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Louise Michels, la bonté libertaire

Catégorie société
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(JPEG) Louise Michel à travers ses archives

La vie de Louise Michel peut être considérée comme un "roman picaresque" affirme Edith Thomas dans sa biographie. Elle la décrit comme une femme romantique, sentimentale et passionnée. Ainsi dans sa jeunesse tombe-t-elle éperduement amoureuse de Victor Hugo puis de Théophile Ferré. Elle peut aussi haïr passionnément, à tel point qu’en 1871, elle projette d’éliminer Adolphe Thiers. Au dernier moment, elle décide de ne pas mettre son plan à exécution.

Louise Michel est radicale dans ses jugements et reste fidèle à ses principes. Lors de son procès pour sa participation à aux émeutes de Paris, elle mène sa défense et refuse tout avocat. Elle défie les juges de la condamner à mort, au même titre que Théophile Ferré qui est fusillé le 28 novembre 1871.

Au secours des hommes et des animaux

Depuis sa plus tendre enfance, Louise Michel ne supporte pas la cruauté ni la souffrance des gens et des animaux. Dans ses Mémoires, elle dit avoir volé son aïeul pour donner aux plus nécessiteux. A Paris, avec ses collègues institutrices, elle aide les pauvres, soigne les malades, fait la lecture aux aveugles et crée une sorte d’association afin d’instruire "les idiots et fous", comme elle l’explique dans un ouvrage éponyme. En prison, on dit qu’elle donne tout ce qu’elle reçoit à ses compagnes d’infortune.

Par ailleurs, Louise Michel recueille de nombreux animaux, notamment des chats, dans son domicile parisien. Déjà, avec son grand-père, soignait-elle les animaux malades et maltraités. La garde-malade de sa mère, Mme Chantraine, lui reproche dans cette lettre de plus s’en préoccuper que de ses amis.

L’écrivain

Comme le dit Edith Thomas dans sa biographie de Louise Michel "elle n’a de cesse toute sa vie de griffonner, d’exprimer en vers ses peines, ses joies et ses colères. " Cela lui vient de ses grands-parents, qui étaient habitués à noter, dans un livre dédié à cet usage, des poèmes et alexandrins concernant les évènements de leur vie et qui l’incitaient à faire de même. Vers l’âge de 12 ans, elle décide même de récrire l’Histoire Universelle de Bossuet, qu’elle trouve trop ennuyeuse.

Lorsqu’elle est institutrice à Audeloncourt, elle écrit des vers dans un journal local. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle remplace le nom de Demahis, avec lequel elle signe ses textes, par celui de Michel. Elle signe aussi quelques fois ses textes du nom de Enjolras - chef d’un groupe révolutionnaire dans Les Misérables - en hommage à Victor Hugo.

A Paris, du temps où elle est institutrice, Louise Michel lit beaucoup, écrit une multitude de poèmes, de romans, de contes pour enfants et compose même un opéra. Ses amis se chargent de publier ses ouvrages - près de 25 en tout - et articles de presse chaque fois qu’elle est en prison ou en voyage. Elle écrit dans des journaux tels que l’Intransigeant, Les Temps Nouveaux ou le Libertaire. Elle écrit aussi pour d’autres journaux, quand on le lui demande, comme ici pour La voix du peuple socialiste ou pour des journaux étrangers.

La militante

Louise Michel n’est pas une "révolutionnaire née" comme elle veut nous le faire croire dans ses Mémoires. C’est à Paris qu’elle commence à militer pour le droit des femmes. Elle participe par exemple au Groupe du Droit des Femmes avec André Léo (alias Léonide Champseix) et Maria Deraismes. Celles-ci demandent l’égalité d’instruction pour les deux sexes. Elle est également secrétaire de la Société Démocratique de Moralisation qui a pour but d’aider les ouvrières à vivre de leur travail et à lutter contre la prostitution.

Louise Michel choisit ensuite la voie de l’anarchisme et fonde en 1895 avec Sébastien Faure, Le Libertaire, organe de fédération anarchiste. Elle participe également à de nombreuses conférences en France et fait des meetings aux Pays-Bas, en Angleterre, en Belgique, en Afrique du Nord et reçoit des invitations pour l’Espagne et les Etats-Unis.

