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Société de consommation : Désuétude Planifiée par Laiguillon

Catégorie société
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(JPEG) L’obsolescence programmée, un des sbires de la société de consommation et de production. Sa vie, son œuvre ...

Un excellent moyen d’action de la société de consommation réside dans le concept de « l’obsolescence programmée ». Le plus singulier dans cette idée que nous sentons ou nous subissons tous, reste qu’elle a tellement bien fonctionné que nous la retrouvons dans beaucoup de recoins de notre vie actuelle.

INTRODUCTION

Nous ressentons tous, je me plais à croire, ce tourbillon qui nous happe malgré nous. Aussi attentif que nous puissions l’être, autant critique sur notre mode de vie que nous tentons de rester, nous avons ce sentiment lancinant d’être inclus dans cette vague présente qui cherche son rocher pour se fracasser. Pire, nous pourrions nous en plaindre dans une posture courbée de victime, si notre conscience ne venait pas nous murmurer sadiquement au creux de l’esprit :

« Mais, petit scarabée, tu n’es pas dans la vague, tu es une parcelle de la vague... ».

Oui, nous participons, nous sommes notre ennemi autant que n’importe lequel de nos congénères hébétés.

Parmi les nombreux défis que ce siècle nous impose, il y en a un qui ne cesse de déambuler dans le tableau : « la consommation ».

La consommation, ce mot lui-même sur-consommé, trône dans le dictionnaire avec pour définition : « Action d’utiliser par opposition à celle de produire. ». Opposition dans le terme, certes, mais dans les faits la production intègre la consommation comme cause et conséquence, elle en est son origine et sa finalité.

Ainsi notre système repose intégralement sur notre consommation, c’est la fameuse société de consommation.

Pour que ce cœur puisse battre, que cette consommation puisse battre son plein, deux objectifs conjoints doivent être visés : « Que plus en plus de personnes consomment », « Qu’une même personne ne cesse de consommer ». Pour l’un ou l’autre de ces objectifs, deux méthodes : « Lui expliquer qu’elle a besoin de consommer », « La contraindre à le faire ».

Un excellent moyen d’action pour se faire réside dans le concept de « l’obsolescence programmée ». Cette idée a été pensée dans l’entre deux guerres et est partie intégrante de la théorie de production de masse. Elle trouve simplement son paroxysme dans notre époque de production « à moindre coût ».

Le plus singulier dans cette idée que nous sentons ou nous subissons tous, reste qu’elle a tellement bien fonctionné que nous la retrouvons dans beaucoup de recoins de notre vie actuelle.

OBSOLESCENCE PROGRAMMEE

En premier lieu, regarder cette animation très connue : « L’histoire des choses », Histoire des choses

Cette animation pose un bilan global sur notre société de consommation, de la production à la consommation. Elle nous raconte, de manière grossière et caricaturale, sans pour autant céder au fantasme, notre aliénation actuelle. Prenons cette animation pour nous permettre de planter le cadre de l’obsolescence programmée.

Si vous voulez obtenir les détails théoriques et historiques de l’obsolescence programmée, jetez un œil sur : Wiki-Obsolescence Programmée ou, pour les « wikipedia-dubitatifs » sur : Le cniid - Obsolescence programmée

Inutile de reprendre tous les points, la messe est dite.

Pour illustrer cet aperçu, je vais uniquement m’emparer d’un sujet que je connais un peu mieux que les autres : l’informatique. Je vais simplement poser quelques constatations qui sont bien réelles et que je rencontre tous les jours (et vous ?) :

a) la baisse de qualité des développements a entrainé l’augmentation de la puissance pour compenser et ainsi du tournus rapide du matériel. C’est l’obsolescence programmée indirecte (votre pc reste fonctionnel mais n’est plus proposé pas plus que ses pièces détachées) et l’open-source est une alternative crédible dans ce domaine.

b) tout ce qui contient de l’électronique contenant du code va être soumis à l’obsolescence programmée par notification (autrement dit un message qui vous dit que quelque chose ne va pas...).

c) à chaque nouveauté technologique qu’elle soit matérielle ou logicielle, le fournisseur va profiter de cette innovation pour faire jouer l’obsolescence par incompatibilité (changements de formats, versions suivantes incompatibles).

d) de nombreux domaines souffrent volontairement de l’obsolescence par défaut fonctionnel. Qui va assurer alors le coût du développement ? personne. Il deviendra alors obligatoire de payer un contrat pour les mises à jour (on ne résoudra éventuellement les problèmes que dans une version ultérieure).

e) pourquoi diable ces modules mémoires, ces connecteurs, ces adaptateurs, ces chargeurs ne sont jamais du même format et incompatibles entre eux ? hum ... aucune raison technique, je vous le confirme (obsolescence indirecte de nouveau).

