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La solidarité et l’égoïsme

Catégorie société
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(JPEG) Au plus fort des crues dans le Var, une habitante, lambda, ordinaire, pas pompière ni militaire ni rien de spécial, a pris un canot gonflable et est allé porté secours à de parfait inconnus par la seule force de s’être dit : "je devais faire quelque chose. Je ne pouvais pas les laisser comme ça".

Elle a sauvé une dizaine de personnes en allant les chercher une à une dans des conditions effroyables, "au mépris du danger" comme on dit dans les remises de décorations pour ganaches gradées. Interrogée, elle refuse d’entendre parler d’héroïsme, considérant qu’elle n’a fait que ce qu’il fallait faire à ce moment.

Une équipe de France de football complètement bouffée par l’individualisme de ses joueurs et "coachée" par un Narcisse suffisant et méprisant s’est prise une branlée historique parce qu’uniquement composée de grands gamins millionnaires et capricieux ne pensant qu’à leur nombril et à leur chèque, tous incapable de mettre leurs mesquines vanités de côté ne serait-ce que pendant 90 minutes.

Vision frappante, saillante en ces moments de régression sociale majeure et sans précédent, de la force de la solidarité gratuite et n’attendant rien en retour contre l’égoïsme individualiste encouragé par l’argent, l’élan spontané et immédiat vers son prochain en danger contre le calcul glacé du solitaire "solipcisé" pour qui rien ne compte d’autre que lui-même.

Le libéralisme veut à tout pris nous convaincre que l’individu, a fortiori emmené par son désir individuel d’enrichissement, ne va pouvoir que s’épanouir lui-même et que cet épanouissement va profiter aux autres par ricochet ;

c’est faux.

L’individualisme ne donne naissance qu’à des individus repliés sur leur sphère personnelle et incapable de penser et de voir au delà de leurs intérêts immédiats. Que le communautarisme et les revendications identitaires n’aient jamais autant fleuries n’est nullement un hasard historique, mais procède en droite ligne de cette parcellisation du corps social en monades déboussolées qui prises de vertige devant leur propre individualité cherchent à se rassurer en ne rencontrant que leurs exacts semblables pour se tenir chaud.

Ce devenir-individu a aussi un but politique précis : briser tous les liens de solidarité et surtout dans le monde du travail pour n’aboutir qu’à des esclaves égoïstes ne pensant qu’à leur gueule et finissant par n’éprouver aucune solidarité vis-à-vis de leur collègues qui peinent et souffrent. Le management par la peur achèvera de convaincre de la nécessite de baisser la tête et de prier pour que cette fois là, le couperet tombe ailleurs que sur soi...

Les libéraux ne sont jamais crédibles quand ils pérorent que leur idéologie est la garantie de l’épanouissement de tous, et pour cause : elle ne l’est pas et n’a jamais été conçue pour ça. Elle se contente de s’appuyer sur ce qu’il y a de plus étroit et mesquin dans l’être humain pour l’encourager, en agitant la carotte de l’argent pour faire avancer plus vite le bourricot individualisé. Le but du libéralisme, son objectif final, c’est l’éternelle guerre de tous contre chacun et le repli sur les structures communautaires pour remplacer la solidarité envers les autres par le lien avec les "siens", dans l’acception la plus riquiqui de ce terme.

Sauf que malgré la propagande, qui décrit les gens comme des lâches et des égoïstes, qui insiste toujours sur le minable et jamais sur ce qu’il peut y avoir de grand, cette solidarité immédiate existe.

Continue d’exister.

Se manifeste dans ces accidents de la route où des automobilistes s’arrêtent pour porter secours à d’autres, dans le travail où on se serre les coudes contre l’arbitraire de la direction, dans la vie quotidienne où on est capable de ressentir compassion et proximité avec des gens qui vivent à des milliers de kilomètres. Ça existe, ça continue d’exister même dans un contexte où tout encourage à la faiblesse du chacun pour sa gueule.

Et c’est là dessus, sur cette meilleure part de nous mêmes, qu’il faut s’appuyer pour tenir face à ceux qui nous encouragent à vivre et penser comme des porcs.

Comme eux.

Source :

comite-de-salut-public samedi 19 juin 2010
Lu sur : RADIO AIR LIBRE



Publié le 22 juin 2010  par torpedo


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