"L’ethnographe"

Depuis sa plus tendre enfance, Louise Michel est avide de connaissances et d’une grande curiosité intellectuelle. Ainsi, le 28 août 1873, alors qu’elle embarque pour la Nouvelle-Calédonie, est-elle impatiente de commencer ce voyage. Son amie Marie Ferré l’a bien compris et la soutient dans cette lettre. Malgré des conditions de vie difficile, Louise Michel met à profit cette expérience. Elle préfère la compagnie des autochtones à celle des Communards et découvre la culture canaque aux côtés de Daoumi, mélanésien travaillant dans l’enceinte fortifiée de Numbo. A son contact, elle apprend la langue, les chants, les légendes et rites canaques et consigne tout dans ses carnets. Louise Michel est également fascinée par la végétation calédonienne. Dès son arrivée, elle se construit une serre où elle mène des expériences scientifiques.

Les relations avec sa mère

La relation entre Louise Michel et sa mère est passionnelle. Toutes deux s’aiment mais se chamaillent. Dans cette lettre, on se rend compte que Marianne Michel ne comprend pas les opinions politiques de sa fille et ne la soutient pas dans ses actions. Elle aurait préféré une fille plus "docile".

Louise Michel s’attache cependant à la rassurer, notamment durant ses périodes d’emprisonnement. En 1883 par exemple elle lui fait croire qu’elle est, pour un an, à la prison de St Lazare alors qu’elle est condamnée à six ans de détention à la Centrale de Clermont. Elle va même jusqu’à lui écrire qu’elle a un bon lit, une belle vue et assez de nourriture alors qu’elle est emprisonnée dans des conditions difficiles. Marianne Michel est analphabète, il est donc aisé de lui cacher la vérité. Son entourage, qui a connaissance de cette mascarade, joue le jeu.

Les relations avec ses proches

D’après la diversité des lettres du fonds d’archives Louise Michel, il semble qu’elle soit entourée, tout au long de sa vie, de nombreux amis tels que Victor Hugo, Georges Clemenceau, Marie Ferré, Jules Guesde, le Marquis de Rochefort ou la famille Vaughan.

Elle entre en contact avec Victor Hugo pendant son adolescence en lui envoyant ses poèmes. Dès lors, ils entretiennent une correspondance soutenue. Georges Clemenceau quant à lui est un grand ami, rencontré à Montmartre, même s’ils ont des opinions politiques différentes. Par ailleurs, lors de ses conférences, elle est souvent accompagnée par le politicien Jules Guesde et Marie Ferré. Quant au Marquis de Rochefort et à Ernest Vaughan, ils subviennent financièrement à ses besoins. On voit bien à travers cette lettre que Louise Michel est proche de la famille Vaughan.

Ce qu’en pense l’opinion publique

Si l’on en croit le fonds d’archives de Louise Michel, elle reçoit des marques de sympathie de l’Europe entière. On lui demande des autographes, on lui pose des questions sur des sujets divers et variés, et elle y répond avec bienveillance. Elle reçoit, par exemple, de nombreuses lettres de soutien et de souhaits de prompt rétablissement, comme en atteste cette carte de visite, après qu’un homme a tiré sur elle lors d’un meeting au Havre en 1888.

Mais Louise Michel a également des opposants et ils sont nombreux. La police la fait suivre par des mouchards : au moindre faux pas elle est épinglée et arrêtée. Elle quitte Paris pour Londres en 1890, lasse des ragots et calomnies comme on le perçoit dans cette lettre adressée à M. Vaughan. Comme le dit sa biographe Edith Thomas, "En prison comme en liberté, Louise Michel n’a pas fini de faire parler d’elle".

Source :
Institut international d’histoire sociale

1878, Louise, la canaque

La vie intrépide et trépidante de Louise Michel lors de sa déportation en Nouvelle-Calédonie.

Décembre 1871, Louise Michel est condamnée à la déportation pour sa participation à la Commune de Paris. Comme elle, plusieurs milliers de communards furent aussi déportés en Nouvelle Calédonie. Louise Michel continuera sur place son action en faveur des exploités et des opprimés : les Kanacks.

Louise voulait "savoir ce que savent les noirs".

