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Le vote utile favorise la régression démocratique et les périls extrémistes

Catégorie société
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« Cette fois, je n’attends même pas le second tour, je vote utile dès le premier. Pas question de nous recogner l’autre fou [Nicolas Sarkozy, ndlr] ou d’ouvrir un boulevard à la fille Le Pen ! »

Qu’est-ce qu’on peut l’entendre, cette scie, déjà, dans nos entourages !

Un an avant la présidentielle, voilà que des citoyens effarés, des responsables politiques se recroquevillent à nouveau sur l’idée du vote “utile” comme échappatoire miracle au verdict des sondages.

Raisonnement simpliste et absurde qui, pourtant, ne résiste guère à l’analyse. En croyant éviter le pire, on ne fait qu’en repousser à peine l’échéance. Tout en le banalisant. Et en le rendant inéluctable.

Le vote utile a ouvert la voie au sarkozisme, avatar du lepénisme

Cette idée de vote “utile” a grandi avec la poussée de l’extrême droite, lors de la présidentielle de 1988. Elle s’est renforcée lors des présidentielles suivantes sans enrayer, bien peu s’en faut, la montée en puissance du parti de Jean-Marie Le Pen.

Celui-ci s’est même payé le luxe d’une première victoire par procuration en 2007. Car c’est bien sur des thèmes du Front national (immigration, sécurité, vieilles valeurs surannées...) que l’actuel président s’est fait élire.

C’est bien en tentant de mettre en œuvre et en discussion - ah, ce débat sur l’identité nationale ! - un avatar des idées lepénistes que le chef de la patrie et de l’UMP réunies a essayé de faire oublier ses échecs en matière économique et sociale.

Le plantage du fils naturel devenu patent, voici qu’apparaît naturellement la fille légitime du modèle... Le vote utile pulvérise toute nécessité d’union de la gauche

Contraints de se positionner face à une menace clairement identifiée, les partis institutionnellement dominants (UMP, PS) s’en sont peu à peu rapprochés en reprenant les mêmes thèmes. Au point d’estomper toutes réelles différences entre eux.

Cela d’autant plus qu’à gauche, le repoussoir d’extrême-droite et la perspective du vote “utile” qu’il déclenche, rendent parfaitement inutile toute nécessité d’union consistante entre le PS et l’autre gauche.

À quoi bon, n’est-ce pas, composer sur un programme commun puisque, repoussoir aidant, les électeurs de l’autre gauche sont vigoureusement exhortés à voter “utilement” et sans conditions pour le parti d’opposition dominant ?

L’abstention, un acte politique offensif

On le voit, par sa perversion, le vote utile est une fausse bonne solution qui conduit à terme au but inverse de celui recherché. Mais alors, direz-vous, faute d’alternatives politiques acceptables, quelle autre solution, sinon l’abstention ? Très bien, si l’on nous y contraint, inventons l’abstention utile !

Allez-y, hurlez, sirènes :

* « Ne pas voter (utile), c’est voter pour le camp d’en face ! » * « Le droit de vote est une conquête sacrée que d’autres nous envient ! » * « Votez (utile) ou votez blanc, mais votez ! »

Réponses :

* ne pas voter, c’est juste signifier son refus de l’éventail d’un choix trop inepte ; * seule, la menace d’une abstention massive peut contraindre l’opposition de gauche à composer avec les citoyens en colère ; * le vote blanc est une masturbation intellectuelle sans conséquence (puisque non comptabilisé) ; * pour pouvoir s’abstenir, il faut d’abord avoir lutté pour obtenir le droit de voter, cqfd.

Non à la démission de la volonté citoyenne

Cependant, j’en conviens, l’abstention n’est pas non plus une solution satisfaisante. Elle est simplement une solution moins perverse et plus franche que ce médiocre vote dit “utile” qui n’est que fuite inutile et renoncement.

Le modeste citoyen que je suis a d’ores et déjà posé cinq conditions pour voter en 2012. Ces conditions s’appuient sur le respect des droits de l’homme les plus élémentaires et des trois principes régissant notre république : liberté, égalité, fraternité.

Dire que ces conditions sont d’avance inapplicables montre juste à quel point de démission citoyenne certains sont parvenus.

Le problème aujourd’hui n’est pas l’abstention, mais l’absence persistante et depuis longtemps d’alternatives politiques crédibles claires (qui génère des Le Pen père et fille, des “Sarko”). À chacun d’assumer ses responsabilités.

J’attends.

Un programme de gouvernement en huit volets



Publié le 13 mars 2011  par Le Yéti


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