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Peut-on aimer une morte ?extrait du dernier roman de Jean-Laurent POLI

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A quoi servent les carrés Hermès ?

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"Je fis un rêve angoissant. J’étais invité à l’une des rares émissions culturelles populaires à la télévision. Après avoir présenté les invités, le journaliste se tourne vers moi et me demande comment j’ai pu écrire une histoire d’amour entre un personnage vivant et une morte.
Il s’en gausse avec les autres invités et tourne le carnet sur lequel je prends des notes dans tous les sens. Je remarque d’ailleurs sur la jaquette un portrait de Ludivine qui n’est pas du tout ressemblant. J’essaie de lui expliquer que d’autres avant moi, ont tenté l’expérience, il s’en gausse davantage. Dans un brouhaha, je l’entends prononcer les mots d’avatar, de métempsychose, d’Allan Kardec. Je tente de réfuter ces pistes stupides. Je lui dis que je ne crois pas moi-même à toutes ces inepties occultistes. Les rires fusent. Je me sens mal. Le père de Ludivine est assis dans le public et je le vois me désigner d’un doigt vengeur. Il se lève, titube et s’écroule sur le journaliste vedette. Je quitte le plateau de télévision en courant, mais un prêtre me rattrape et me fouette le visage avec un carré Hermès. En me réveillant, j’essaie en sueur de reconstruire par association les différents moments de mon cauchemar. Sans succès. En revanche, je me souviens du nom de l’eau de toilette du jeune chef du personnel rencontré à l’ANPE. Il s’agit d’Éclipse de Calvin Klein.
Le week-end suivant, les parents de Ludivine ne purent me recevoir. Le père, ancien du pèlerinage de Chartres, avait été sollicité par de jeunes membres de la paroisse pour faire la route avec eux et il n’avait pu refuser. La mère qui s’inquiétait de ses problèmes de coeur s’était proposée pour l’accompagner. Étendu sur le matelas, je regardais intégralement l’émission que Bernard Pivot consacrait à la dictée. Je fis huit fautes (maudits accents), Ludivine quinze, et à la dictée junior, en plus !

Il y a des moments dans l’existence d’un vivant mû par la passion d’une morte où le doute commence à s’installer. Au début, je crus à une dépression nerveuse. Sensation de pesanteur du corps, du goût pour rien. Même la musique ne me faisait plus d’effet. J’errais péniblement dans l’appartement, déambulant de la bibliothèque à ma chambre, incapable de m’intéresser à quoi que ce soit. En analyste « sauvage », je m’attribuais toutes sortes de schizotendances et « nosographiais » à qui mieux mieux. Je glisse, je glisse, m’accusais-je sans relâche au cours de ces moments. Parfois, j’envisageais même de me « secouer » comme on dit en de pareilles circonstances.
Le jour, je ne voyais pas derrière l’horizon. Mais la nuit, tout changeait... La fin du jour me procurait une sorte de joie intérieure comme si le calvaire du temps qui s’écoule se terminait. La nuit m’apportait une sorte de paix... La nuit me réconciliait avec les fantômes du jour. Je décidais d’en parler à Paulo."(...)

extrait du dernier roman de Jean-Laurent Poli paru chez Lc éditions du Nouveau Livre

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Publié le 10 mars 2011  par Jean-Laurent Poli


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