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Tunisie - Révolution et contre-révolution par Khaled Falah

Catégorie actualité
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Du 23 au 28 janvier 2011, la place de la Kasbah a été le siège d’une première occupation : de très nombreux citoyen, venus de toutes les régions, sont venus installer des tentes devant le Premier Ministère et le Ministère des Finances, bien déterminés à exprimer pacifiquement leur refus du gouvernement « provisoire », héritier du régime Ben Ali.

Ils ont été rejoints par des dizaines de milliers de citoyens venus leur témoigner leur soutien et leur solidarité.

Le 28 janvier, le deuxième gouvernement Ghanouchi, à peine constitué, entamait son « mandat » par une opération de police particulièrement violente contre les occupants de la place, délogés à coups de matraque et de gaz lacrymogènes, poursuivis par des milices jusque dans les rues de Tunis. Au cours de cette opération,de nombreux citoyens ont été blessés ou arrêtés et déférés devant les tribunaux.

Jusqu’à ce jour, on ignore qui a donné l’ordre de cette brutale répression, Ghanouchi allant jusqu’à affirmer qu’il ignorait tout et l’enquête promise n’a toujours pas eu lieu. La place a été nettoyée, les murs repeints, les slogans effacés et la place entourée de barrières. Mais c’était ignorer la force et la profondeur du mouvement révolutionnaire....

Retour à la Kasbah

Le dimanche 20 février, bien que des nombreuses délégations venant des différentes régions aient été empêchées de se rendre à Tunis, des milliers de citoyens ont réoccupé la place de la Kasbah ( Place du gouvernement à Tunis) après avoir défoncé les barrières mises en place par les forces armées qui gardent l’endroit.

En dépit de la pluie de ces derniers jours, plusieurs milliers de personnes -appuyés sur une logistique bien huilée- passent la nuit sous les fenêtres du premier ministère et du ministère des finances ; ils sont rejoints dans la journée par des dizaines de milliers de sympathisants - militants politiques, syndicalistes, étudiants , lycéens, avocats..- qui viennent apporter leur soutien matériel et moral.

Des occupations similaires ont lieu dans d’autres villes du pays, et en particulier à Sfax et Gafsa.

Les occupants réclament la démission du gouvernement Ghanouchi, la mise à l’écart des principaux responsables du système dictatorial, mafieux et corrompu de Ben Ali, ainsi que l’élection d’une assemblée constituante.

Ghanouchi persiste et signe.

Alors que le pays est en ébullition contre son gouvernement transitoire, censé expédier les affaires courantes, Ghanouchi prend des mesures qui engagent l’avenir du pays. Ghanouchi consacre l’essentiel de son activité à arrimer davantage la Tunisie au char du libéralisme dirigé par les USA et l’Union Européenne, alors qu’aucun mandat ne lui a été délivré par le peuple, et que la Révolution tunisienne est venue remettre en question le modèle que Ghanouchi a mis en pratique durant les dix dernières années, lui qui était le premier ministre de Ben Ali..

1) Dix jours après la fuite de Ben Ali, Ghanouchi reçoit Jeffrey Feltman, sous-secrétaire d’Etat US ; celui-ci, qui a été en poste à l’ambassade US à Tunis, parle de ses nombreux amis personnels dont certains se retrouveront dans l’actuel gouvernement Ghanouchi.

2) Après s’être entretenu au téléphone avec Angela Merkel, Ghanouchi annonce une « conférence internationale sur les réformes politiques et démocratiques » ; dans le même sens, le ministre allemand des AE, Westerwele, acourt à Tunis...venant de Washington, et rencontre Ghanouchi qui rêve d’une Tunisie qui « partagerait avec l’Europe les mêmes valeurs universelles ».

3) Ghanouchi reçoit les sénateurs US John McCain et Joseph Lieberman connus pour leurs positions proches des néo-conservateurs ; ceux-ci sont reçus également par le ministre de la défense, Zbidi, qui a exprimé son souhait d’être « un partenaire privilégié des Etats-Unis d’Amérique », alors que Zbidi n’a aucun mandat dans ce sens..

4) Ghanouchi a reçu la ministre française de l’économie, Christine Lagarde- elle aussi proche des néo-conservateurs US- qui a évoqué un « Plan Marshall » pour la Tunisie...qui n’aurait pas besoin d’un sou si elle venait à rapatrier les 40 milliards de dollars placés par Ben Ali en Europe et dans les paradis fiscaux.

