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Marcel REJA : L’Art malade

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(JPEG) Les fous ont-ils un art, une manifestation artistique, quelle est sa valeur et par quoi se distingue-t-elle de la manifestation artistique des gens raisonnables ? Sur le terrain hideux de la maladie, cette fleur de l’esprit humain, la réalisation artistique, s’épanouit-elle selon sa plus radieuse splendeur, le génie ? Apparaît-elle seulement sous sa forme la plus rudimentaire et la plus maladroite ?

Dans le public on considère volontiers comme fou tout individu qui ne pense pas ou n’agit pas comme tout le monde.

À ce compte-là, l’arbitraire a beau jeu : génie et imbécillité s’équivalent. Afin d’avoir une base quelque peu stable, convenons que nous ne prendrons pour fous que ceux qui sont enfermés comme tels. Nous éloignons ainsi les diagnostics de fantaisie ; et si notre clientèle se restreint, du moins sommes-nous sûrs de ne considérer que des gens dont la mentalité est à ce point troublée que la vie sociale leur a été considérée comme impossible. C’est là du reste un excellent point de repère pour prononcer le mot de folie ; ce n’est pas une définition, car on n’englobe pas ainsi tout le défini, mais c’est un criterium en ce sens que tout ce que l’on prend ainsi entre fatalement dans la catégorie voulue.

Or, on le sait, les auteurs spéciaux ayant publié sur ce sujet d’assez nombreux documents, les fous réalisent leur inspiration dans les différents domaines de l’art, sculpture, peinture, musique, danse, littérature et, s’ils ne se groupent pas, et pour cause, comme les autres artistes, en écoles et en chapelles, il y a cependant chez eux un certain nombre de formules stéréotypées qui servent de noyaux à leurs divagations de toute nature. La folie n’est en effet pas du tout constituée, comme on serait tenté de l’imaginer, par une série de variations indéfinies autour du bon sens.

La question de l’art en général chez les fous n’a jamais été étudiée d’une façon systématique.

Il y a à cela beaucoup d’excellentes raisons. En premier lieu, la difficulté de se procurer les documents, presque toujours confisqués ou détruits par l’entourage immédiat de leur auteur. En effet, la plupart, ne voient dans ces travaux pas grand’chose de plus qu’un innocent divertissement, une exhibition de nature à amuser les enfants et un peu aussi les grandes personnes.

Pour quiconque s’intéresse véritablement à l’art, de pareilles manifestations, quelle que soit leur maladresse ou leur grossièreté, acquièrent une grosse importance de par les conditions mêmes dans lesquelles elles sont recueillies. Il n’y a pas de documents superflus en pareille matière. L’histoire d’un organisme perturbé éclaire maintes fois d’une lumière nouvelle le fonctionnement de ce même organisme en état de santé ; l’histoire de l’art malade est intéressante au même titre que les premiers vagissements artistiques de l’humanité, qui s’essaie à graver sur des cornes d’auroch ou des os de renne de grossières images que nous pouvons trouver ridicules, mais à qui nous n’avons pas le droit de dénier un intérêt.

En premier lieu, quelles sont les formes d’art cultivées plus spécialement par les fous ?

On peut répondre qu’au total il n’est pas d’art qu’ils n’abordent, si ce n’est l’architecture, pour des raisons matérielles. Toutefois, nous n’avons rencontré que fort peu d’exemples où l’art dramatique était mis à contribution, j’entends la composition de drames ou de comédies, car, pour le jeu de l’acteur, les représentations qui sont données de temps à autre dans les asiles, avec des fous pour interprètes ont démontré depuis longtemps qu’ils apportent dans la tenue de leurs rôles sinon un très grand talent, du moins un incontestable enthousiasme.

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Marcel Réja, docteur Paul Meunier (1873-1957), est aliéniste à l’asile de Villejuif. L’influence de ses travaux par leurs diffusions dans les milieux lettrés et artistiques, sont soulignés par les chercheurs et critiques travaillant notament sur l’Art Brut (Voir Michel Thévoz Art brut, psychose et médiumnité).

Réja sera l’un des premiers à publier des dessins d’enfants, et à étudier les sculptures d’Afrique et d’Océanie (avant la mode de « L’Art Négre »), il s’intéresse au processus de création, aux « conditions intérieures susceptibles de mettre en œuvre l’activité artistique ». Il étudie la prose et la poésie des aliénés, mais s’intéresse déjà à ceux que Blavier appellera bien plus tard les « Fous Littéraires », en consacrant quelques pages de son livre à Jean-Pierre Brisset et particulièrement à La Science de Dieu.

Un ouvrage de référence pour les comprendre les origines de l’Art Brut, mais aussi de l’art moderne et contemporain.

Bibliographie :

L’Art chez les fous, le dessin, la prose, la poésie

Société du Mercure de France 1907. In-12 broché. 238 pages consacrées à la création artistiques chez les " Fous " & illustré par 26 dessins, hors texte.

Un des premiers ouvrages en langue française sur ce sujet



Publié le 18 août 2010  par torpedo


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