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Pier Paolo Pasolini par Serge Rivron

Catégorie portrait
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EXTRAIT :

(...) Mais Pasolini ? infréquentable ? (...)

Il a d’abord été enfant, puis adolescent, puis adulte, puis Pasolini

Il a d’abord été éduqué, puis lecteur, puis chercheur, puis Pasolini.

Il a d’abord été fasciste, puis communiste, puis Pasolini.

Lecteur, poète, peintre, amoureux, prof, pédéraste, directeur de revues, chroniqueur à la radio, romancier, scénariste, dramaturge, cinéaste, polémiste. Marxiste revendiqué. Révolutionnaire et réformiste. Pédagogue et hermétique. Communiste et démocrate. Catholique sans Église et luthérien sans Luther. Pirate. Pornographe. Blasphémateur pour tous. Pier Paolo Pasolini.

Mais pas du tout infréquentable. Fréquenté sans arrêt, au contraire.

Sauf peut-être à l’école, parce qu’il en changeait sans cesse au gré des affectations militaires de son père. Et encore : il ne semble pas avoir souffert alors d’aucune solitude particulière. Bon élève, ce qu’il confirme au Lycée de Bologne, en sautant une classe au moment du Bac, puis à l’Université de la même ville - quand il était jeune fasciste d’office et patriote de gré. Jouait au foot, au basket - a toujours adoré les jeux de ballon, y a joué toute sa vie. Fréquenté aussi, un peu plus tard, quand il faisait le prof pour les jeunes de Casarsa (Frioul), au pays de sa mère et de ses vacances enfantines, où il était revenu se planquer pour éviter la conscription Mussolinienne, les idéaux qu’on lui avait inculqués ne lui paraissant déjà plus aussi impérieux que le devoir humaniste que ses études littéraires avaient commencé de lui forger. Fréquenté aussi là-bas, quand il commençait de peindre des tableaux, d’écrire des poèmes parce qu’il se sentait seul, fréquenté même s’il se sentait seul, dans cet "ancien nid" dont il ne savait pas s’il devait lui être éternité ou exil :

Je ne sais plus si je suis dans mon nid ancien, lourd d’un temps qui ne passe pas, ou dans un triste exil. Mon pays est d’une couleur égarée.

Infréquentable ? Allons ! Il fut de son vivant l’un des créateurs les plus fréquentés et les plus discutés du 20e siècle, et il est parti pour continuer longtemps de l’être - si le 21e siècle ne finit pas de sombrer dans l’épaisseur d’inculture auto-suffisante que Pasolini a si bien décrite et redoutée, et qui paraît inexorablement devoir noyer l’intelligence des siècles sous les monceaux répugnants de servilité consentie au consumérisme et au conformisme hédoniste.

Infréquentable ? Vivant ni mort - sa mort, plus glauque encore qu’il n’aurait pu l’inventer et que ses nombreux ennemis ne la souhaitaient - il ne l’a jamais été. Pédé, ça oui ! incitateur à la débauche ! détrousseur de bonnes mœurs ! Frioulan - comme d’aucuns furent Félibres ? Patoisant ! provocateur à la violence et à la révolution ! ami des pauvres et de la pauvreté ! auteur et cinéaste à succès ! intellectuel, contempteur de critiques installés, de verbiages rassis ! démolisseur et compresseur d’idéologies ! dix fois traîné devant les tribunaux moisis de l’Italie, des années maffio-démocrates-chrétiennes ! humaniste, linguiste, sémiologue, marxiste et masturbateur d’éphèbes ! conspué et haï par les bien-pensants de tous bords ! réactionnaire !

défendu et quelquefois sauvé par le témoignage de quelques-uns de ceux qu’il avait fustigés, mis au ban par beaucoup d’autres qu’il avait aimés !

Et avec ça beau, gueule d’amour et séducteur en diable ! Il avait tout pour être infréquentable, sûr. Il a tout fait pour ça, en tout cas, au moins pour ne jamais qu’on ait à se poser la question de ses fréquentations, même les plus culturellement et socialement condamnables, les ayant inlassablement revendiquées. Parce que leur fréquentabilité, c’est tout simplement une attitude au monde qui n’intéresse pas les poètes, et que lui n’a sans doute attaché d’importance réelle qu’à ça, la "couleur égarée" : la poésie.

Pier Paolo Pasolini est né le 5 mars 1922 à Bologne. Trop tard et trop latin pour être impardonnable comme Rebatet, né en France la génération d’avant. Trop tôt et trop aimé par ses parents pour être infréquentable comme Grogan, né américain c’est-à-dire sans racines la génération d’après. Et d’une histoire trop linéaire pour mener sa vie à coups de dés à la façon d’un Sachs. Les anarchistes ne naissent pas égaux entre eux. (...)

lire l’intégral : Pier Paolo Pasolini, par Serge Rivron



Publié le 2 novembre 2010  par Serge Rivron


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