Révolution et Contre-révolution.

Une rude bataille se déroule dans le pays entre les forces révolutionnaires et la contre-révolution dont l’un des piliers est le gouvernement Ghanouchi.

Cette bataille se déroule aujourd’hui dans tous les secteurs d’activité et aux quatre coins du pays,où on assiste à un large mouvement pour les droits sociaux dans toutes les entreprises et à un grand élan de syndicalisation à l’UGTT ; mais la bataille politique décisive se focalise aujourd’hui, et pour la période à venir, dans l’action qui se mène à la Kasbah. Notre Parti soutient l’occupation de la Kasbah et mobilise ses forces pour faire reculer le gouvernement Ghanouchi, et obtenir son départ.

Notre Parti fera tout pour faire échouer la « Conférence internationale sur les réformes économiques et politiques » prévue, en dehors de tout mandat, par Ghanouchi et les dirigeants des pays occidentaux.

Khaled Falah, membre du comité fondateur du Parti du Travail Patriotique et Démocratique de Tunisie. Source : www.alger-republicain.com Le 24 février 2011

Manifestation à Tunis contre le gouvernement de transition Le 25 février 2011

Plusieurs dizaines de milliers de Tunisiens, majoritairement des étudiants, manifestaient ce vendredi à Tunis, devant la Kasbah, épicentre de la contestation, pour réclamer le départ du gouvernement de transition dirigé par Mohammed Ghannouchi.

Un policier sur place a même avancé le chiffre de plus de 100.000 manifestants et son estimation a été partagée par d’autres policiers tandis que des hélicoptères de l’armée survolaient cette zone.

Selon des membres du Croissant-Rouge et des manifestants, il s’agit de la plus grande manifestation depuis la chute de Ben Ali ;

le 14 janvier. Nous réclamons la démission de tout le gouvernement et celle de Ghannouchi, a déclaré à l’AFP un étudiant en droit, Ramzi, ajoutant que les Tunisiens vivent dans un vide politique.

Des manifestants ont déployé une pancarte d’une vingtaine de mètres où l’on pouvait lire : « Sit-in jusqu’à la dissolution du gouvernement ». « Ghannouchi, dégage ! », « Ca suffit avec les mises en scène », « Honte à ce gouvernement ! », ont-ils scandé. Ou encore, « dégage le RCD », le Rassemblement constitutionnel démocratique, le puissant parti de l’ex-président Ben Ali, qui a été suspendu le 6 février. Certains brandissaient des banderoles affirmant : « Ghannouchi, ton insistance montre que tu caches ta mauvaise foi ».

La place de la Kasbah était noire de monde et de nouveaux cortèges de manifestants continuaient d’affluer. Le Premier ministre a transféré ses bureaux fin janvier de la Kasbah au palais présidentiel de Carthage, dans la banlieue sud de Tunis, après une première manifestation au cours de laquelle des Tunisiens avaient campé près d’une semaine devant ses locaux.

Sit-in

Selon un membre du Croissant-Rouge, plus de 30 personnes se sont évanouies à cause du nombre important de manifestants sur la place où plusieurs tentes ont été dressées. De nombreux jeunes étaient drapés dans le drapeau tunisien.

Quatre mille Tunisiens avaient déjà manifesté dimanche devant la Kasbah, réclamant outre la démission du gouvernement transitoire, l’élection d’une assemblée constituante et la mise en place d’un système parlementaire. Cette manifestation s’est depuis transformée en sit-in, avec principalement des jeunes campant devant la Kasbah.

Mohammed Ghannouchi a été le Premier ministre de Ben Ali de 1999 jusqu’à sa chute le 14 janvier sous la pression populaire.

Après la formation, le 17 janvier, d’un gouvernement d’union nationale dans lequel l’équipe sortante avait conservé la majorité des postes, des milliers de personnes avaient manifesté quotidiennement pour obtenir leur démission.

Sous la pression de la rue, Mohammed Ghannouchi avait remanié le gouvernement de transition épuré des principaux caciques de l’ancien régime le 27 janvier.

Source : http://www.liberation.fr Le 25 février 2011

Lu sur RADIO AIR LIBRE



Publié le 25 février 2011  par torpedo


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