Elle rencontre un canaque. Rapidement amis, Louise lui apprend à lire, à calculer, et lui enseigne les premiers rudiments de la musique. Lui, contait les légendes de sa tribu, les voyages aventureux, les épopées guerrières transmises de génération en génération. Louise s’assimilait avec rapidité la richesse de ces récits, tandis que, intuitivement, elle saisissait les nuances, les détails de la vie et des mœurs canaques, et les enrichissait encore. Charles Malato(1) qui, lui aussi, avait étudié ces peuplades, lui fit connaître ce qu’il avait recueilli, en particulier la langue ou plutôt les dialectes de ces primitifs.

Estimant connaître suffisamment les dialectes, elle fit part un jour à ses compagnons de son désir d’aller au sein des tribus sauvages. "Vous êtes folle, lui dirent ceux-ci, vous n’en sortirez pas vivante et, de plus, comme ces gens sont anthropophages..."

Elle partit et apparut la nuit tombée dans une clairière où les naturels entouraient un feu. Pétrifiés, n’en croyant pas leurs yeux, ceux-ci regardaient s’avancer cette femme seule et sans arme. Leur stupéfaction redoubla lorsqu’ils se virent saluer dans leur dialecte par cette apparition : "Gouchenérée (moi soeur amie)", dit-elle. " Assieds-toi ", lui dit le chef, mais ils se méfiaient, et les hommes gardaient leurs sagaies à la main.
-  Qui es-tu ? Que veux-tu ? Es-tu envoyée vers nous par les mauvais hommes blancs ?
-  Non, répondis-je. Je suis une amie...
-  Tu t’es sans doute sauvée du bagne et tu espères que nous allons te cacher ? Mais les Canaques ne cachent jamais les prisonniers.
-  Je ne me suis point évadée. Elle s’assied au milieu du groupe. Les Canaques se méfient encore.
-  Tu es ici depuis longtemps ? demande le chef.
-  Deux mois.
-  Tu es criminelle sans doute ? Tu as versé le sang de ton mari ? Tu as peut-être empoisonné tes frères ?
-  Non, dit-elle en souriant, je ne suis pas une criminelle. Le Canaque est étonné.
-  Alors pourquoi les blancs d’Europe t’ont-ils envoyée ici ? Louise, alors, entreprend d’expliquer aux Canaques attentifs l’histoire de la Commune. Elle dit que parmi les blancs il y a des bons et des méchants. Avec ses amis, elle a voulu renverser les méchants du pouvoir. Elle raconte les phases de la lutte de Paris et ils comprennent.
-  Tu es guerrière comme nous, tu as été vaincue comme les malheureux Canaques quand ils ont voulu résister aux blancs. Et le chef ajoute : Oui... les méchants sont toujours plus nombreux que les bons... eux toujours tuer et toujours avoir raison.

A quelques jours de là, dit Louise, un déporté de la Commune s’enfuit de la presqu’île Ducos et se réfugia dans la brousse. Ordinairement les noirs étaient sans pitié pour les évadés, ils les ligotaient aussitôt sur deux piquets et les ramenaient au pénitencier. Mais le bonheur voulut que V... tombât précisément au milieu de la tribu que j’étais allée visiter. Le chef l’interrogea :
-  Tu es assassin, demanda-t-il, ou ami des malheureux ? Le fugitif ne saisit pas tout d’abord, mais finit par comprendre que ses hôtes faisaient une distinction entre les condamnés ordinaires et les déportés politiques. Il raconta la Commune, la lutte contre les oppresseurs, et le chef lui dit :
-  Je devrais te reconduire au pénitencier, mais tu n’es pas méchant, tu es bon comme ta sœur blanche qui est venue nous voir ici. Je vais te reconduire dans la brousse, et tu y resteras tant que tu voudras... Nos femmes te porteront la nourriture. V... demeura caché dans l’île jusqu’au jour où un voilier l’emmena à Melbourne. Et je crois bien, dit Louise, que ce furent les Canaques eux-mêmes qui favorisèrent son évasion.

On conçoit que Louise n’en resta pas là et s’en fut rendre visite à d’autres tribus. A ses compagnons effrayés elle disait : Je n’ai pas peur, je suis sûre qu’ils ne me feront pas de mal, ils ne sont pas méchants. Parmi eux, elle soigna des bobos d’enfants, donna d’utiles conseils aux mères et aux hommes, qui eurent bientôt en elle une confiance absolue, et plus tard une véritable idolâtrie.

