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Le poète de l’exil, de la blessure et de la paix Mahmoud Darwich : hommage posthume

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(JPEG) Le poète de l’exil, de la blessure et de la paix : Mahmoud Darwich Hommage posthume

’En poésie, ou tu t’enlises jusqu’à ta dernière goutte de sang ou tu quittes le jeu’’ Nizar Qabbani

Mahmoud Darwich, l’une des figures de proue de la poésie palestinienne, l’un des plus grands poètes de langue arabe, est né le 13 mars 1941 à Al Birwa, Village Galiléen, en Palestine sous mandat britannique. En 1948, avec l’établissement d’Israël, il se réfugie avec sa famille au Liban. Son village, tombé aux mains des forces sionistes, est rayé de la carte et remplacé par une colonie juive. En 1950, Il retourne, clandestinement en Palestine, y poursuit ses études primaires et secondaires. Ses poèmes lui vaudront d’être emprisonné à cinq reprises entre 1961 et 1967. Assigné à résidence à Haïfa où il travaille comme journaliste, il est obligé de s’exiler. Ses villes d’exil seront d’abord Moscou, puis le Caire, Beyrouth, Tunis et Paris (‘’J’habite dans ma valise ‘’disait-il) Rédacteur en chef de la revue Shou’oun faletiniya, directeur général du centre palestinien de recherches, membre du comité exécutif de L’OLP, président de l’Union des écrivains, Mahmoud Darwich est le fondateur de l’une des principales revues littéraires arabes Al- Karmel. Très réservé sur l’accord d’Oslo conclu entre Israël et l’OLP, il quitte les instances dirigeantes palestiniennes pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Samedi Aout 2008, Mahmoud Darwich s’est éteint aux Etats-Unis dans un hôpital de Houston où il avait subi une intervention chirurgicale.

Ses œuvres traduites :

-   Les Poèmes palestiniens de Mahmoud Darwich, Paris, Cerf, 1970
-   Rien qu’une autre année : autobiographie poétique 1966-1982, Paris, Minuit 1983
-   Palestine mon pays : l’affaire du poème, Paris, Minuit 1988
-   Plus rares sont les roses, Paris,Minuit 1989
-   Chronique de la tristesse ordinaire, suivi de Poèmes palestiniens, Paris, Cerf 1989
-   Au dernier soir sur cette terre, Arles, Actes Sud 1994
-   Une mémoire pour l’oubli, Arles, Actes Sud 1994
-   Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? , Arles, Actes Sud 1996
-   La Palestine comme métaphore : entretiens traduits par Elias Sanbar, Paris, Sindbad/ Actes Sud
-   La terre nous est étroite et autres poèmes, Paris, Gallimard, 2000
-   Le lit de l’étrangère, Arles, Actes Sud, 2000
-   Murale , Arles, Actes Sud, 2OO3
-   Etat de siège, Paris, Sindbad/ Actes Sud 2004
-   Ne t’excuse pas, Paris, Sindbad/ Actes Sud 2006
-   Entretiens sur la poésie, Paris, Sindbad/ Actes Sud, 2006
-   Comme des fleurs d’amandiers, ou plus loin, Paris, Actes Sud, 2007

Mahmoud Darwich est mort ?

Quel mensonge ! Ne parlez pas de la mort D’un bel oiseau ! Le mot seul glace Aussitôt prononcé ! Mahmoud Darwich n’est pas mort Mahmoud Darwich ne meurt pas Mahmoud Darwich n’est qu’en voyage pour se reposer du mensonge De ce monde atone De ce monde menteur Qui fait, et n’arrête pas De faire semblant Et s’obstine à s’enlaidir Quand le jour se lèvera Quand notre jour se lavera De la nuit Notre poète reviendra Repose-toi Mahmoud Repose-toi mon ami Abderrahmane Laghzali : Le 10/ 9/ 2008

A l’instant malade

« Entre ’’le pessimisme de la pensée’’ et ‘’ l’optimisme de la volonté’’, l’écriture devient nerveuse dans sa manière d’approcher ce nouvel acte dramatique dans le parcours palestinien. L’écriture, qui est une objection, ou un jeu efficace en dehors du pouvoir, se trouve, face à cet instant embarrassant, satisfaite de ce qui, d’ordinaire, ne la satisfait pas. Elle se trouve dans la situation de défense d’une édification exposée à la démolition d’une part, et, d’autre part, dans le besoin de restreindre son devoir actuel par un nombre de considérations diplomatiques qui sont étrangères à sa nature. Car, en son homme, elle mobilise la qualité du citoyen chargé de toutes les variétés du devoir devant une mer menaçant, le navire avec tous ses passagers et leurs contradictions, de naufrage. Le sauvetage, ou la tentative de sauvetage- et rien d’autre- est le dessein de l’écriture ... » Mahmoud Darwich Traduction : Abderrahmane Laghzali (Extrait de l’éditorial du n 9/ 1983 de ‘’Al Karmel’’,Revue de l’Union Générale des Ecrivains et Journalistes Palestiniens dont le rédacteur en chef Etait le poète Mahmoud Darwich)

