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Conte de Noël : le restaurant du foyer des travailleurs migrants par Le Yéti

Catégorie société
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Formaté sans doute par des a priori clichés, je m’apprêtais à mener une enquête sur les économies parallèles (drogues and co) qui se développent, dit-on, dans les cercles ghettoïsés des fameux “quartiers”. C’est pourtant une tout autre histoire que m’a raconté D., mon contact en ces lieux.

« Tout a commencé après l’ouverture du foyer des travailleurs migrants. Les obligations réglementaires imposaient la mise à disposition d’une cuisine réservée à l’usage individuelle de chaque résident.

Mais les occupants, tous issus de la communauté noire africaine, adaptèrent aussitôt la cuisine pour un usage collectif plus conforme à leurs traditions culturelles. La taille de la pièce permettait largement sa transformation en un lieu de vie. Un volontaire, dûment rémunéré par ses pairs, fit office de cuisinier pour tous. »

Jusque là, rien que de très banal. Mais l’histoire prit bientôt une tout autre dimension...

« Très vite le bouche à oreille se propagea dans le quartier. louant la qualité de la cuisine du foyer de travailleurs migrants. Les gens isolés, les précaires, les étudiants commencèrent à affluer. Moyennant deux euros, chacun pouvait s’y faire servir un solide repas africain.

Les organisateurs furent rapidement débordés, mais virent l’avantage de choyer cette “clientèle” inattendue. Ils se réorganisèrent. Mirent sur pied une équipe chargée de l’approvisionnement, nommèrent un second cuisinier. Les mamas africaines des alentours, désœuvrées, vinrent prêter main-forte aux fourneaux. »

Les bénéfices pour un fonds d’aide communautaire

Un roulement des équipes de cuisinier(e)s fut également planifié pour offrir un service ininterrompu de 8 heures du matin à minuit (une bonne partie des clients travaillant en trois huit !) Et l’on vit apparaître un mystérieux et énigmatique personnage, connu de tous mais nommé par personne, chargé des questions financières : le “comptable”.

« Ils firent rapidement des bénéfices ! Le “comptable” et le comité des sages se réunirent . Ils prirent la décision collective de créer un fonds d’aide sociale communautaire : aider les vieux sans revenus, aider ceux qui se retrouvaient dans le besoin, les malades sans sécurité sociale...

Et l’aide ne se limite pas à ceux de la communauté installée dans ce quartier de France.

Chaque été, le “comptable” se rend dans les villages du pays et remet ses enveloppes remplies de billets aux bénéficiaires désignés. »

Mais que fait la police ? (Elle va manger au resto du foyer)

Faut-il préciser que rien de cette économie parallèle n’est déclarée aux instances officielles idoines ? Mais alors, me direz-vous, que fait la police ?

« Ces gens-là n’ont jamais posé problèmes. Ils font la police eux-mêmes et sont très vigilants sur ce qui se passe dans et autour de leur foyer. La drogue n’a, dit-on, jamais pu pénétrer ici. Les Sages savent bien qu’il en va de la survie de leur organisation et de leur intégrité socio-culturelle.

La police aussi le sait. Et les politiques. Et ceux de la préfecture.

Tous dans la ville connaissent l’existence de ce restaurant “clandestin”. Mais tous savent également les services qu’il rend, les manques qu’il comble. Briser cet ordre social marginal aurait pour prix un désordre public encore plus incontrôlable.

Alors ils maintiennent le statu quo. Et à l’occasion, viennent manger eux aussi au restaurant du centre des travailleurs migrants. Si, si, je vous assure ! À deux euros le menu, forcément... »

La morale de l’histoire

Hého, lecteur, il n’est pas joli, mon petit conte de Noël ?

Rappelle-toi que parmi les Rois mages aux miraculeux présents, il y en avait un qui était noir !

Cette histoire véridique dure maintenant depuis plusieurs années. Elle se passe dans une grande ville française.

Que veux-tu, la nature a horreur du vide.

Et les humains, quand on les met sur la touche, finissent toujours par se ficeler une petite vie à eux... sur la touche !

Oh bien sûr, certains avanceront à juste titre que tout n’est pas aussi édifiant dans les quartiers dits sinistrés, que les trafics de drogues, les magouilles délictueuses, patati patata.... C’est vrai. Mais comme on dit, il faut croûter. Nos travailleurs migrants à nous ont emprunté le plus court chemin pour y parvenir : celui des cuisines.

Tiens, à propos de manger, voici venue l’époque de consolider nos taux de cholestérol et de faire un peu de gras pour supporter les aléas des hivers qui nous attendent. Allez zou, bonne fin d’année à tous. Je vous embrasse.



Publié le 20 décembre 2010  par Le Yéti


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