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L’affaire du plagiat de PPDA : l’analyse de Daniel Schneidermann

Catégorie édition
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DERRIÈRE PPDA, LA DÉCADENCE DE L’ÉDITION

Ce n’est pas pour me vanter, mais personnellement, si j’étais édité chez Flammarion (maison mère d’Arthaud, l’éditeur de PPDA), je serais plutôt inquiet.

Une maison capable de fabriquer un livre avec "une version de travail provisoire", mes notes de lecture, mes listes de courses, mes relevés EDF, de me le faire dédicacer dans un état second, de l’envoyer à des dizaines de journalistes féroces, avant de réaliser qu’il ne s’agissait pas du bon fichier ! Ah, le mouvement de panique qui doit gagner ce matin tous les auteurs Flammarion, se précipitant sur leurs œuvres,

en se demandant s’il s’agit bien de la bonne version de l’œuvre !

On en rit, mais PPDA, ce n’est pas seulement PPDA.

Derrière PPDA, la vraie pauvre victime de l’affaire Hemingway, c’est le livre.

Que le nègre de l’ex-présentateur se soit débarrassé au plus vite d’une corvée, en quasi-recopiant cent pages d’un livre précédent, serait un simple fait-divers.

Mais comme les grands faits-divers, celui-ci dévoile brutalement tout un pan de la société.

Que Flammarion n’annule pas immédiatement la sortie du livre, et bricole une défense abracadabrante, en dit long sur le niveau de décadence de l’édition française. Et de courage : dans ce domaine, il faudra attribuer un prix spécial à la patronne de la maison, la papesse Teresa Cremisi, qui a envoyé au feu la malheureuse éditrice de l’ex-star, une certaine Noëlle Meimaroglou.

Ce que révèle l’attitude de Flammarion, c’est la froide logique de l’alliance médias-édition, dont le cynisme n’a pas grand chose à envier à celui des politiques.

Peu importe le livre, le système commande.

Ce système infernal : ex-vedette de la télé = nombreuses invitations garanties sur les plateaux = buzz autour de la maison d’édition = ventes pas forcément mirobolantes, mais en tout cas minimales.

Les victimes ? Les lecteurs trompés.

Tous les auteurs inconnus à qui PPDA vole l’espace qu’il occupe indûment sur les plateaux de télé, dans les circuits de fabrication et de distribution, sur les tables des librairies, dans les pages des journaux qui (rassurez-vous, il y en aura) feront la recension de son livre comme si de rien n’était, avec quelques lignes délicieusement acides sur la mésaventure de la vedette.

Plus que jamais, il serait bienvenu de tenter d’inventer autre chose.

Daniel Schneidermann

source : Blog de Bernard Gensane

Lu sur Bellaciao



Publié le 6 janvier 2011  par torpedo


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