XXXXX

Le pigeon s’envole

Le pigeon s’envole Le pigeon atterrit Prépare-moi la terre pour que je me repose Je t’aime à la fatigue Ton matin est un fruit pour les chansons Et ce soir est or... Mahmoud Darwich Al karmel 1984/n11 Traduction : Abderrahmane Laghzali

Père, dis-moi Est-i l vrai que tous les hommes, ont des lieux Ont du pain, des espoirs Et un hymne national ? Pourquoi donc avons-nous si faim Et chantons-nous, tout bas, des poèmes tristes ? ( ...) Extrait de ‘’état de siège’’ Traduction :Elias sanbar (Actes Sud, 2004)

Ö chanteur de Palestine ¨

« Ö chanteur de Palestine dans toutes les atmosphères : celle de la révolution, de la défaite, de vagabondage, de résistance, et de retour, ton pays t’attend. Le rossignol qui te le dit a toujours raison. Il est la voix de l’Histoire au moment de la vérité. Et la vérité que nous cherchions dans les dossiers du droit international crie de toute pierre palestinienne. Vu notre fort amour, nous sommes devenus capables de comprendre le langage de la pierre. Et, notre sang qui remplit le visage du monde se métamorphosera en miroirs pour les consciences. Continuons la quête du miracle de la soudure susceptible de rendre son unité à l’orange que le couteau a tranchée en deux... » Mahmoud Darwich Al Karmel Traduction : Abderrahmane Laghzali

-  Où me mènes- tu, père ?
-  En direction du vent, mon père (...)
-  Qui habitera notre maison après nous, père ?
-  Elle restera telle que nous l’avons laissé mon enfant ( ...) Mahmoud D, extrait du poème : ‘’L’éternité du figuier de barbarie’’ Traduction : Elias Sanbar

Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes et donne à ta vie une autre chance de restaurer le récit. Toutes les amours ne sont pas trépas, ni la terre, migration chronique. Une occasion pourrait se présenter, tu oublieras la brûlure du miel ancien Mahmoud Darwich Extrait de ‘’dépose ici et maintenant’’ ‘’Ne t’excuse pas’’, Traduction : E Sanbar

Etranger dans une ville lointaine

Lorsque j’étais petit et beau j’avais la rose pour demeure et les vastes mers pours sources

La rose devint blessure Et les sources soif

-  Ai-je beaucoup changé ?
-  Je n’ai pas beaucoup changé

Lorsque nous reviendrons comme le vent à notre demeure regarde bien mon front tu verras que la rose est devenue palmier tu verras que les sources sont devenues sueurs tu me retrouveras comme j’étais petit et beau Mahmoud Darwich Extrait de Rien qu’une autre année A Laâbi , éd Minuit 1983

« Quand tu prépares ton petit déjeuner, pense aux autres. N’oublie pas le grain aux colombes. Quand tu mènes tes guerres, Pense aux autres. N’oublie pas ceux qui réclament la paix Quand tu règles la facture d’eau Pense aux autres Qui tètent les nuages Quand tu rentres à la maison, ta maison, N’oublie pas les peuples des tentes. Mahmoud Darwich

///////////////////////////////////////////////////////////////////////////// Citations de Mahmoud Darwich

« On s’est habitué à penser que, pour moi, la femme, c’est la patrie. Il faut toujours que je prouve que je suis normal et que je fais l’amour avec des femmes, pas avec la terre ! »

ooooooooooooooooooooo

« Un poème peut tout exprimer. Il nous faut néanmoins l’éloigner de tout ce qui le perturbe : l’éphémère, le conjoncturel, l’immédiat, l’inconsistant dans le réel. Je dis l’inconsistance du réel, et non sa pesanteur. »

ooooooooooooooooooooo « Cette obsession de vouloir toujours servir la cause par le biais de la poésie est inutile. Elle ne sert ni la poésie ni la cause palestinienne. » ooooooooooooooooooooo

« Celui qui m’a changé en exilé m’a changé en bombe. Je sais que je vais mourir, je sais que je livre une bataille perdue au présent, car elle est d’avenir. Et je sais que la Palestine-sur la carte- est loin. Et je sais que vous avez oublié mon nom dont vous avez falsifié la traduction. Et tout cela je le sais. Et c’est pourquoi je porte la Palestine sur vos boulevards, dans vos maisons, dans votre chambre à coucher. » Un des premiers textes de Darwich (Cité dans une chronique de T.B.Jelloun) oooooooooooooooooooo

« Nous leur proposons un marché : qu’ils démantèlent les colonies, et nous démantèlerons le poème. »

oooooooooooooooooooo

« Je ne crois pas qu’il y ait au monde un seul peuple à qui l’on demande tous les jours de prouver son identité come les Arabes. Personne ne di aux Grecs : vous n’êtes pas grecs ; personne ne dit aux Français : vous n’êtes pas français. Mais l’Arabe doit en permanence présenter ses papiers d’identité, parce qu’on cherche à le faire douter de lui-même. Je ne suis pas obsédé par la généalogie et la parentèle. Je suis ma langue. Pas plus pas moins. Et je dis que dans cette langue, on perçoit le voisinage des Romains, des Perses et de tant d’autres peuples. Il n’y a pas de ghetto dans mon identité. Mon problème réside dans ce que l’Autre a décidé de voir dans mon identité. » oooooooooooooooooooo