Si vous notez bien la deuxième constatation, étendez la mentalement à tous les appareils et machines qui contiennent de l’informatique (ou électronique codée) que nous achetons tous pour leurs sacro-saintes fonctionnalités. Je ne prendrais que deux exemples :

Automobiles : Il est admis que la voiture électrique va poser un sérieux problème dû au fait qu’un moteur électrique asynchrone est increvable. Dés lors, il est prévu que les constructeurs « introduisent » des pannes par l’électronique - obsolescence programmée par notification majoritairement (notification qui peuvent conduire à l’arrêt, donc la panne, de votre voiture). Ce genre de pannes existe déjà pour beaucoup de véhicules. Non seulement vous serez contraints de l’amener en réparation mais pour beaucoup de cas (compatibilité des bancs de test) vous devrez impérativement le faire chez votre concessionnaire et non plus chez votre petit garagiste honnête et sympa. Dans moins de dix ans, vous ne pourrez même plus faire le gonflage de vos pneus ou changer vos plaquettes de frein !!

Communications : Regardez le marché actuel : téléphones, PDA, smart-phones, tablettes PC, netbook. Qui n’a pas l’impression que ces objets voient leurs fonctions se recouper de plus en plus mais sans jamais se recouvrir totalement ? C’est une nouvelle forme d’obsolescence que je qualifierais « d’obsolescence par fonctionnalités ». Vous pouvez faire beaucoup de choses mais sans pouvoir faire tout. L’universalité d’un appareil viendrait enrailler cette mécanique. Un travers insidieux réside aussi dans le fait que sous prétexte de vous libérer, beaucoup de ces technologies vous asservissent et vous emprisonne chez un fournisseur. Apple vous a ouvert les bras et vous a permis de jouir d’une technologie intéressante, novatrice et fonctionnelle. Beaucoup d’acteurs du web communiquent exclusivement sur ce produit. Entre l’effet de mode, l’attrait des technologies et le rôle des éditeurs, le piège s’est refermé et nous pouvons célébrer aujourd’hui la naissance d’un nouveau monopole. C’est « l’obsolescence par monopole » qui va conduire petit à petit les possesseurs à se diriger vers un standard dit « de facto ».

Une bonne source pour rester à l’écoute de ce sujet dans le domaine technique, est : Greenit

Pour terminer ce tour d’horizon, deux remarques qui, personnellement, ma laissent un arrière goût détestable dans la bouche :

Ecologie (ah oui, je me souviens, c’est le défi de notre époque) : Relevé déjà dans « l’histoire des choses », imaginez l’impact de ce manège effréné sur la gestion des déchets. Je lis beaucoup de débats sur le fait que tel ou tel appareil est polluant ou pas. Le problème n’est pas là, il est dans la quantité et le renouvellement effréné. Si vous voulez vous renseigner d’avantage : Amis de la terre

Tous ensemble (il est où le miracle de la concurrence ?) : Pour que l’obsolescence programmée puisse fonctionner, il faut que TOUS les fournisseurs jouent le jeu.

En effet, si un seul redevient sérieux et offre des produits pérennes et solides, l’édifice entier s’effondre.

La magie opère lorsqu’on réalise que pour ce faire, ce fournisseur zélé serait contraint de vendre ses produits plus chers. Quel constructeur visera la qualité au détriment au prix et qui imaginera acheter volontairement des produits plus chers ? Qui se trouve entre le marteau et l’enclume ? Qui se trouve tiraillé entre la contrainte sociétale de céder aux technologies et la dégradation de son pouvoir d’achat ne lui laissant comme choix que le moins-disant ? Réponse : vous, moi, les autres. C’est le consensus mou !!

OBSOLESCENCE UNIVERSELLE

Comme vous l’avez pressenti, c’est l’extension de l’obsolescence programmée dans d’autres recoins de notre vie occidentale, qu’il m’intéresse d’identifier. Notons néanmoins qu’au niveau naturel, l’obsolescence programmée par péremption est de mise dans l’univers. Une étoile nait, vis et meurt, comme n’importe quel être vivant, nous y compris. Mais l’univers recycle totalement, prends son temps, se moque de notre futur et ne triche pas.

Obsolescence politique

Quand je vois la pauvreté des idées des capitaines d’industrie ou des responsables politiques, je ne puis m’empêcher de penser que nous retombons inexorablement dans le domaine du jetable. Nous assistons à un étalage de produits sans imagination, sans lumière, sans projet, sans force. Les mêmes indigences promulguées par des personnes formatées à l’identique, sans feu intérieur, sans vision et bien pire, sans même le souci apparent de vouloir convaincre, voilà le spectacle minable de notre quotidien politique.

L’ère Sarkozy aura été aussi l’ère du tout jetable, l’ère du vide, l’ère du court-terme et de l’emporte pièce.

On fait une loi bâclée pour chaque secousse relayée par des medias apathiques.

Cette loi sera oubliée dans le trimestre qui suit.

La loi, oui, pas les effets.

Mais qui se soucie encore des effets ?

Le but n’est pas réparer mais de produire.

Rien n’est pensé sur le long terme, tout est fait pour satisfaire l’instant. C’est la naissance de la société de consommation politique qui restera l’apanage de sarko, selon moi. Et tous, autour de lui, opposants ou partisans, s’y mettent volontiers, puisque cela plait et semble prendre... Qu’en restera t-il demain ? Mitterrand avait dit :

« je suis le dernier président, le prochain sera comptable ».