Confiants, ils lui racontent les misères et les cruautés que les blancs leur ont faites : Ils ont d’abord mangé l’igname dans la keu/é (marmite) que nous leur offrions. Puis, ils ont coupé les arbres, emmené nos femmes, ravagé nos cultures, pris les places qu’occupaient nos villages près des cours d’eau, nous refoulant dans la forêt, et ne nous ont rien donné, rien que la tristesse, tout en nous promettant la terre et le ciel.

Elle arrive, d’après leurs récits, à établir les origines de leur effroyable habitude de l’anthropophagie. Au camp, elle a des disputes terribles avec la majorité des autres déportés qui, considérant les Canaques comme inférieurs, n’admettent rien qui puisse être en leur faveur. Un jour, elle se dispute si fort avec Bauer que le poste descend, croyant à une émeute, une trentaine d’autres déportés prenant part à la dispute, deux soutenaient Louise, les autres contre.

Lorsque l’insurrection canaque éclata en 1878, Louise prit d’emblée parti pour les pauvres Canaques.

Les anarchistes et quelques autres déportés en firent autant, mais la grande majorité fut contre eux et, ô honte, quelques-uns aidèrent les forces gouvernementales pour combattre les révoltés. Combat dont l’issue n’était pas douteuse, les Canaques se battant avec des frondes, des sagaies et des casse-tête, les blancs avec les armes blanches d’Europe, des fusils et des canons de montagne. La veille de l’insurrection, un groupe de Canaques vint faire ses adieux à Louise. Ils allaient rejoindre les leurs pour battre les méchants blancs. Louise leur donna son écharpe rouge de la Commune, conservée à travers mille difficultés, et leur apprit à couper les fils télégraphiques. Cela n’empêcha pas les tribus d’être décimées, et l’insurrection noyée dans le sang. Plusieurs tribus, plus de deux mille hommes, périrent. Ils sont morts en luttant contre la tyrannie, comme vous êtes ici pour la même raison, disait Louise avec amertume à ses co-déportés, et la plupart d’entre vous avez osé nier leurs droits...

Si elle seule a compris à fond ces primitifs, seule elle a su se faire comprendre d’eux. Pour cela elle a des méthodes d’éducation bien à elle : A Nouméa, je pouvais, à mon école du dimanche, prendre sur le vif la race canaque. Eh bien, elle n’est ni bête ni lâche, deux fameuses qualités par le siècle qui court ! La curiosité de l’inconnu les tient autant que nous, plus peut-être, leur persévérance est grande, et il n’est pas rare qu’à force de chercher seuls à comprendre une chose qui les intéresse, au bout de quelques jours, de quelques années même, j’ai vu cela, ils viennent vous dire : Moi compris, ce que toi as dit l’autre jour. Ils appellent ça l’autre jour.

Il faut pour les Canaques des méthodes mouvementées. La lecture, le calcul, des éléments de musique reçoivent, en les enseignant au moyen d’une baguette sur le mur où sont tracés les lettres, les chiffres et la portée, où un bout noir figurera les notes, une allure mouvementée qui en facilitera la compréhension. L’écriture est apprise comme par intuition ; si au moyen de lettres mobiles on fait composer les mots, on est tout étonné de voir le pauvre noir écrire très vite les mots convenablement.

Et parlant de Son piano dont une partie des notes restaient muettes, avec lequel elle faisait chanter ses élèves, Louise dit, toujours confiante en l’avenir : Ah ! Camarades, vous avez ri de l’orchestre canaque, attendez un peu ; il y avait, à mon cours, de grands Tayos aux oreilles bien détachées de la tête, pour mieux entendre, et bien bercées par le vent de la mer dans les palmiers, bien pleines du bruit des tempêtes, qui ayant rêvassé quelque cinq ou six ans sur le peu qu’ils ont appris, trouveront avec ce peu-là de quoi peut-être nous étonner.

M. Simon, maire de Nouméa, une des rares personnes intelligentes parmi les Européens officiels, comprit parfaitement Louise et lui facilita sa tâche autant que faire se peut.

