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Le foetus et sa mère

Catégorie free littérature
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Photo : Didier Delaine (2010)


Le fœtus et sa mère

Le fœtus a atteint ses neuf mois. C’est le moment de sa sortie au monde pour avoir un nom, un quartier, une patrie, une famille, et des amis. Cependant, il n’a aucune réaction indiquant qu’il a l’intention de quitter le ventre de sa mère. Exaspérée, sa mère lui dit avec ironie : «  Jusqu’à quand resteras-tu dans mon ventre ? Est-ce que tu attends que tu deviennes un homme avec des moustaches ? Tu dois avoir pitié de moi ; tu deviens lourd de poids au point que je ne peux plus marcher. -Je n’aime pas la marche dans l’obscurité ; je ne quitterai ton ventre que si je sais quel genre de vie m’attend dans le monde duquel je serai membre.  »

La mère réfléchit un instant et dit à son fœtus : «  Est-ce que tu voudrais un mensonge qui te trompera mais qui te réjouira ou la vérité mais qui te fera de la peine ?
Le fœtus : Je ne veux que la vérité. C’est elle la salvatrice
La mère : Ecoute donc ce que je vais te dire.
Le fœtus : Vas-y, dis, je t’écoute oreilles attentives.
La mère : Le monde où tu vivras est fou, horrible, impitoyable.
Le fœtus : Au dessus de chaque puissant, un plus puissant ; et il n’est de tueur qui échappe à un tueur qui verse son sang.
La mère : Tu sèmeras des fleurs mais tu ne récolteras que des épines.
Le fœtus : Je ne sèmerai que des épines pour récolter des fleurs.
La mère : Facilement, tu seras malheureux ; et difficilement joyeux.
Le fœtus : Je ne serai ni heureux ni malheureux.
La mère : Tu rêveras, tu feras des vœux , tu aimeras ;mais tu n’auras que déceptions, et mort des rêves et des espoirs.
Le fœtus :

Je ferai de mon cœur nourriture des chats affamés ou je le métamorphoserai en un rocher froid.

La mère : Tu parlerais, tu regretteras ; tu te tairais, tu regretteras.
Le fœtus : Je saurai quand parler, quand me taire ; et d’autres que moi regretteront.
La mère : L’arbre aux bons fruits est condamné à la destruction à cause de la bonté de ses fruits.
Le fœtus : Je ne serai pas arbre mais hache.
La mère : Les eaux des fleuves demeurent douces jusqu’à ce qu’elles se déversent dans les mers salées ; et les fleuves sont minoritaires, et les mers majoritaires.
Le fœtus : Une mer immense, salée, est mieux qu’un petit fleuve à l’eau douce.
La mère :

Apprendre dans l’enfance, c’est graver sur pierre.

Le fœtus : La science est inutile que l’on soit petit ou grand.
La mère : C’est un devoir pour l’homme raisonnable que de corriger ses défauts avant de critiquer ceux des autres.
Le fœtus : Mes défauts sont des qualités à louer, et les vertus d’autrui,de vilains défauts.
La mère : Tu seras souvent obligé de te mettre en colère. Et la colère, est des caractères des insensés.
Le fœtus : Me mettre en colère et être taxé de fou, vaut mieux que devenir nourriture à toutes les bouches.
La mère : Qui son cœur s’appauvrit, sa richesse est inutile.
Le fœtus : Je n’accorde aucune importance à ces paroles ; je méprise qui les dit ; il ne doit être qu’un pauvre sur le point de mourir. Clairvoyant, mais, à mains courtes.
La mère : Tu coudoieras des gens qui enterrent le bien et affichent le mal.
Le fœtus :

Le chien, quand il est rassasié, son aboiement s’accentue.

La mère : Et tu pourrais perdre tes amis l’un après l’autre. Il n’est de pire peine que la perte des amis.
Le fœtus : Les amis, les beaux jours, sont amis ; et les jours des malheurs, ennemis.
La mère : Les coquins sont nombreux, et, tels des serpents, ils n’ont que du venin.
Le fœtus : Je ne serai pas le médecin qui avale du poison, se fiant à ce qu’il a de médicaments.
La mère : Note que le vainqueur par le mal, est vaincu.
Le fœtus : L’eau, aussi chaude soit-elle, versée sur le feu, l’éteint.
La mère : Est sans intérêt la perle qui ne sort pas de sa mer.
Le fœtus : Qui ambitionne de posséder des perles, doit payer la mer.
La mère : Le bonheur de l’homme, c’est gagner son pain dans son pays.
Le fœtus :

Le bonheur de l’homme, c’est avoir son pain sans fatigue.


La mère crie avec impétuosité : «  Si telles sont tes opinions, que fais-tu encore dans mon ventre ?
-J’attends ton divorce de mon père qui est pauvre, et que tu épouses un autre mari richissime, dignitaire et influent. »

La mère court, écœurée, demandant secours, au plus proche hôpital.

Nouvelle d’après Zakaria Tamer ( nouvelliste Syrien) Traduction : Abderrahmane Laghzali



Publié le 24 février 2011  par Laghzali


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