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La FGTB, équivalent belge de la CGT, ayant conscience qu’une manifestation n’y suffirait pas, appelle à un blocage total de la ville de Bruxelles les 24 et 25 mars 2011 pour tenter de faire obstacle à l’adoption du texte instaurant le premier « gouvernement économique de l’UE », qui doit être discuté lors du Conseil des chefs d’état et de gouvernement de l’Union les 24 et 25 mars prochains.
Il s’agit d’un tournant majeur dans l’histoire de l’intégration européenne, le premier "gouvernement économique" de l’UE vise à mettre en place un mécanisme de coordination des politiques budgétaires nationales dans les pays de l’eurozone, sous l’égide de la Commission et du Conseil, et donc des hauts fonctionnaires de la Commission et des Etats membres.
Ce nouveau « gouvernement économique » échapperait donc au contrôle des élus des états membres, alors qu’il s’agirait décider de choses aussi fondamentales que le niveau des salaires (ajuster ceux de la fonction publique en fonction de la compétitivité du pays, ce qui aura un effet à la baisse sur les salaires du privé), de la réduction/privatisation des services publics, de modifications constitutionnelles pour limiter les possibilités d’endettement des États, de reculer l’âge de départ à la retraite (l’aligner sur l’espérance de vie), de l’orientation des politiques fiscales ("réorienter la base de la fiscalité du travail vers la consommation"...).
Ces mesures rejoignent d’autres propositions sur la table en ce moment, dont certaines sont déjà en place (Semestre Européen), alors que d’autres n’étaient que des idées en l’air (Pacte de Compétitivité franco-allemand).
Il s’agit désormais de les formaliser dans le cadre de la coordination politique de l’eurozone, selon un compromis européen assez typique : le concept de « gouvernement économique » est depuis longtemps porté par la France, mais son contenu est allemand.
Il émane plus précisément du FDP, le parti libéral allemand allié à Mme Angela Merkel, auquel elle doit donner des gages, étant confrontée à une mauvaise passe électorale...
Mais transformer toute l’UE en une gigantesque Allemagne n’a aucun sens.
La pensée à l’œuvre ici est d’une bêtise confondante, appliquant à des pays entiers des critères de compétitivité qui ne sont valables - et encore, uniquement dans une vision étroitement financière - que pour une entreprise, avec une focalisation quasi-exclusive sur le coût du travail...
Mais cela permettra de demander aux salariés européens de payer le coût de la crise de la dette souveraine créée par les banques.
L’idée étant que la "gouvernance de l’UE" sera tirée par l’eurozone grâce à ce mécanisme d’intégration.
Après la FGTB, la Confédération européenne des syndicats (CES), d’ordinaire timide, vient de sortir de sa réserve.
Cela suffira-t-il à faire obstacle à la plus grave offensive libérale en Europe depuis le TCE ?
(*) Martin Pigeon travaille à Bruxelles pour l’ONG Corporate Europe Observatory (CEO).
Source :http://www.eauxglacees.com/

