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La plus grande fraude de l’histoire des marchés

Catégorie société
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Aux Etats-Unis, les expulsions de ménages incapables de payer leurs traites d’emprunts immobiliers sont devenues un scandale majeur. Des milliers de procédures initiées par les banques se sont avérées juridiquement nulles, les établissements ayant falsifié des pièces ou s’avérant incapable de produire les documents légaux établissant la validité de leurs créances. Devant le tollé, plusieurs banques ont du geler l’ensemble des procédures en cours.

Au total, ce sont des centaines de milliers de saisies qui sont remises en cause, dont un grand nombre pourraient être purement et simplement annulées.

Janet Tavakoli, une spécialiste de la finance structurée, juge très sévèrement la façon dont la crise des subprimes a été traitée. Le renflouement de Wall Street, en permettant de masquer les pertes, a dissimulé la plus grande fraude de l’histoire, au bénéfice des actionnaires et de banquiers qui avaient en toute connaissance de cause accordés des crédits frauduleux, ne respectant pas les obligations légales.

Janet Tavakoli s’entretient avec Ezra Klein, journaliste au Washington Post

Ezra Klein : Que se passe-t-il ? Pourquoi sommes-nous soudainement confrontés à une crise qui n’était pas visible il y a encore deux semaines ?

-  Janet Tavakoli : Il s’agit de la plus grande fraude de l’histoire des marchés de capitaux. Ce n’est pas quelque chose qui est arrivé la semaine dernière. Cela s’est produit lorsque ces prêts ont été accordés, dans certains cas il y a quelques années de cela. Les prêts sont assortis de conditions et de garanties qui doivent être respectées. Dans le passé, on disposait d’une certaine période, allant de 60 à 90 jours, pour valider les prêts et, s’ils s’avéraient de mauvaise qualité, on les rejetait. Si la documentation fournie n’était pas validée, on les rejetait. Si on constatait que les revenus des acquéreurs avaient été surestimés, ou que les logements avaient été surévalués à deux fois leur valeur, on les rejetait. Mais, en l’occurrence, cela n’a pas été le cas. On sait qu’il y a des dossiers de prêts pour lesquels les documents requis étaient absents. Le rôle des professionnels de la titrisation consiste pour partie à collationner les documents du contrat. Dans cette affaire, c’était aux banques comme Goldman Sachs et JP Morgan de se préoccuper de ce genre de choses. C’est ce qu’on appelle le renforcement de la sécurité des contrats, et ce n’est pas une tâche facultative.

Quel est le danger encouru par les banques ?

-  Lorsque la crise financière a éclaté, la première chose qu’ont fait les banques, cela a été de courir au Congrès pour demander un allégement des règles comptables. Elles ont demandé qu’on leur permette de ne pas comptabiliser ce genre d’actifs au prix pour lequel il y aurait des acheteurs. En conséquence, personne ne peut dire quel est la taille du trou dans leurs bilans. Nous avons distribué beaucoup d’argent. Le TARP [1] n’était que la pointe de l’iceberg. Nous leur avons octroyé des garanties sur les dettes, un financement à faible coût par la Fed. Mais nombre de ces crédits hypothécaires ne peuvent pas être sauvés. Si nous avions reconnu ce problème en 2005, nous aurions pu l’apurer pour quelques centaines de milliards de dollars. Mais nous ne l’avons pas fait. Les banques mentaient et commettaient une fraude, et nos organismes de réglementation les ont couvertes. C’est ainsi qu’un problème difficile s’est transformé en une machine infernale.

Je crois comprendre que désormais les banques sont en conflit avec les investisseurs auxquels elles ont vendu ces produits. Les investisseurs vont devant les tribunaux en arguant que ces produits étaient viciés et que les banques doivent les reprendre.

-  Nombre d’investisseurs s’aperçoivent aujourd’hui qu’ils ont été escroqués. Même des investisseurs avertis. Lorsqu’ils ont agi en due diligence, mais que certaines informations importantes n’ont pas été transmises, ils pourront rentrer dans leurs fonds. Ce sera au cas par cas par cas.

Étant donné que notre système financier reste fragile, n’est-ce pas là une catastrophe pour l’économie ? Va-t-on assister à une nouvelle crise du crédit ?

-  Je ne suis pas d’accord. Pour que le système financier retrouve la santé, on doit reconnaître l’étendue des pertes et nous confronter à cette fraude. Ensuite, le marché retrouvera la confiance et les participants reviendront.

Cela donne le sentiment que vous nous dites qu’il reste nécessaire de passer par l’étape finale de la crise financière.

