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Franca Maï & Andy Vérol à Beaumesnil : un frelon & un concombre + Vidéo réalisée par Didier Delaine

Catégorie portrait
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Franca Maï et Andy Vérol à Beaumesnil
envoyé par zala55. - Regardez plus de courts métrages.

LA CHRONIQUE D’ANDY VEROL

Des heures passées à poser comme une pièce de musée glaciale (le viocque des pierres te crache à la gueule dans un château : "Eh Vérol, nous on fait kiffer tous les honnêtes gens, tandis que tu n’es qu’un pauvre scribouillard pataugas !"), engoncés entre les vieux livres et les manuscrits anciens.

J’avais l’impression de devenir une reliure.

Posés devant moi, mon immonde biographie de Manu Chao (avec de l’altermondialisme de supermarché dedans), ma bio "attractive" de Noir Désir (avec le lot de questions croque-moi la nouille "alors ils vont refaire un album ?"... Moi :"oui tout à fait mais avec ce qu’il a vécu Bertrand, c’est pas évident, t’as pas un chewing-gum et un concombre sur toi ?", lecteur potentiel : "Euh non désolé... pourquoi ?". Moi : "Je pense que ça pourrait aider Noir Dez à retrouver l’inspiration").

Pas un seul exemplaire de mon roman n’était là.

L’enfoiré de libraire bourge marchand qui bossait avec l’organisation n’avait tout simplement pas pris soin de le commander... J’aurais pu mordre le châtelain au mollet comme un banlieusard has-been assoiffé de vengeance, que je suis... Au lieu de ça, gelé des doigts, figé comme un cadavre dans sa boîte, j’ai craché un pathétique : "Non mais c’est pas grave". En moi, un séisme faisait trembler mes intestins, broyant, sur-broyant six ou sept mètres de becquetance digérée. Je n’aurais pas du retenir ce rot de frustration agrippé dans ma gorge, j’aurais du soulever ma micro-table d’écrivain-qui-signe-des-dédicaces-nazes au travers de la pièce... J’aurais du montrer mon cul, insulter les gens, bouffer mon béret en hurlant : "Tu sais c’que j’fais moi à ceux qui oublient mon roman ?! Tu sais pas ?! Je les défonce, j’en fais du jus d’viande !"... J’aurais du, mais je n’ai pas pu.

Il y avait du cirage sur mes neurones et la nuit dans mes pensées.

J’étais arrivé quelques minutes plus tôt, retrouvant mes potes déjantés : Franca Maï, l’écrivaine fulgurante, et Didier Delaine, reporter-photo grave accroc à l’intégrité, punk dans l’âme, et accessoirement gardien du temple de mon image publique (tu voudrais quand même pas voir en train de bouffer des chips devant les Enfants de la Télé, comme image de presse euh’Vérol hein ?!).

En garant une sublime Opel louée par l’organisation à la gare d’Evreux, j’ai immédiatement ressenti un choc cérébrale majeur...

L’Anarchie ne vaincrait pas ce jour-là, et ma République Personnelle allait être assaillie par les politesses et la bienséance qu’un château, certes mal en point, mais château quand même, provoque chez le visiteur lambda. J’ai eu très peur des conversations sur les origines de l’édifice, sur les dynasties de connards arrogants et "affameurs" de "tiers-étateux" (courbés, serviles, gueulards et roublards comme un sarkozyste en haillons dorés façon bling-bling du 18ème siècle, hue hue hue), sur la fondation qui restaure la façade sud et l’association locale qui entretient les jardins à la je-sais-pas-quoi.

J’avais envie de parler, me marrer avec Franca et Didier, signer mon roman, et fumer des clopes.

Il n’était pas question qu’on me gonfle avec les nobles seigneurs qui avaient fait construire cette copie mal faite du beau château de Disneyland Paris !

Il faut avouer que les "pô pô pô" de NTM était tombés, lourds, dans la maille moulante noire de mon Dim deux ans d’âge. J’entrais donc dans le palais qui avait été construit pour cracher à la gueule des gueux, soutirant leurs thunes gagnées à la force d’une promesse de mort rapide. Je n’ai jamais vu un mec de mon quartier dire au visiteur de passage : "Cette immeuble tout en béton a été conçu pour loger un max de losers r-mistes, smicards, bannis, en 1959. Ici, les douves qui puent la pisse, là le donjon où on grille les splifs, et par là, la chapelle où on démonte les scooters péchos par les frérots." En plus d’avoir ruiné des générations d’humains, ces bâtisses se doivent d’être honorer. Et pourquoi pas s’enquiller une fusée Ariane dans le fondement ?!

Franca était plus à l’aise. En professionnelle amusée des salons et foires du livre, elle alpaguait direct des sortes de zombies passant devant l’écrivain comme on reluque un rayon yaourts dans un supermarché.

Elle avait ce truc de commercial, le genre à vendre des stores roulants à des aveugles vivants dans des pavillons sans fenêtres.

Sitôt le caverneux lecteur sorti de la pièce, elle reprenait son intonation généreuse, et son verbe incisif. J’étais une pauvre mob’ pétaradante face à elle.

Ce que je craignais surtout, c’était de me fossiliser. Car, dans les autres pièces, j’avais croisé d’autres auteurs, dont les noms m’échappent, le genre à écrire des trucs de 800 pages, mais incapables de produire un "bonjour" digne de ce nom. Je n’en sais rien en fait... La littérature, ça passe encore.

Mais les écrivains, entre eux, ça ne fait que rarement bon ménage.

Il faut le dire. Ils ont beau jouer de l’essoreuse à neurones mieux que quiconque, l’ambiance est... eurk. Tout ce que je combats dans la nature humaine s’y trouve, en pire. ça pue, ça ronfle, ça ironise, ça clanise, ça suinte la mauvaise foi, ça produit les pogos intellectuelles façon skin (avec pétage de tibias en louzdé), ça protège ses petits livres, ça les place au-dessus de ceux des voisins, ça se croit important, et surtout ça vise la postérité... sans le dire...

A suivre...

(JPEG)
Franca Maï & Andy Vérol
Festival littéraire de Beaumesnil (août 2010) Crédit Photo : Didier Delaine


Andy Vérol (né en 1973) est un écrivain, pamphlétaire, chroniqueur et biographe français, auteur d’un roman "les derniers cow-boys Français", de nouvelles, d’articles, d’interviews et de biographies.
Site du romancier
My Space

Franca Maï est l’auteur des romans Momo qui kills, Jean-Pôl et la môme caoutchouc, Speedy Mata, l’Ultime Tabou, Pedro, L’Amour Carnassier, Crescendo tous parus au cherche-midi Editeur. Momo qui kills et Jean-Pôl & la môme caoutchouc sont également parus chez Pocket Nouvelles Voix.
Site de la romancière
Lectures musicales : My space

N.B : La Vidéo de Didier Delaine a été réalisée dans le cadre du 4ème Festival littéraire au Château de Beaumesnil.
"LA MAGIE DES MOTS" qui se déroulait les 13,14,15 Août 2010

Pour toute information : ARTS ET LETTRES A BEAUMESNIL



Publié le 21 août 2010  par torpedo


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