« Plus ce poème (‘’Inscris ! Je suis Arabe’’) avait du succès, et plus il m’irritait. Quel besoin les gens ont-ils de se savoir arabes ? » oooooooooooooooooooo

« Nous serons un peuple lorsque l’écrivain Regardera les étoiles sans dire : Notre patrie est encore plus élevé...et plus belle »

De l’un de ses derniers poèmes ‘’Nous serons un peuple’’ ooooooooooooooooooooo

« Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir de libération et d’indépendance. Espoir d’une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victime. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir. » oooooooooooooooooooooo ////////////////////////////////////////////////////////////////////

On a dit de Mahmoud Darwich :

« ...Dans ces camps un de mes petits élèves, nommé Darwich, vendait des craquelins en permanence. Je le poursuivais entre les camps, dans la boue et les étangs, pour les cours du soir. Il avait les cheveux crépus, courts et toujours mouillés. Il était très intelligent, le meilleur en rédaction... » Ghassan Kanafani( 1936- 1972) D’une nouvelle’’ Le cadeau de l’Aid’’ Traduction : Abderrahmane Laghzali

« Mahmoud était la fleur de nos jours » Mahmoud Shukair, écrivain, nouvelliste, journaliste palestinien résident à Jérusalem (Al Qods)

« C ‘était un homme ivre de vie et qui ne se laissait jamais berner par les apparences, par les mensonges des politiques. Il était visionnaire, simplement, sans tapage. Il ne parlait jamais de lui, de sa poésie, ne se mettait pas en avant, aimait rire, plaisanter, et raconter avec légèreté des histoires graves. » Tahar ben Jelloun

« Au-delà de toute préoccupation technique, demeure, ses choix premiers : en poésie, toute idée, toute pensée doit passer par les sens ; toute poésie est d’abord orale, et par là musique ; et elle s’arme de fragilité humaine pour résister à la violence du monde. » Elias Sambar (Ami et traducteur (en français de Darwich)

« A Arles, je lui ai dit que je voulais proposer à mes amis poètes de nous déclarer, chacun de nous ‘’Palestiniens honoraires’’.Il a essayé de ne pas répondre, en riant avec l’embarras habituel d’un frère. Et c’était vrai, comme nos tentatives pour comprendre et épouser l’inconsolable doivent sembler dérisoires ! Nous ne pouvons mourir ou écrire à la place de son peuple, à la place de Mahmoud Darwich. » Breyten Breytenbach (Ecrivain et poète Sud Africain) ‘’L’honneur d’avoir connu Mahmoud Darwich’’

« La mort de Mahmoud Darwich ressemble à une scène majeure de la tragédie palestinienne, où l’amoureux transi parvient à raconter sa bien-aimée seulement après avoir connu le martyr ou l’égarement, selon ses propres termes. » Ibrahim Nasrallah (Ecrivain, poète journaliste, photographe, Palestinien)

« Heureux le peuple qui a pour dieu la poésie. Heureux le peuple qui pour symbole national les poètes, et non des généraux, des gens disposant de fortunes matérielles ou d’autres oligarques du même style...Telle est ma pensée en marchant, avec un groupe d’une vingtaine de militants israéliens, dans l’immense cortège funèbre de Mahmoud Darwich à Ramallah » Michel Warscawski (Journaliste et écrivain, l’un des représentants du courant radical antisioniste « Pour le peuple palestinien, ton départ est insurmontable. En ces temps d’incertitude, nous avions tellement besoin de ta voix pour nous soutenir et nous rassurer, parfois pour nous révéler à nous même. Nous avons encore tellement besoin de ton message de paix pour réveiller la conscience de ce monde qui trop souvent ferme les yeux et fait la sourde oreille aux cris de nos victimes meurtries » Hind Khoury Déléguée Générale de la Palestine en France

« Avec le décès de Mahmoud Darwich, le monde a perdu une voix fascinante et passionnée dénonçant la dépossession et la souffrance qu’elle engendre. Il fut le poète de l’exil, le poète des réfugiés dont la langue est universelle de la rupture et de l’aliénation sera entendue dans les discours politiques et poétiques pendant de nombreuses année à venir » Karen Abu Zayd : Commissaire générale de l’office de sécurité et des travaux aux Nations Unies pour les réfugiés de laPalestine Dans le Proche-Orient

« Au fond, la poésie c’est ça : Mahmoud Darwich, lisant ses poèmes en arabe en France devant un public français dont bon nombre ne comprennent pas un mot de sa langue, et qui l’écoutent des heures envoûtés par cette musique, captivés par ce que leur disent intimement ces mots qu’ils reçoivent en profondeur alors qu’ils leurs sont en principe étrangers. » Pierre Assouline Le monde

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Publié le 17 janvier 2010  par Laghzali


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