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L’heure du Ring par Jean-Laurent POLI

Catégorie Musique
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(JPEG) Début d’une tétralogie à l’Opéra de Paris
Les 136 mesures identiques de l’ouverture en mi bémol de l’Or du Rhin se déclinent en lents arpèges dans un silence quasi-religieux . Pas l’ombre d’un quinteux pour une fois. Pour cette générale sont déjà présents les adeptes de la scène Richard Wagner. L’heure est au recueillement. Philip Jordan est entré dans la fosse. Il doit diriger toute la tétralogie d’ici 2013 et chacun l’attend.Et pas seulement au premier tournant. Pour la mise en scène, Gunter Kraemer est aux manettes.Tout le monde se souvient du Ring de Patrice Chéreau qui génialement situa l’oeuvre dans les années 20 ( Albérich le nabot teigneux y incarnait une sorte de représentant des puissances d’argent, un Madoff d’aujourd’hui).

Pour lui aussi la concurrence est rude.

Les 136 mesures sont jouées dans une beauté lente de cuivres jusqu’à cette interruption si incroyable de la nappe sonore par une des trois Lorelei que le rideau découvre subitement.

"Weia !Waga !Woge, du Welle ! Walle zur Wiege !Wagalaweia !Wallala weiala weia !"

Traduction simultanée difficile : il s’agit de borborygmes .Les trois Ondines sont des être de nature plus que de langage. Elles vivent nues dans l’eau de ce leimotiv inaugural(qui peut représenter le fleuve en ses ondulations ou la naissance de l’œuvre au choix en tout cas d’une sensibilité à fleur de peau). Gunter Kraemer les a vêtues d’une combinaison de poupées gonflables.Subtile référence. Un critique mal intentionné de l’époque avait parlé d" aquarium à putes" pour désigner ce début génial. C’est sur la côte Adriatique que Wagner aurait imaginé au milieu du dix neuvième siècle cette ouverture insensée. Ce choix obsédé et répétitif. Cette manière de procéder par glissements progressifs.Dans un courrier à son beau-père Frantz Liszt , il confie que l’Or du Rhin ne ressemblera à rien d’autre.

Tout baignerait dans l’eau douce si l’immonde Alberich , nibelungen frustré et trop près de ses genoux ne voulait s’emparer du magot aquatique . Que le voleur soit frappé de la malédiction de ne plus pourvoir être aimé ne l’inquiète guère. Il s’offrira des plaisirs tarifés. Les ondines ont beau le mettre en garde, le nabot ne voit que son intérêt immédiat : se faire un anneau de l’or du Rhin pour devenir le maître absolu

-Das Rheingold ! Das Rheingold !

Dans leur séjour incertain les Dieux germains (étrangement carpaçonnés de panoplies charnelles pour se distinguer) n’ont pas la grande forme . Wotan , le patron songe à améliorer son intérieur en faisant construire une forteresse le futur Wallalah. Le moral n’est pas au beau fixe chez les puissants et on s’ennuie un peu en attendant Loge dit le rusé. La construction a coûté les yeux de la tête et l’imprudent a promis aux géants costauds Fafner et Fasolt, pour prix de leur contribution la princesse Freia soeur de sa femme. Ils finissent par enlever la princesse car Wotan ne veut plus payer ce prix en chair fraîche d’autant que sa belle-soeur produit des fruits de jouvence qui permettent de conserver une jeunesse éternelle.

Aidé de son fidèle Loge , malin comme un sage, il part à la recherche de l’or volé dans les sous-sols des Nibelungen où Alberich l’immonde a déjà réduit tout le monde en esclavage y compris Mime son propre frère.

On l’aura compris les mythes allemands utilisés ont quelque chose du Seigneur des Anneaux et le livret paraît suranné même si les qualités de dramaturge de Richard Wagner sont incontestables. Prima la musica donc et là on n’est pas déçus par cette oeuvre abstraite, austère (pas d’Arias libérateurs, pas de passion comme dans la Walkyrie ou Tristan) mais une recherche exigeante, avant-gardiste sans concession où l’orchestre peut parfois être étouffé par le bruit rythmé et percussif d’enclumes comme dans de la musique concrète.

Sur le plan du chant qui semble être la marque de fabrique des Opéras désirés par le nouveau directeur , il y a fort à parier que cet "Or du Rhin" satisfasse les plus wagnériens. Falks Struckmann est un Wotan à la voix limpide, Sophie Koch(qu’on a vu récemment dans Werther)une épouse divine de grande tradition qui exprime à merveille le malaise divin, Alberich remarquable de lubricité contrariée (Peter Sidhom)un méchant sans faille servie par trois filles du Rhin épatantes Les deux géants Gunther Groissbock et Iain Paterson vont résonner leurs basses profondes. Comme Donner tonnant dieu du Tonnerre (Samuel Youn)Enfin Quiu Lin Zang , déesse de la terre hiératique , apparition fantomatique emplit l’espace de l’opéra Bastille de la voix pure de la justice.

Opera Bastille / Première le jeudi 4 mars 2010



Publié le 3 mars 2010  par Jean-Laurent Poli


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