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Trois romans pour un meurtre par Tang Loaëc

Catégorie édition
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(JPEG) Trois romans ont été publiés, inspirés par l’exécution par trois balles au travers une combinaison en latex d’Edouard Stern, banquier d’affaire et l’une des premières fortunes de France, par Cécile Brossard, son amante et sa maîtresse au sens sadomasochiste du terme.

Sévère , de Régis Jauffret, à fait suite à Latex de Laurent Schweizer, tous les deux publiés au Seuil, ainsi qu’au feuilleton sur les pages littéraires du Nouvel Obs. de Julien Hommage, Comme une Sterne en plein vol.

Après les livres d’investigation de Airy Routier (le Fils du Serpent) et de Valérie Duby / Alain Jourdan (Mort d’un banquier), après également les comptes rendu d’audience qui ont émaillé le procès, la littérature s’est emparée du thème où passion et sexe, argent et pouvoir, ont nourri une spirale infernale menant à la mort de l’un et l’emprisonnement de l’autre.

Tous les ingrédients y sont et peut-être même l’amour, pour qui veut l’y voir, et sans qu’il ne soit possible de savoir au final quelle est sa part exacte chez chacun des amants.

Il serait présomptueux d’affirmer qu’elle est nulle.

Au plus récent les honneurs. Régis Jauffret a écrit son roman au plus près des protagonistes puisqu’il a fait le pari de glisser sa plume et son regard d’écrivain dans les pas et les méandres du cerveaux de l’amante criminelle, Cécile Brossard, même s’il n’écrit jamais aucun nom propre ni prénom, ni celui de la narratrice ni celui des autres protagonistes. Pour qui a suivit cette affaire, son inspiration est pourtant transparente.

C’est un pari osé et il s’en sort bien. Dans ses cohérences et ses incohérences, son personnage, saisi entre le moment du meurtre et celui de sa reddition, est crédible, avec jusqu’aux flash-back qui restituent la genèse de sa passion chienne avec le banquier.

On y trouve une vérité littéraire même si, comme l’auteur prend le soin de l’écrire en préambule, la vérité littéraire ne se soucie pas de l’exactitude factuelle. Qu’importe si en étant vrai, il ment comme un romancier. Il est crédible. La personne qu’il décrit n’est pas un fantasme ni un stéréotype.

Il l’approche en tant qu’être humain.

Peut-être même gomme-t-il trop la part du fantasme sexuel, de crainte de verser dans le voyeurisme ou l’érotisme. On est tenté de lui en être gré, cela protège le discours et la lecture de la dérive égrillarde qui aurait caché, dans l’ironie et le persiflage, la gêne de ceux que ces sujets embarrassent, par pudibonderie ou par culpabilité.

Laurent Schweizer et Julien Hommage ont beaucoup moins de réserves à cet égard, avec deux stratégies littéraires (qui sont aussi des stratégies pour éviter un procès des survivants à cet affaire) différentes.

Dans Latex, Laurent Schweizer donne à ses personnages des noms différents, la victime milliardaire est baptisé Kidman. Le meurtre est filmé sur une vidéo-cam dont la meurtrière reste un peu floue, ne permettant pas de savoir s’il s’agit de Seymour, ancienne amante de ce même Kidman mais aussi celle d’un oligarque Russe qui pourrait avoir commandité le meurtre.

Cette Seymour projette au narrateur le film de la mise a mort comme adjuvant d’une séance sexuelle.

Explorant les espaces artificiels créés par le mélange des psychotropes et du sexe, l’auteur construit aussi une histoire qui ne prétend pas être celle d’Edouard Stern et de Cécile Brossard, mais qui est alimentée de tous les fantasmes de l’affaire Stern, y compris les implications politiques et mafieuses et le rôle des oligarques russes que Stern comptait pour ennemis mortels.

Julien Hommage s’engage lui, dans Comme une Sterne en plein vol, beaucoup plus droit dans l’exploration du fantasme, sous l’angle de personnes qui le partagent. Il traite donc d’un autre vérité qui fut un des aspects de la relation Stern/Brossard. Le prisme que privilégie cette lecture est bien sur subjectif, mais pas plus que celui qui voudrait l’exclure, puisque cette passion mortelle ne pourrait s’expliquer sans admettre la relation sado masochiste qui a réuni et consumé les protagonistes.

Ses deux personnages, distincts d’Edouard et de Cécile, se rencontrent dans le même fantasme et dans l’obsession commune qu’ils ont de comprendre le déroulé du meurtre, jusqu’à le reconstituer dans une chambre close faisant face au Palais de Justice de Genève où le verdict s’apprête à être rendu.

Trois regards différents sur une même affaire, aussi vrais et aussi mensongers, de ce mensonge que les romanciers vivent pour donner à leurs récits la consistance de la réalité.

Chacun des trois mérite lecture, dans les romans de papier publiés par le Seuil dans les cas de Latex ou de Sévère ou d’un simple clic vers le feuilleton en ligne du dernier, dont la première version (12 chapitres) avait été publiée sur La Vénus Littéraire et la version finale est en cours d’édition sur le portail littéraire du Nouvel Obs.

Source : LA VENUS LITTERAIRE



Publié le 22 juin 2010  par torpedo


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