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Un goût de salive dans l’air lent par Andy Vérol

Catégorie free littérature
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(JPEG) La tolérance, les mains qui se posent sur ses mains... froides. Il murmure, allongé, les yeux tournés vers le plein criblé de nids... gluants, de la paille et des morceaux de bois en forme de dents : "Je voulais te dire que je cherche juste un ami, pour ne plus par terre, et partager, ne plus garder mes secrets plein de sang. J’essaie de ne pas être mal, je joue "le normal". Mais je le suis pas, tu sais..."

Il murmure. L’écurie est plongée dans la nuit tombante :

"Un jour j’aurai un ami qui tombera et tombera et tombera avec moi... Tu seras mon ami dans la paille... Répond-moi, ne te fais pas de mal.

Si tu m’entends, répond-moi.

Je préfère un ami qu’un amant... Répond-moi, dis-moi quelque chose. Ouvre les yeux. Depuis qu’elle est morte, tu n’es plus le même. Tu tomberas, et tu tomberas et tu tomberas avec moi. On pourra se promener main dans la main dans ce camping poussiéreux. Allez à la piscine. Répond-moi..."

Il murmure, le souffle coupé par le chagrin...

"Je te dis ça comme un freluquet pleurniche sa mère... Quand on lui a tiré son chewing-gum. Sa salive en abondance dans la bouche de l’autre. Décroche. Me laisse pas parler aux murs. Tu te rappelles lorsque nous avions échangé nos sangs, sur la petite plage de sable blanc. Il faisait nuit comme dans un cachot. Tu t’étais mis à poil, et moi aussi, et nous nous étions jetés dans les vagues. Tu avais peur de te faire piquer par une méduse, je me rappelle. J’avais envie de te manger les couilles, t’éclater la boîte crânienne, parce que tu ne voulais pas de moi...

Décroche. Tu te rappelles, nous avions nagé sous l’eau, et l’eau était noire... épaisse.

On s’était dit qu’on se noyait dans une nappe de pétrole, une vague de boue... La Vérole avait tourné en hélicoptère au-dessus de nos têtes. Le téton de Dieu, la Lune. Un ami, je veux un ami, qui tombe et tombe, qui tombe avec moi... ça ne sentait plus la rouille, les ordures, le soufre et les oeufs pourris. Tu me disais, Polo, que tu voulais crever dans un champ de fleurs ou un lac de merde humaine. Tu avais de beaux projets, tu avais de beaux yeux noirs frappés par le projecteur de l’hélico. Tu te rappelles comme on riait, comme on souhaitait qu’il nous bute en une seule rafale... Décroche... Et quand l’hélico s’est éloigné, nous étions sortis... On tombait sur le sable. Je ne sais plus si l’on s’était enlacés longtemps... L’autre bateau cramait... Il y avait l’odeur de la chair qui brûle qui se mélangeait aux horreurs de la décharge... Ouvre-moi, je ne murmure plus... Je veux un ami qui tombera, tombera, avec moi, qui s’écrasera, une ultime fois..."

Il a la bouche trop pâteuse pour continuer à parler...

Tout autour, ça s’agite, ça bruisse, ça bande armé... L’assaut est imminent. Il y a le calme d’avant l’ouragan... Les cuistres vont se ruer sur leurs corps maigres, osseux, rampants... Un goût de salive dans l’air lent.

Mon Usine, la suite... (roman en cours d’écriture)

Andy Vérol



Publié le 22 juin 2010  par torpedo


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