.

Prenez un dictionnaire est lisez la définition de politique : « Exercice du pouvoir ».

Il n’est pas marqué par exemple : « Engagement moral et participatif dans le but d’améliorer selon nos convictions le bien commun ».

Cet exercice du pouvoir est bien réel et explique majoritairement les actes et le comportement de la majorité de nos hommes politiques, toutes tendances confondues. Kissinger disait (l’hôpital se foutant de la charité) : « C’est vraiment dommage que 90% des politiciens donnent une mauvaise réputation aux 10% qui restent. ».

Cette opinion est très répandue et décrédibilise malheureusement pas seulement les hommes politiques, mais la politique elle-même. Il serait tout à fait dans l’air du temps de se demander, à fortiori, s’il reste possible de faire de la politique avec une éthique intacte.

Cette apparente compromission généralisée détourne les français (en tous cas) de la chose politique et nous nous approprions le proverbe italien : « On entre en politique avec un bel avenir devant soi et on en sort avec un terrible passé ». Certains comportements des politiciens actuels ne doivent pas pour autant nous faire renoncer à la politique, ce serait leur laisser carte blanche.

Un autre phénomène accentue encore la vertigineuse chute d’intérêt de la politique.

Il s’agit du gommage progressif des différences entre la droite et la gauche.

Tout du moins, c’est comme cela que sont perçus les glissements sensibles de la droite et de la gauche vers un centre incertain. Ce glissement est réel dans les modes de fonctionnement des partis majoritaires actuellement en présence. Ils sont présents par les faits et les actes mais aussi par les courants de pensée qui les traversent.

Les socialistes ne font plus une politique de gauche et l’UMP se fait le chantre des acquis sociaux. Ces rapprochements sont inquiétants finalement et ils dénotent un double objectif : le désir d’apparaître comme le défenseur d’une population en proie aux difficultés d’une part et d’autre part de l’acceptation inavouée d’un courant économique soi-disant incontournable. L’on pourrait aisément rapprocher cet abandon des préceptes originaux de l’avancée indicible de ce que l’on considère généralement comme la direction moderne de l’espèce humaine : « la mondialisation ».

Voilà un terme qui ne renferme aucun projet réel mais qui les renferme apparemment tous. Nous redistribuons alors les cartes comme nous pouvons. Nous crions haut et fort que le clivage droite-gauche est une impasse mais nous avons beaucoup de mal à trouver une place hors de ce modèle.

Il est vrai que le clivage droite-gauche apparaît dans certaines situations comme l’élément qui empêche toute avancée. Il semble impératif de ne pas retenir cette dualité comme fondement de toute interprétation. La dilution de cette opposition nous pousse à essayer de nous affranchir de ce clivage, un bref instant en tous cas, pour n’apprécier que le but. En d’autres termes, nous pourrions dire que malheureusement l’objectivité est confiée aux citoyens. Il s’agit déjà d’un exercice difficile. Néanmoins, je ne crois guère qu’il faille totalement dépasser ce clivage. En effet, nous pouvons nous demander si la démocratie ne va pas se trouver réellement diminuée par un trop grand consensus. Une certaine rivalité droite/gauche semble nécessaire. Si nous nous convainquons que la droite et la gauche sont totalement identiques dans les faits, il est sans doutes à craindre que les extrêmes et les abstentionnistes aillent s’en nourrir ce qui n’augure rien de bon pour une démocratie.

Nous voyons des hommes politiques en campagne qui n’ont plus de programme mais uniquement des spécialistes de la communication. Nous entendons qu’il ne faut plus voter pour mais contre quelqu’un. Le spectacle de la politique dans les médias nous achèvent en nous montrant des débats qui ne se jouent que sur la forme et plus sur le fond. Il ne s’agit plus de débats mais de duels, que les médias s’en réjouissent ou pas, là n’est pas le propos.

Le vainqueur d’un débat n’est pas celui qui arrive à convaincre mais celui qui réussi à écraser l’autre par ses propos. Le seul média qui, à ma connaissance, réunit encore les conditions d’une vraie confrontation d’idées et pas uniquement d’un affrontement entre personnes est internet. Cependant, une fois encore, cela nous demande d’entreprendre nous-même cette démarche. Encore faut-il veiller à alimenter notre objectivité en ne nous cantonnant pas à des sites qui ne proposent qu’une seule manière de voir les choses car avec les outils de recherche nous pouvons trouver notre bonheur en recherchant un sujet précis. Je ne veux pas dire que Internet soit merveilleux (il a les défauts de ses qualités) mais faute de mieux ...

Il semble nécessaire aujourd’hui et de plus en plus, pour les différentes raisons évoquées, que chaque citoyen se replonge un tantinet dans la politique. Non pour tenter une carrière mais pour se réapproprier ce qui lui appartient.

Ainsi, chacun pourra s’armer un peu plus pour décrypter ce qu’on lui raconte mais, mieux encore, ne laissera pas aux élus de quelque niveau que ce soit, ce fâcheux sentiment que tout et n’importe quoi peut être dit gratuitement.

Pour le referendum actuel sur le TCE, nous assistons à effet tout à fait singulier. Tous les partis sont divisés, pas moins que les syndicats. Il semble qu’il y ait une ré appropriation de la politique par les citoyens. Il ne faut cependant pas sous-estimer qu’une des raisons de cela est la voie référendaire, mais tout de même.

Il est vrai, dans le même ordre d’idées, que contrairement à l’habitude, nous ne votons pas pour un parti ou une personne, mais pour un texte. Je ne crois pas me souvenir d’une date politique pour laquelle l’implication des citoyens ait été aussi large. Maastricht fut une formalité en comparaison.

Le bon coté dans tout cela reste que beaucoup se seront ré-investis dans la politique en général et dans le fonctionnement de l’Europe en particulier et je crois réellement que c’est la route à suivre.

Même si le OUI passe (ce que je ne souhaite vivement pas) ou que le NON passe mais que par une mascarade quelconque cela ne change rien, beaucoup seront vigilants (partisans du OUI ou du NON) et il leur sera beaucoup moins facile d’agir masqués.

Dans les deux cas cependant, il ne faudra pas se laisser aller au défaitisme. Nous n’en sommes heureusement pas là et je reste confiant sur l’issue.



Publié le 21 mai 2005  par Laiguillon


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