De temps en temps elle apercevait sa tête à la fenêtre et elle était sûre de recevoir ce qui lui manquait : blanc, planchettes pour sculpter, cahiers, etc. ; il Y avait même en plus des pétards, du tabac et autres gâteries pour les Tayos.

Les Canaques racontèrent à Louise que si, dans la révolte, ils respectèrent les pères Maristes, malgré les dix sous qu’ils prélèvent éternellement sur les pauvres Canaques, c’est que les pères leur apprennent à lire.

Fernand Planche

1. Malato avait avec sa mère suivit à Nouméa son père déporté. Mme Malato mourut pendant le séjour dans l’ile

Autres articles :
Louise Michel ;
Extrait du procès de la communarde Louise Michel (décembre 1871 Versailles) ;
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A lire : La vie ardente et intrépide de Louise Michel (Fernand Planche) ;
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Eugène Varlin (revue Itinéraire) ; Le journal officiel de la Commune de Paris ;
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Louise Michel (éditions du Monde libertaire) ;
L’Internationale (James Guillaume) ; Idées sur l’organisation sociale (James Guillaume) ;
La Commune de Paris au jour le jour (Paule Lejeune)

Increvables Anarchistes

Les meetings algériens de Louise Michels

Curieusement, les historiens n’ont jamais étudié la tournée de conférences que Louise Michel donna, fin 1904, en Algérie. Le livre de Clotilde Chauvin, publié par les éditions Libertaires, répare cet oubli.

« J’appartiens toute entière à la révolution », disait Louise Michel, celle qui incarne presque à elle seule la Commune de Paris. Après l’écrasement de la Commune (20 000 morts chez les insurgés, 10 000 peines prononcées par des tribunaux spéciaux), Louise fut condamnée à dix ans de déportation. « Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! » cria-t-elle à la cour à la fin de son procès. Finalement, elle embarquera sur la Virginie, en août 1873, et arrivera, quatre mois plus tard, en Nouvelle-Calédonie.

Au bagne, Louise rencontra des Canaques et étudia leurs langues. Une sympathie qui la conduisit à soutenir leur révolte, en 1878. Viscéralement anticolonialiste (ce qui n’était pas si courant à l’époque, y compris chez les Communards), Louise l’insoumise lia également des amitiés solides avec des rebelles kabyles déportés après leur insurrection de mars 1871.

Dans ses mémoires, elle raconte l’arrivée des « Arabes » à la presqu’île de Ducos, en décembre 1873. « Un matin, dans les premiers temps de la déportation, nous vîmes arriver dans leurs grands burnous blancs, des Arabes déportés pour s’être, eux aussi, soulevés contre l’oppression. Ces orientaux, emprisonnés loin de leurs tentes et de leurs troupeaux, étaient simples et bons et d’une grande justice. » Elle apprécia tant la compagnie de ces « Algériens du Pacifique » qu’elle leur promit d’aller un jour leur rendre visite. Louise est de ces personnes qui tiennent leurs promesses.

Une grave congestion pulmonaire entrava ses projets au printemps 1904, mais, d’octobre à décembre de la même année, Louise pu parcourir l’Algérie en compagnie du camarade Ernest Girault.

Elle avait soixante-quatorze ans.

La vieille dame alerte, véritable légende vivante, était attendue. Les journaux algériens avaient annoncé la venue de la « Vierge rouge ». Les conférenciers propagandistes, anarchistes en plus, étaient rares en Algérie. L’événement méritait donc d’être suivi. « Chacun sait que Louise Michel est la meilleure et la plus généreuse des créatures », s’emporta Turco-Revue le 9 avril 1904.

Les thèmes des conférences n’avaient rien de consensuel.

Antimilitarisme, athéisme, anticolonialisme, anarchisme étaient au centre des causeries qui se dérouleront à Alger, à Tizi-Ouzou, à Constantine, à Blida, à Relizane, à Mostaganem, à Mascara, à Médéa. L’éloquence incontestable de Louise est souvent saluée. Alors que la presse de métropole restait muette sur la tournée (hormis Le Libertaire), la presse algérienne (La Croix de l’Algérie et de la Tunisie, La Pensée libre, Le Progrès de Sétif, Le Petit Kabyle, L’Echo de Constantine, L’Indépendant de Mostaganem, Le Réveil de Mascara...) commentait les réunions qui attiraient entre 400 à 600 personnes. Les enseignants européens et arabes, esprits laïques, antimilitaristes et progressistes, étaient aux premiers rangs. Louise croisa aussi des personnages pittoresques, un commandant révolutionnaire qui cria « Vive Zola, vive la révolution ! » à Constantine, un gardien de prison sanctionné pour avoir « fait de la propagande aux prisonniers », un patron d’hôtel maltais libre penseur...