-  Oui, mais je n’emploierais pas le mot crise. Cela peut être fait par une entité chargée de la liquidation des actifs douteux comme cela a été le cas avec les Caisses d’Epargne. Le système a été remis sur pieds plus rapidement parce que nous avons traité les problèmes. Les actionnaires devraient perdre leur mise et les détenteurs des créances devraient accepter une réduction de celles-ci en échange de participations en actions. Au lieu de quoi nous avons déversé l’argent du TARP dans un puits pendant que les banques octroyaient d’énormes bonus à des gens qui doivent être tenus pour responsables de la fraude. La crise financière a été le produit d’une réaction irrationnelle, qui a protégé le capitalisme de copinage et non le vrai capitalisme. Dans un capitalisme véritable, les actionnaires qui ont pris un risque seraient rincés et les détenteurs de créances seraient contraints d’accepter un rabais, et la banque continuerait d’exister.

Source : contreinfo.info, le 11 octobre 2010 Publication originale Ezra Klein, Washington Post Traduction Contre Info

Les banques américaines devraient saisir au total 1,2 million de logements cette année, contre environ un million l’an dernier, selon le cabinet spécialisé RealtyTrac. Et les saisies ont représenté près d’un quart des ventes de logements aux Etats-Unis au deuxième trimestre.

Le procureur général de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, a annoncé dès mardi l’extension d’une enquête sur les saisies dans sa juridication. Il a notamment dénoncé le recours à des "machines à signer" les documents administratifs nécessaires pour obtenir une saisie. Cette pratique constitue une "fraude devant nos tribunaux et une gifle au visage des New-Yorkais qui peinent à s’en sortir dans la situation économique actuelle", a-t-il déclaré

Bank of America suspend toute saisie immobilière aux Etats-Unis

Bank of America (BofA) a annoncé vendredi l’extension à l’ensemble des Etats-Unis de la suspension des saisies immobilières, des procédures dont la légalité est de plus en plus souvent contestée.

BofA, le plus important collecteur de crédit immobilier ("mortgage servicer") des Etats-Unis, est la première institution financière à décréter un moratoire national sur les saisies de biens immobiliers dont les propriétaires ne paient plus les échéances.

Jusqu’à présent, comme le spécialiste du crédit Ally Financial et comme sa rivale JPMorgan Chase, BofA n’avait interrompu les saisies que dans les 23 états américains dotés d’une législation en matière de saisie immobilière.

La commission bancaire du Sénat américain a annoncé vendredi qu’elle organiserait le 16 novembre des auditions sur les saisies, après les révélations selon lesquelles certains grands établissements prêteurs ont utilisé de faux documents dans des milliers de cas d’expropriation.

Bank of America a précisé que son moratoire s’appliquerait dès samedi et qu’il serait étendu aux ventes aux enchères de biens saisis.

Dan Frahm, porte-parole du groupe, n’a pas précisé la durée de ce moratoire mais il a laissé entendre qu’elle devrait se mesurer en semaines plutôt qu’en mois.

UN DOSSIER POLITIQUE

Il a expliqué que la banque était en train de revoir l’ensemble de ses procédures en matière de saisies, en mettant l’accent sur la validation des signatures sur les documents permettant la saisie.

Plusieurs critiques, émanant y compris de membres du Congrès, affirment que les banques utilisent des "machines à signer" et qu’elles ont recours à des processus automatisés qui pénalisent les occupants des logements visés, afin d’accélérer leur expulsion.

Des porte-parole de JPMorgan et Wells Fargo, deux autres grands acteurs du marché américain du crédit immobilier, ont refusé de s’exprimer sur le sujet vendredi.

Jeudi, le président Barack Obama a refusé de signer un projet de loi qui aurait rendu plus difficile la contestation d’une saisie par le propriétaire du logement.

Le leader de la majorité au Sénat, Harry Reid, a appelé vendredi d’autres banques à imiter BofA en étendant la suspension des saisies à l’ensemble du pays.

Harry Reid est un élu démocrate du Nevada, l’un des états les plus durement frappés par la crise de l’immobilier, et il est loin d’être assuré d’être réélu lors des élections de mi-mandat le 2 novembre.

Bank of America est devenu le numéro un américain du crédit immobilier en 2008, en pleine tempête financière, en rachetant Countrywide, qui s’était auparavant fait une spécialité des crédits "subprime".

Joe Rauch et Marc Angrand Source : /fr.finance.yahoo.com Le vendredi 8 octobre 2010

Note [1] Programme de soutien des actifs douteux présents dans les portefeuilles des banques - ndlr

Lu sur RADIO AIR LIBRE



Publié le 13 octobre 2010  par torpedo


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Forum de l'article
  • La plus grande fraude de l’histoire des marchés
    15 août 2016, par JBBB
    Bonjour, avez-vous un conseillé à me donner dans le diagnostic immobilier paris, merci d’avance
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