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STESS AND STRESS STRESS par Andy Vérol

Catégorie société
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Le salarié est un con comme les autres
09 juillet 2010

On a tous une personnalité à géométrie variable, mais sache, qu’en cas de stress ou de tension extrême, tu as peu de personnes qui tiennent le cap. Pour les autres, les réactions face aux tensions n’ont rien de lumineuses : renfermement sur soi et dépression pour les uns, agressivité pour d’autres, manipulations, harcèlement, petites mesquineries, messes basses, complots, critiques permanentes, etc.

Il n’y a que de très très rares exceptions...

Les salariés sont, comme toi et d’autres, de doux rêveurs dans leurs vies, ils pensent que l’humain a un potentiel extraordinaire, qu’il tend au bien, etc. Que seuls des vrais méchants déséquilibrent le monde et qu’il faut se battre contre ça. Pourtant, ces méchants, c’est toi, c’est moi, c’est tout le monde, à des degrés de pouvoir, d’influence et de subordination différents...

Un jour l’entreprise ferme (l’outil a été racheté en 2007 par un fond de pension et déménagé de nuit direction la Roumanie), et Raymond, le gros nounours au grand cœur qui aimait tant ses enfants, est allé chercher son fusil de chasse et a tiré un coup de chevrotine dans la poitrine de son patron. Pan ! Le sang ! Ce que voulait Raymond, c’était l’estime de ses supérieurs,

et pas d’être jeté comme une merde après 37 ans de boîte.

Son souhait profond, c’était de rester là, jusqu’à la retraite, continuer à regarder le foot le mercredi et le samedi, rigoler avec les copains, bouffer les bons plats à la maison et fêter Noël en famille. Il avait récemment resserré les liens avec les représentants syndicaux, s’était rendu aux réunions, avait fait grève et occupé l’usine quelques semaines.

Tu prendrais un fusil toi ? Pour tuer ? Tu peux répondre oui, mais alors, accepte d’être en adéquation avec ton discours, toi le pacifique, le défenseur de la paix : buter l’autre, c’est le contraire de la paix.

Tu peux répondre non, mais que tu comprends l’attitude de Raymond. Tu invoques le fait que parfois, certains, face à l’humiliation que notre monde provoque, se mettent à réagir dans des proportions extrêmes. Dans ce cas, tu acceptes l’idée que l’acte de violence est parfois justifiée, du moins compréhensibles et acceptables, à l’échelle de Raymond, mais aussi à celle des Palestiniens qui se font sauter sur une terrasse de café à Tel Aviv, ou des Tchétchènes qui prennent des enfants en otage dans un gymnase, ou un irlandais qui tue un anglais parce que son frère a été tué par la Police britannique.

Tu n’es pas d’accord mais tu comprends...

Enfin tu peux répondre non. Raymond n’avait pas à faire ça, humilié ou pas, poussé à bout ou pas, il n’aurait pas du prendre un fusil et tuer son patron. Le jeu n’en valait pas la chandelle, c’est trop grave de tuer pour un emploi perdu. Après tout, il aurait pu en retrouver un autre ailleurs, se refaire une place.

Dans cette situation, tu crédites le système.

Il est clair que lutter contre celui-ci, à l’heure actuelle, est véritablement vain. Le système libéral est hégémonique, et ce n’est pas en butant son supérieur qu’on pourra lutter contre... Mais pourquoi lutter contre ? Tu penses que Raymond aurait pu s’en sortir ailleurs, même en galérant, qu’il aurait pu se trouver une place ailleurs. Alors qu’y-t-il de mal ? On perd un emploi, on est en situation de déséquilibre, puis on se bouge pour retrouver un équilibre.

Dans ce cas, on ne peut créditer le suicide, ou la dépression, non plus. S’il existe des solutions, alors le dépressif, le suicidaire n’est qu’un fier borné qui a refusé de s’adapter à une situation nouvelle.

Par principe, le travail salarié se rapproche pleinement de la servitude volontaire. « Faut bien gagner sa vie, faut bien manger et payer son loyer. » Tout le monde est d’accord avec ça, ou presque. Rares sont ceux qui se posent la question essentielle : n’ai-je pas une vie de con avec mon pauvre appart’, ma maison standard, mes vacances nulles (bronzer, rire, faire mumuse durant deux semaines, vomis) ?

Bien sûr que tout le monde se dit ça, bien sûr que chaque salarié à conscience d’avoir des liens de subordination calamiteuse à une hiérarchie. Tout le monde sent, sait que le salariat, c’est l’exécution de tâches généralement parasitaires (commerciales, communicantes, bancaires, "assurancielles", destructrices d’environnement, de liens sociaux, de savoir-faire, d’esprit critique, de pensée, etc.). Etre salarié, c’est être au service de son employeur, de son supérieur. Le droit du travail est fondé là-dessus. C’est le principe, c’est ce que chaque salarié accepte en signant un contrat.

Il est le subordonné de quelqu’un, qu’il soit cool ou pas cool. Le salaire qui en découle est un "biberonnage", une cage financière de laquelle personne ne sort, sauf par cinq moyens : la création de sa propre boîte ou association, ou métier en free lance, le chômage, la retraite, la maladie/handicap ou la mort. Une cage qui rend con, qui écrit tous les programmes politiques des partis et des syndicats depuis un siècle et demi, qui prédétermine toutes les psychoses modernes et les guerres qui vont avec, qui crée les racismes contemporains non pas fondé sur la Nation ni le sang, mais sur le « ils nous piquent notre travail ». On entend si souvent ce genre de discours de la bouche des FN, mais aussi des gauchos se plaignaient de la « chinoirisation » (de Chinois) du capitalisme moderne.

Car la contestation, le Raymond qui chie sa chevrotine, ou la Séverine qui se shoote aux médocs, ou le Jacques qui dénonce ses collègues à la hiérarchie, ça n’est en aucun cas pour détruire le libéralisme économique qui gangrène la planète entière, c’est pour que chacun ait sa part... Belle merde que cette idée de partage de ce que les socialistes appellent « les richesses ».

On ne partage pas un système tel que celui-ci, on l’anéantit définitivement.

Pour le remplacer par quoi ?

Un peu d’imagination : un monde sans sa masse salariale, cette multitude de bipèdes stressés par des factures, des réservations de vacances ou des convocations pour débuter une procédure de divorce. Un monde dans lequel je n’ai pas envie de vivre car, comme tout libertaire ou assimilé (ça n’est pas pour rien que les mots libertaire et libéraux se rapprochent un chouia), libertaire nihiliste je précise, j’ai un rêve, une utopie, presque à l’identique des croyants, je souhaite connaître le chaos de mon vivant. Je serais rassuré de savoir que toute cette fiente mondiale vaine, inutile pour le bon fonctionnement de l’univers entier, disparaisse avec moi, qu’elle soit dissoute, éclipsée, pulvérisée avec moi. Et je ne suis pas le seul à le penser, à le ressentir. Le Mal c’est ça, c’est le fait que la société humaine, qui n’a strictement aucune utilité pour autre chose qu’elle-même - ses "guéguerres", ses accouplements politiques, ses ententes grotesques- puisse simuler l’orgasme, l’humanisme et l’arrogance avec autant d’aplomb...

Andy Vérol

Andy Vérol a écrit les DERNIERS COW-BOYS FRANCAIS



Publié le 11 juillet 2010  par torpedo


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