Même pas vrai, le prochain n’était rien et il a laissé sa place au « incapable mais communiquant ».

C’est l’obsolescence indirecte : Le temps de création d’une idée forte la rendrait obsolète car non compatible avec l’information du jour suivant.

Obsolescence sociétale

L’information nous submerge et ne tolère pas de rester figée sur un sujet. Les chiffres déboulent sans recul et sans analyse. Comme un coureur sous un rythme trop rapide, le seul objectif qui nous reste est de ne pas basculer en hypoxie, ainsi plus le temps de regarder le paysage, tout devient voilé. Cette « satiété du spectacle » a tout balayé et les sujets importants qui mettent en cause notre avenir sont dilués au milieu d’un amoncellement d’inutile. La qualité s’est retirée piteusement sous les huées du public pour céder la place à la quantité.

Je ne referai pas le procès des sites sociaux, ils ne sont qu’une conséquence et pas une cause. Ceux-ci et leurs utilisateurs miment un comportement global existant.

Cet accès à la consommation nous est proposée comme un cadeau, comme fût l’accès à la bourse : « Tiens, petit, va jouer dans le bac à sable là-bas, le monsieur t’apporte tes jouets ».

Mes parents m’avaient appris pourtant à ne pas parler à des inconnus...

Nous sommes submergés par le fugace, le rapide et l’instantané. Les stars sont élevées en un jour, maintenues quelques mois, puis jeter aux rebuts. Certaines fois, nous assistons par contre, au seul cas de recyclage. Des anciens succès ou leurs auteurs sont ressortis de la naphtaline avec comme explication réelle, non le souci de recycler mais uniquement une preuve de plus du manque d’imagination.

Les membres eux-mêmes de cette société sont rapidement obsolètes.

Pour reprendre l’image du coureur, qui veut tenter de ralentir ?

Aucune demi-mesure, impossible de ralentir, encore moins de marcher. Tout changement de rythme se traduira par une sortie de piste. Un inactif devient obsolète aux yeux d’un actif, un vieux l’est aux yeux d’un jeune. La seule façon de sortir de ce cycle qui nous est laissée est, diaboliquement, une forme ou autre de marginalisation. Même si un état intermédiaire serait tenable, il ne représente plus rien, tout est binaire.

Observez comment sont traitées les personnes qui osent parler d’avant.

Toute considération sur un avant est irrémédiablement taxée de passéisme ou de ringardise.

Impossible de mesurer ou de replacer un fait dans un contexte, la fenêtre acceptable de l’histoire se rétrécie. Elie Wiesel disait : « Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans futur ». Ben ouais ...

C’est l’obsolescence par incompatibilité : si tu ne fais pas partie de demain ou que tu fais partie d’hier, alors tu ne seras plus compatible avec les autres.

Obsolescence intellectuelle

Qui a le temps de réfléchir sur un sujet ? Le rythme de production des sujets tue toute velléité de s’emparer d’une idée pour la développer. Bourdieu qui refusait les plateaux de télévision car il n’avait pas le temps de développer, le sentait déjà. Le chômage cède à la sécurité qui cède à l’immigration qui cède à l’identité nationale qui cède au problème des Roms. « ouf, ouf, ouf ... ». Nul temps pour se positionner. Se positionner c’est s’arrêter et il ne faut jamais s’arrêter. Aujourd’hui nous n’avons plus des experts de domaines mais des experts de communication. Pour paraitre crédible il faut pouvoir communiquer sur tous les sujets et non se cantonner sur un sujet précis.

Une conséquence insidieuse réside dans l’homogénéisation. Pour que ce cycle continue, il est nécessaire que les nouveautés ne soient pas révolutionnaires mais ne fasse qu’ajouter des avantages minimes mais présentés comme indispensables. De ce fait, tout ce qui peut constituer une avancée radicale ou un clivage franc est tout bonnement écarté. L’impression d’avancer est donnée par le rythme des avancées mais nullement par leur ampleur.

C’est l’obsolescence par péremption.

CONCLUSION

Nous sommes tous victimes du syndrome de Stockholm. Nous connaissons, nous nourrissons et nous aimons nos bourreaux.

Nous avons tous pris la carte du parti de la consommation, une carte de membre à vie. Le programme affiché de ce parti est « l’innovation », son slogan « la communication au service du confort de tous ». Un déguisement parfait pour une société de consommation qui est notre bourreau. Dans sa panoplie de combat, une arme très efficace : « L’obsolescence programmée ».

Votre désuétude est planifiée. Au risque de devenir obsolète, le mieux à entreprendre est de freiner la machine de toutes ses forces puisque plus rien ne semble vouloir l’arrêter.

Attention : ce post sera obsolète dans moins d’une semaine !!!

Laiguillon... qui ne fait pas mieux que vous ...



Publié le 18 février 2011  par Laiguillon


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