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Du négativisme à la dictature par Caleb Irri

Catégorie société
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Sur internet, le syndrome du négativisme est une maladie qui ronge les auteurs et épuise les lecteurs. Pourtant, de grands projets porteurs d’espoir ont été lancé ces dernières années, participatifs, gratuits ou payants, professionnels ou amateurs, qui ont permis de proposer une alternative à l’information, à l’analyse, et qui semble malgré cela ne pas effrayer le pouvoir ; du moins en général. Le nombre de connections de certains sites est loin d’être négligeable, et les additionner ferait une somme imposante, mais chacun de leur côté il me donne le sentiment de devoir toujours s’amenuiser avec le temps, comme si les auteurs n’arrivaient plus à satisfaire l’appétit de leurs lecteurs.

Et pour cause, je suis moi-même en tant que lecteur, à terme, un peu déçu par ce que je lis, presque autant que par ce que j’écris : je voudrais y trouver de l’espoir, une voie à suivre, un idéal à supporter...

mais rien, ou presque.

Les analyses sont pourtant justes, les enquêtes bien menées, les critiques nécessaires... et puis après ? Nous sommes aujourd’hui suffisamment nombreux à critiquer les mesures prises par ce gouvernement, nous avons largement assez de doutes sur sa probité, nous avons assez de recul pour concevoir les objectifs du président, pour qu’il soit certain qu’une élection ayant lieu aujourd’hui ne permette pas à ce gouvernement de rester au pouvoir.

Mais aujourd’hui cela ne suffit plus. Face à des attaques graves contre les libertés, que tous nous ressentons, malgré nos différences idéologiques, il faut aller plus loin que la simple critique. Et retrouver l’espoir. Les citoyens n’ont plus seulement besoin d’un espace destiné à la critique, mais aussi et surtout d’une solution capable de les sortir du « négativisme » dont ils sont victimes malgré eux. Cette solution tient dans la réponse à une question simple en apparence, mais devant laquelle les âmes les plus fortes s’effondrent et se soumettent :

“faire la révolution c’est bien, mais et après ?”

C’est cette absence de réponse qui nous rend malades, et qui nous empêche de prendre les décisions qui s’imposent pourtant. Le gouvernement, dont l’intérêt est d’éluder cette question (puisque c’est à lui que profite la situation), pousse donc les relations sociales déjà tendues vers un point de rupture qui énerve les volontés les plus stables et occupent le terrain médiatique, afin que les forces employées à la dénonciation de ces tensions ne le soient pas à la proposition ou à la création d’alternatives crédibles. Des citoyens se font condamner pour avoir évoqué un des côtés sombres de l’histoire française, tandis que des voix s’élèvent justement pour émettre la seule vérité acceptable : l’intégration est la seule alternative. Mais l’explication de cette vérité, même si elle est nécessaire, profite au pouvoir dont l’objectif est d’occuper les esprits par plus de polémiques, engagé qu’il se trouve dans un cercle vicieux ou chaque polémique est lancée pour apaiser la précédente, et qui nuit gravement à la stabilité nécessaire à la raison : celle qui voudrait qu’on cesse de s’évertuer à combattre les mesures outrancières annoncées à tours de bras, et qu’à la place on propose une autre politique valable, humainement acceptable, en accord avec les principes qui régissent une société démocratique.

Orwell, dont l’œuvre est désormais habilement rangée dans les rayons de la science-fiction, disait « on n’établit pas une dictature pour sauver une révolution, mais on fait une révolution pour installer une dictature ».

Il avait tout compris.

Parfois, lorsque je compare les actions du gouvernement avec les méthodes dénoncées dans 1984, j’en viens même à me demander si ce livre ne leur sert pas de base pour établir leur domination... je suis navré d’avoir à faire la comparaison interdite par le « politiquement correct” (enfin la censure), mais des résistants existaient déjà avant la prise du pouvoir par le régime nazi, et ils furent vaincus eux aussi par le négativisme ambiant. À force de se battre contre la montée des idées extrêmes au lieu d’en proposer d’autres plus acceptables, les oppositions en étaient là aussi réduites à accuser un coup de retard par rapport à la majorité en place, et au lieu de regarder devant, ne faisaient que défendre ce qu’ils pouvaient. C’est ce retard sur les évènements qui participe à l’ambiance morose et au désespoir des peuples qui se lassent d’attendre des changements véritables.

Combien de temps continuerons-nous à suivre les évènements sans oser les créer ?

Faudra-t-il encore attendre l’irréparable pour reprendre notre destin en main ? Le peuple est prêt à suivre ceux qui lui montreront la voie, et ne se mettra pas en marche sans l’apparition d’un mouvement intellectuel unifié et rassembleur : il faut avoir quelque chose à lui proposer de plus fort que la taxation des bonus ou la suppression du bouclier fiscal. D’ailleurs, la révolution que nombreux attendent ne viendra pas sans un nouvel idéal à réaliser, car les peuples ne se révoltent jamais sans idéal. Les lumières ont été un idéal, alors qu’avant la deuxième guerre mondiale l’Europe de l’ouest n’avait rien à opposer au nazisme ou au fascisme :

personne ne s’est révolté.

Et aujourd’hui, cet idéal, s’il existe, est savamment camouflé derrière les incessantes polémiques, entretenues sciemment par le pouvoir, et qui nous empêchent de le développer, de le transmettre dans l’opinion publique. C’est le rôle que doivent jouer les véritables penseurs d’aujourd’hui. Transmettre plus que de l’information, produire plus que de la critique. Il leur faut aller plus loin, et devenir force de proposition, et force tout court. On doit les entendre et les voir s’unir, afin de devenir des porte-paroles d’espoirs. Quitter leur négativisme pour éviter la dictature, à l’aide d’un idéal portant l’opinion.

Car pour l’instant, le pouvoir ne semble guère effrayé par ses opposants, car ils n’ont rien à offrir : et pour cause, tant que l’opposition se limite à la critique sans proposition, tant que la mainmise du gouvernement sur les médias continuera à détourner l’attention, les lecteurs se lasseront, et les citoyens sombreront du négativisme dans le fatalisme, comme un renoncement général à toute contestation... et aussi comme une complicité tacite, car la neutralité est la pire des attitudes lorsque l’on s’en prend aux intérêts des autres.

Caleb Irri
source : http://calebirri.unblog.fr

Lu sur :
RADIO AIR LIBRE



Publié le 18 août 2010  par torpedo


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