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Hollandais volant à Bastille Italienne à Garnier par Jean-Laurent Poli

Catégorie Musique
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Reprises en série dans les opéras parisiens

Cavatines et cabalettes ...

C’est un opéra de jeunesse, "Le Vaisseau Fantôme" que l’on reprend cette semaine à Bastille dans la mise en scène un peu étriquée de Willy Decker. Etriquée car métonymique à souhait (la voile pour le bateau, la partie pour le tout) mais au fond satisfaisante pour qui préfère écouter la musique avec attention. Composée à l’âge de 30 ans, l’oeuvre est impressionnante et vaut déjà bien les opéras suivants. Elle eut en son temps les honneurs du Festspielhaus,le temple des plus grandes exigences, c’est dire...La reconnaissance des disciples, les puristes,les orthodoxes.Quand il composa, le jeune musicien se gavait de Berlioz, sa friandise parisienne. L’oeuvre s’en ressent. En bien. Notamment dans les choeurs magnifiques de Patrick-Marie Aubert, chef bien musicien. La tempête est un personnage à part entière comme dans de nombreux opéras d’Idoménée à Peter Grimes . Mais avec Wagner, le vent est dans toute la partition et Peter Schneider, de sa baguette le fait souffler dans tous les recoins. Comme dans de nombreux opéras aussi, une femme se suicide à la fin de la pièce. Nous ne risquerons pas à interpréter.

Que de mortes sur les scènes d’opéra.

Plus que d’hommes.

Dans le rôle de Daland ,le père de la mariée, Matti Salminen un chanteur expérimenté , plus tout jeune mais toujours au sommet de sa voix. James Morris est le volant hollandais qui sillonne les mers, frappé par une malédiction que seule une femme fidèle jusqu’à la mort pourra lever (Wagner ne devait pas s’ennuyer tous les jours avec Cosima).Le sujet n’est pas neuf et les cinéphiles se souviendront de Pandora, superproduction hollywoodienne avec James Mason en Flying Dutchman et Ava Gardner dans le rôle de Senta la fidèle. Senta immortalisée dans les dictionnaires d’art lyrique par la chanteuse Anja Silja et aujourd’hui à la scène par Adrianne Pieczonka qui attaque fort et haut les aigus de l’oeuvre au point de vous donner la chair de poule.Kaus Florian Vogt , un chanteur wagnérien donne au personnage d’Erik, le fiancé éconduit, une présence exceptionnel notamment grâce à une diction et un legato impeccable

Le Vaisseau fantôme (Der fliegende Hollander) un bel opéra romantique de Richard Wagner en trois actes. Une oeuvre de jeunesse qu’il faut voir dans son intégralité et qui annonce déjà Lohengrin ou Tristan.

Dans un genre fort différent ...

"L’italienne à Alger" fait partie de ces spectacles que Rossini triomphant à la Scala ou la Fenice écrivait en quelques semaines parfois en moins d’un mois et qui sont à la Gazza Ladra ou autre Cenerentola comme des déclinaisons d’un modèle, produits de série. Comme dans ses meilleures oeuvres, la première partie est toujours plus forte que la seconde...Que l’on songe au Barbier... Le livret de l’Italienne est dans la mise en scène d’Andrei Serban, prétexte à humour potache, post-Savary. De l’ultra buffo avec un tyran ( Mustafa) plus proche des cheikhs saoudiens bling bling que des beys d’Alger. La mise en scène est à l’avenant, criblée d’anachronismes un peu usés (une armée de figurants culturistes pour incarner l’armée du musulman, des majorettes en rouge et vert pour figurer le nationalisme italien, un tigre et sa peau symbole de richesse usée ou fauteuil playboy en forme de lèvres pour séducteur ratatiné etc.)

Tout cela prête à sourire mais c’est un peu du réchauffé.

Heureusement le casting lyrique est formidable avec un Marco Vinco tonitruant dictateur pervers. On nous avait annoncé aussi une diva boréale dans le rôle de d’Isabella(Vivica Denaux moitié inuit moitié autre chose est effectivement remarquable de sensualité), un ténor afro-américain hallucinant (Lawrence Brownlee) qui tient ses promesses.

Cornelia Onciu, servante de la belle italienne est à la hauteur comme Alessandro Corbelli en Taddeo (troisième voix) de l’"imbroglio inextricable" conçu en deux actes par Angelo Anelli. La fin du premier acte explose en onomatopées dignes de la Cenerentola . On frôle le plaisir absolu. Mais il manque à l’ensemble un petit rien...ou un je ne sais quoi...qui ne parviennent à dissiper cette tenace impression de déjà vu.

"L’italienne à Alger" de Gioacchino Rossini à l’Opéra Garnier. Reprise du 11 septembre au 3 octobre 2010



Publié le 17 septembre 2010  par Jean-Laurent Poli


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