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Maurice Rajsfus
Le chagrin et la colère

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Maurice Rajsfus Le chagrin et la colère

Quand un traitement de cheval pour enrayer une bronchite, transforme son tube digestif en transit rapide, Maurice Rajsfus doit encore parcourir un long périple en RER avant de s’asseoir sur le trône de la félicité.

Durant ce voyage, il nous entraîne sur les traces de la diarrhée et de son contraire la constipation. Si quelques recettes d’antan prodiguées par une mère aimante et attentive, nous font découvrir certains remèdes simples, le poids des mots prend dans ce récit une autre signification. Si l’on remplace chiasse par Société, politiciens, racisme, flics,CRS, 1944, Front National, alors Maurice Rajsfus nous refile sa colique et ce premier chapitre nous propulse sur les "gogues, chiottes, trône, WC" pour nous vider d’un liquide puant. Si quiconque se plaint de vos effluves malodorants avant de prendre possession de ce haut lieu de méditations, pensez à lui donner les références de ce livre.

Cette chiasse Rajsfusienne traitée avec humour, nous oblige à un regard sur cette merde liquide que l’histoire voudrait oublier.

Maurice arrivera-t-il à temps au lieu de la délivrance ?

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"...Mes tripes tordues par la souffrance m’indiquèrent rapidement la qualité de la situation. Bien plus rapide que le métro, le RER n’avançait pas suffisamment vite à mon gré. Plus la douleur se manifestait et plus j’avais le sentiment que nous restions sur place...En cette circontance, pourtant déprimante, aurais-je pu sourire en me remémorant le célèbre texte d’Antonin Artaud, interdit sur les ondes de la radio nationale en 1947, pour en finir avec le jugement de Dieu ?

Là où ça sent la merde,

ça sent l’être.

L’homme aurait très bien pu ne pas chier,

Ne pas ouvrir sa poche anale,

Mais il a choisi de chier

Comme il aurait choisi de vivre...

Dieu est-il un être ?

S’il en est un, c’est de la merde.

..."

"...La bonne chère fait de l’excellente littérature et les chroniqueurs gastronomiques ont un bel avenir devant eux. Tout naturellement, la famine organisée n’est que rarement médiatique..."

"...La merde résultant de ces banquets à 200 euros par convive n’est guère plus intéressante pour l’agriculture que les excréments du chômeur réduit à la baguette de pain pour toute pitance..."

"...quand les nazis occupaient la France...mon patron était parfois invité dans l’un de ces établissements où l’on pouvait se restaurer sans tickets, où l’on s’offrait l’ignoble joie de manger deux biftecks au cours d’un même repas. Au lendemain de l’une de ces agapes, mon patron m’avait confié, un matin, alors que j’arrivais à mon travail : "Vois-tu, Maurice, hier soir c’était très bon mais, ce matin les crottes n’étaient pas différentes !" ..."

"...chemin faisant, il nous fallait longer les champs d’épandage d’Achères, là où se déversait la plus grande partie de la merde de la région Parisienne...Aujourd’hui tout est net dans cette région. La merde a disparu, mais les HLM monstrueux sécrètent l’ennui. La merde est moins visible mais elle est bien plus nocive, car elle s’incruste dans les esprits..."

"...La libération venue, on nous avait tellement dit et répété que nos proches étaient morts pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus jamais que nous avions fini par le croire...Il est devenu coutumier d’entendre dire que le nazisme était une idéologie comme une autre, que les camps d’extermination n’ont jamais existé, que la démocratie est porteuse de désordre, que les hommes sont heureusement inégaux en droits et en devoirs, que la couleur des individus pouvait être source de discrimination. Aucune réaction de masse n’est venue troubler ce discours qui s’est répandu comme une drogue douce.

Cette acceptation est insupportable.

La colère devient l’unique recours. En attendant le triste jour où il faudra à nouveau se défendre, car nous n’aurons pas été capables d’attaquer, quand il le fallait, ces nervis devenus respectables aux yeux d’une opinion publique qui ne l’est plus depuis longtemps..."

Quand on referme ce livre, il n’est plus concevable de lorgner sans réflexion, le trou qui avalera notre rebut de digestion, ni la chasse d’eau qui laissera place nette pour le suivant. Et puis on se prend à rêver ... si tous les maîtres du monde avait la même diarrhée Rafjusienne , alors on pourrait commencer à croire au meilleur des mondes.

Un livre à lire et relire sans modération au moment des repas mais proche de lieux d’aisances.

DI2

Maurice Rajsfus
LE CHAGRIN et LA COLERE
Au cherche midi 15 €

resumé de l’éditeur :
Si l’homme peut résister à la maladie, se montrer fort devant l’adversité, il supporte plus difficilement les douleurs d’entrailles, qui fragilisent et réduisent sa fierté. L’individu est faible face à ces atteintes insupportables. Imaginons Bonaparte au Pont d’Arcole, en proie à la colique. Le pape bénissant la foule dans sa soutane souillée...

Paria ou puissant, qui n’a jamais eu les boyaux noués ? Lors de telles attaques, il y a presque égalité entre l’un et l’autre. Avec l’humiliation en supplément pour le second. Une certitude : pour les concentrationnaires enfermés dans les camps nazis, la diarrhée pouvait signifier la mort, lors des terribles séances d’appel dans le froid du matin.

Il est toujours possible de contenir la peur ordinaire. Autre chose est d’accepter la contrainte. Le chagrin, c’est surtout de devoir vivre dans un pays où l’on compte plus de policiers que d’assistantes sociales. D’où une colère salutaire face à une société anesthésiée, tout acquise à cette idéologie sécuritaire permettant la remise en cause des droits de l’homme les plus naturels.

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Biographie

Maurice Rajsfus

CHRONIQUES DE LA PEINE ORDINAIRE

Auteur d’une trentaine d’ouvrages à caractère historique, politique ou polémique, Maurice Rajsfus s’intéresse en particulier à la Seconde Guerre mondiale et au rôle des forces répressives, hier comme aujourd’hui.

De Drancy à la police de Vichy en passant par la censure militaire, Maurice Rajsfus tient la chronique d’une France hélas peu en accord avec les droits de l’homme, abandonnée à certains de ses vieux démons antisémites, prête à se livrer au régime nazi. Son oeuvre est une implacable leçon d’histoire à l’usage des générations à venir.

Maurice Rajsfus est par ailleurs président de l’Observatoire des libertés publiques.

Livres :
-  16 juillet 1942, la rafle du Vel d’Hiv
-  De la victoire à la débâcle, 1919-1940
-  Drancy, un camp de concentration très ordinaire
-  La censure militaire et policière, 1914-1918
-  La libération inconnue
-  La police de Vichy
-  La police hors la loi
-  Le Chagrin et la colère
-  Les Français de la débâcle
-  L’humour des Français sous l’Occupation
-  Mai 68, sous les pavés, la répression
-  Opération Étoile jaune



Publié le 9 juin 2005  par di2


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