Quelques incidents émaillèrent tout de même le long périple. A Tizi-Ouzou, Louise et Ernest eurent droit à une « protection rapprochée ». Un commissaire « bon enfant » s’était aperçu qu’un juge avait soudoyé des Apaches pour les assommer. Il avait donc mobilisé des agents de ville pour assurer leur sécurité ! A Sétif, pendant une conférence, Ernest sentit qu’on lui piquait le dos. En se tournant, il remarqua de larges trous de couteau dans la bâche tendue dans la halle à grains. Plus tard, des individus tentèrent d’incendier la tribune. Des broutilles pour celle qui avait connu les barricades meurtrières de la Commune et même une tentative d’assassinat lors du meeting tenu au Havre le 22 janvier 1888.

Néanmoins, le voyage algérien était éprouvant pour la libertaire épuisée.

Sous une pluie battante, le long trajet en diligence vers Mascara, dernière ville du programme, fut bien pénible. « Les vitres de la portière étaient brisées et c’est comme si nous avions été en pleine route. Nous arrivâmes tout mouillés avec les mains et les pieds gelés », raconte Ernest Girault dans Une Colonie d’enfer, livre oublié qui sert de fil conducteur à l’étude de Clotilde Chauvin.

Fatiguée, Louise Michel retourna se reposer à Alger pendant qu’Ernest Girault continuait seul vers la frontière algéro-marocaine. C’est Mathilde de Fleurville, ex-femme de Paul Verlaine rencontrée jadis à Montmartre, qui veilla au repos de Louise pendant trois semaines. Dorlotée par son amie, celle que Victor Hugo appelait Viro Major (plus grande qu’un homme, en latin) écrira ses mémoires entre deux fruits savoureux. Louise Michel quittera l’Algérie le 15 décembre 1904. Mathilde écrit dans ses mémoires : « J’allai sur le bateau embrasser une dernière fois cette excellente femme. Hélas, je ne devais plus la revoir. Environ trois semaines après son départ d’Alger, j’eus le chagrin d’apprendre sa mort par les journaux, qui, pour la première fois, lui rendirent justice. »

Celle qui défendit l’anarchisme jusqu’à son dernier souffle, celle qui fut la première à brandir un drapeau noir dans une manif est décédée à Marseille le 9 janvier 1905.

Ses obsèques au cimetière de Levallois-Perret furent suivies par une foule impressionnante. Ces derniers moments sont bien connus. Comment expliquer alors le silence sur les conférences algériennes qui précédèrent ? Le travail de Clotilde Chauvin ouvre brillamment la voie à des recherches nouvelles. Si l’auteur a déjà bien remué la poussière (vieux journaux, rapports de police, publications diverses...), d’autres archives, notamment algériennes, doivent attendre que des historiens veuillent bien les ouvrir.

Clotilde Chauvin, Louise Michel en Algérie - La tournée de conférences de Louise Michel et Ernest Girault en Algérie (octobre-décembre 1904), éditions Libertaires, 162 pages. 15 euros.

-  Commandes et infos sur editionslibertaires@wanadoo.fr

Source : LE POST



Publié le 8 mars 2010  par torpedo


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Forum de l'article
  • Louise Michel, la bonté libertaire
    8 mars 2010, par yankee zoulou

    "Au bagne, elle reprend son travail d’institutrice auprès des Canaques. Elle les approuve quand ils se révoltent contre la colonisation. Elle se prend de sympathie pour les Algériens déportés après leur révolte de 1871.

    Libérée après la loi d’amnistie du 12 Juillet 1880, elle revient en France où elle débarque à Dieppe le 9 Novembre et est accueillie triomphalement à Paris, gare Saint-Lazare".

  • Louise Michels, la bonté libertaire
    22 avril 2014, par warrenstraw222
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