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Le blues du banquier par Le Yéti

Catégorie société
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Comment comprendre la Grande Crise en se gavant uniquement de données macroéconomiques, et en ignorant les réalités du terrain ? Connaissez-vous celle de votre banquier, par exemple, cette citadelle incontournable sur le champ de bataille ?

Difficile d’en savoir beaucoup sur les banquiers. Pas causants, ces gens-là, en dehors de vous fourguer un énième crédit revolving pour solder vos impôts ou vous clouer de honte pour un dépassement de découvert.

Songez que si vous changez si souvent de “chargé de clientèle” (tous les deux ans à peu près), c’est justement parce que la hiérarchie de ce dernier veut éviter à tout prix toute familiarisation excessive avec vous.

Alors ! Des salaires plutôt riquiqui

Pourtant il est une cruelle réalité que vous ignorez sans doute : votre banquier n’est souvent guère mieux payé que vous ! Des appointements au lance-pierre. Et la Grande Crise qui n’a rien arrangé ces trois dernières années.

Salaire d’entrée d’un chargé de clientèle : dans les 1200 à 1400 euros brut par mois avec un bac + 2 au minimum. Le problème, c’est qu’après, ça ne bouge plus guère. J’en connais qui en sont à une bonne quinzaine d’années d’ancienneté et qui plafonnent à 1600 euros.

Vous me direz, suffit de monter dans la hiérarchie. Que nenni ! Un directeur-adjoint d’agence bancaire, dépasse rarement les 1800 euros et ne bénéficie même pas du statut cadre. Un directeur d’agence (premier rang de cadre, et encore, pas toujours ! ) tourne lui autour des 2000 euros mensuels, tout cravaté d’importance qu’il soit à vos yeux.

Un rôle du tampon entre la clientèle et l’invisible hiérarchie

Ça vous en bouche un coin, n’est-ce pas ? Bon d’accord, rien à voir avec les minima sociaux. Mais pas la mer à boire non plus. Si les banquiers sont riches, eh bien ça n’est pas ceux qui sont à votre contact !

Parce que le système est vicieux en diable, organisé de façon pyramidale, avec des sas étanches entre les gueux costumés de vos guichets, au contact du terrain, sans véritable pouvoir, et leurs sommets hiérarchiques qui prennent les vraies décisions mais que vous ne rencontrez jamais.

Service personnalisé, dans les banques ? Ha ha ha, un chargé de clientèle se paie la bagatelle de 700 à 1200 comptes à gérer. En espérant échapper au maximum de comptes dits « sensibles » (interdits bancaires, comptes sous séquestres...), de plus en plus nombreux. Les “grands comptes”, eux (cf. affaire Bettencourt), ne fréquentent évidemment pas ces bouges populaciers.

Des zélateurs un brin trop empressés

La seule chose que sa hiérarchie invisible lui demande, c’est de vous refiler un max de “produits” merdiques en rapport avec des objectifs de plus en plus exorbitants, Grande Crise oblige.

Quelle morale à cette histoire ? Eh bien que les puissants se débrouillent toujours pour laisser les gens de peu se neutraliser les uns, les autres. Le banquier de comptoir est à votre porte-monnaie ce que l’agent municipal des trottoirs est à vos contraventions : les zélateurs un brin trop empressés d’un système qui se fout carrément d’eux.

C’est lui, votre cher banquier, que les malfrats planqués à bonus envoient toujours en première ligne, au casse-pipe.

Et avec cette punaise de Grande Crise, c’est coton, je vous jure ! Sur ce sujet, mes quelques amis banquiers, une fois mis en confiance, sont unanimes : “Pas demain la veille qu’on verra le bout du tunnel !” Un champ de bataille désolé et désolant

Et de vous citer les comptes professionnels qui partent à la dérive, les impayés de plus en plus nombreux, la multiplication des sur-endettements, les clients qui tirent la gueule et rêvent de leur casser la leur... Un vrai champ de bataille désolé et désolant.

Alors, soyez pas vaches avec nos pauvres gardiens des coffres. Si l’un d’entre eux vous chicane, décochez-lui un sourire amical, un clin d’œil complice, penchez-vous vers lui et glissez-lui doucement à l’oreille : « Hého, camarade, cool ! Moi aussi, je sais combien tu gagnes. Sauf ton costume et ta cravate, toi et moi, on est du même pétrin. Ça rime à quoi, tout ce cinéma ? »

S’il se met à pleurer, tendez-lui un kleenex.



Publié le 20 octobre 2010  par Le Yéti


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