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Grisélidis Réal, écrivain et prostituée genevoise de Patrick Kéchichian

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(JPEG) Ecrivain et prostituée genevoise, Grisélidis Réal est morte, mardi 31 mai, dans une clinique de Genève, des suites d’un cancer.

Née le 11 août 1929 à Lausanne, dans une famille d’enseignants, Grisélidis Réal passe une partie de son enfance à Alexandrie, puis à Athènes, où son père est en poste.

De retour en Suisse, elle poursuit sa scolarité, puis entreprend des études aux Arts décoratifs de Zurich. Elle se marie, a deux premiers fils, puis se sépare de son mari. Griselidis Réal commence à se prostituer au début des années 1960, en Allemagne, où elle est partie avec ses enfants (elle en aura quatre) et son amant.

Dans son premier livre, Le noir est une couleur (Balland, 1974, réédité chez Verticales en mars 2005), elle se raconte, sans concessions ni misérabilisme, avec un lyrisme sombre et âpre puisé au coeur de l’expérience vécue.

Dans la décennie suivante, Grisélidis Réal prend fait et cause pour la lutte des prostituées, notamment lors de l’occupation de la chapelle Saint-Bernard, à Paris, en juin 1975. Elle balaye notamment l’argument de l’aliénation par les proxénètes, soutenant que la prostitution peut être un choix, un acte libre. La "catin révolutionnaire" était née. Elle contribue alors à fonder une association d’aide aux prostituées (Aspasi). Dans son modeste domicile genevois, elle crée ­ - et accueille ­ - un Centre international de documentation sur la prostitution.

Parallèlement à ce combat politique, Grisélidis Réal a développé une pensée positive de ce qu’elle nomma en janvier (dans la préface à Carnet de bal d’une courtisane, Verticales, mars 2005), "un Art, un Humanisme et une Science" . "La seule Prostitution authentique est celle des grandes artistes techniciennes et perfectionnistes qui pratiquent cet artisanat particulier avec intelligence, respect, imagination, coeur, expérience et volontairement, par une sorte de vocation innée (...), sachant se mettre dans la peau de l’autre, déceler son attente, son angoisse, son désir et comment l’en délivrer sans dommage pour elle, ni pour lui."

Son "artisanat", Grisélidis Réal l’interrompra en 1995, à l’âge de 66 ans.

Trois ans plus tôt, elle avait publié La Passe imaginaire (L’Aire/Manya), recueil de lettres adressées à son ami Jean-Luc Hennig.

Loin de toute caricature comme de tout moralisme, avec son esprit vif et révolté, avec surtout une vraie générosité, Grisélidis Réal incarnait une forte idée de la dignité humaine.

Source le monde.fr / Carnet

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Publié le 3 juin 2005  par torpedo


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