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Bonnes résolutions par Gérard Filoche

Catégorie société
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140 signes pile-poil. Et tout est dit.

"Un patron ne donne rien rien, rien à un salarié, il achète son travail au plus bas prix possible et en tire un profit le plus élevé possible"

C’est la phrase que vous allez vous graver bien profondément au fond du crâne parce qu’elle explique tout. Elle raconte tout. Elle contient tout. Et elle balaie à elle toute seule des décennies de fariboles sur le "contrat" du gentil travailleur qui "échange" du gentil travail contre du gentil argent avec son gentil salarié. Foutaises, l’échange est dès le départ parfaitement dissymétrique en faveur du patron puisque celui-ci a la Loi de son côté, vu que cette forme de relation complètement inégalitaire est légale.

En clair : l’exploitation est légalisée mais ça ne suffisait pas à la bourgeoisie, il fallait encore qu’on finisse par trouver ça normal.

Pas de cette façon, s’entend bien. Depuis des décennies, cette réalité est soigneusement maquillée en "confiance" entre des "partenaires sociaux" qui acceptent de "dialoguer" et "débattre", et de lénifiants discours tentent de faire croire que tout le monde est dans le même bateau et que c’est dur pour tout le monde et que patrons/employés même combat, jusqu’à la mode du tutoiement qui voudrait faire semblant d’aplanir les disparité pour les faire disparaître dans un grand moment de convivialité "sympa". Et c’est vrai que c’est tellement plus sympa et léger de s’entendre dire "t’es viré".

Mais beau dire beau faire et beau tout tenter pour que s’efface dans les esprits cette réalité là, tout ceux qui travaillent quelque part savent que c’est du flan. Le monde du travail est l’espace par excellence où la démocratie n’a pas droit de cité puisque introduire de la démocratie dans l’entreprise, c’est signer l’arrêt de mort de la férule patronale.

Des employés conscients, qui choisissent horaires et mode de production et du coup se débarrassent de leurs employeurs, c’est pire que la fin du monde : c’est l’arrêt net et définitif de l’extorsion de la plus-value et l’anéantissement du profit. Et plus de profits = plus de spéculation, plus de spéculation = plus de possibilité de s’enrichir gratuitement et démesurément sur le dos des autres.

Quand ils flippent et montent sur leur grands chevaux à la moindre grévounette en hurlant à la Bolchévie, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont tellement réactionnaires et acharnés à la conservation de leurs privilèges exorbitants et injustifiables qu’ils en deviennent idiots : c’est aussi parce qu’ils savent très bien que le moindre petit droit arraché dans la plus humble PME par une poignée de déterminés, c’est autant qui ne va pas dans leur poche et bien au-delà, c’est une lézarde, infinitésimale certes mais bien existante, dans le bloc de la domination. Et ça, c’est insupportable parce qu’à force de grignotages épars et multiples, c’est tout le bazar qui risquerait de leur tomber sur la tronche.

Leur violence vient de cette trouille fondamentale et c’est pour ça que la simple mention de "droits sociaux" les plonge dans des transes d’hystérie.

D’où la volonté de faire collaborer un maximum de salariés à leur propre exploitation, soit par la pédagogie de la soumission résignée, soit en les achetant avec crédits à la consommation ou des "intéressements aux bénéfices" voire encore mieux en suggérant de les payer carrément en actions ; dire plus franchement qu’ils vont travailler pour des résultats tellement incertains que ça en deviendrait risible si à la fin du mois on avait pas un loyer à payer en vrai argent serait sans doute plus mal accepté.

Et c’est d’ailleurs pour ça que l’accent est mis le plus durement sur la répétition hypnotique du discours de la soumission, avec la complicité plus ou moins consciente de journalistes qui ne font au final que répéter ce qu’on leur a appris à Science-Po et dans leurs CFJ : le peuple est con. Le peuple est faible. Il a besoin de Maîtres. Et c’est très bien ainsi...

Et ça marche.

Combien connaissez vous de gens qui sont désemparés et choqués par la brutalité néolibérale et haussent les épaules en soupirant "mais qu’est-ce qu’on peut faire ?"...et regardent avec consternation des partis politiques censés les représenter se bouffer le museau pour savoir lequel sera le plus purement pur d’entre les vrais exégètes des Grands Anciens, sans parler du temps perdu dans des conneries qui vont jusqu’à défendre des symboles d’aliénation au nom d’une vision déformée de l’antiracisme. Le "vote utile" pour les socialistes de marché n’est qu’une solution de désespoir, et encore ce désespoir ne se trompe t-il pas complètement d’ennemi face à cet autre désespoir bien plus mortifère qui voit le monde du travail tellement désemparé qu’il en est réduit à espérer quelque chose du fascisme.

C’est bel et bien pour ça que ces 140 signes sont d’une importance déterminante, parce qu’il remettent rien moins que le monde à l’endroit. Et prouvent au passage qu’on peut exprimer une vérité forte et incontestable sans en faire des dizaines de pages illisibles.

La première des bonnes résolution de l’année à venir, ça sera ça :

remettre les choses à l’endroit et faire l’effort de le faire simplement.

Source : comite-de-salut-public.blogspot.com

Lu sur : RADIO AIR LIBRE



Publié le 30 décembre 2010  par torpedo


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