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La France de Claude Guéant, Marine Lepen et les autres... par Andy Vérol

Catégorie société
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"J’ai parfois l’impression de ne plus être chez moi en France..."

Il fallait que ce soit dit. Je suis d’accord avec Claude Guéant et Marine Lepen (et un paquet d’autres là), j’ai l’impression de ne pas être chez moi en France.

Ce sentiment que je partage avec nombre de mes cons-citoyens est profond, et inscrit en moi depuis...

des lustres. Bien sûr parfois, j’ai bien essayé de humer l’humus du bois de Cergy - près de mon squat - pour retrouver la douce odeur de ma Nation, la France, la Républicaine, la conquérante. Mais en définitive, l’humus, ça sent l’humidité, les matières organiques en décomposition, et quelque fois la merde, quand, par malheur, j’ai attrapé une poignée à l’endroit même où un clébard avait chié.

Chier la France.

Inutile de revenir sur l’Histoire de ce pays, ses frontières mouvantes, et, juste pour information, les dizaines de vagues d’immigrations qui ont permis d’en faire un des pays les plus peuplés d’Europe. Les droitistes, les lepénistes me diront sans doute que ce que je dis n’est qu’un amas de clichés gauchistes à la mords-moi la faucille et gratouille-moi l’marteau. Ben non. C’est pas ça que j’veux dire. J’ai le sentiment comme eux de ne pas être chez moi en France, parce que c’est l’état dans lequel je suis depuis ma naissance. Et pourtant, je n’ai pas non plus la sensation d’appartenir ou de me sentir à la maison dans quelque autre endroit que ce soit sur le reste de la planète.

Ça tient sans doute au fait que je ne suis plus là, comme beaucoup d’autres, que je sois parti sur d’autres astres, dans des dimensions parallèles où les murs sont mouvants.

Et puis, étrangement, j’ai surtout la sensation de ne pas être chez moi, parce que j’ai l’impression d’être chez « les Français ». Pour ça, il suffit d’allumer son poste de télévizzion, et le bombardement commence : « les français ont le sentiment que », « les français pensent que », « mais ce n’est pas moi qui pense ça, mais plutôt les français ! », « les français en ont marre de », « les français sont écœurés par l’attitude de », « les français sont moroses », « les français sont les moins trucs d’Europe », « les français partent surtout en vacances en France », « les français trouvent le prix de la baguette trop cher », « les français font l’amour 112 fois par an », « les français font des bébés », « les français sont allés voir le film de Dany Boon », « les français lisent de moins en moins »,...

Stop à l’envahisseur intérieur : le Français.

Ça en devient vomitif, ce gavage de « le français », de « les français »...

Ces derniers s’incrustent dans ma vie. J’éteins la télé, et deux gus bourrés au bar, un rebeu à la retraite et un jeune keupon parlent des français, d’la France. Dans un village alsacien, deux agriculteurs aux combis crottées parlent des français, d’la France.

Dans la rue piétonne, au milieu de la foule sillonnant le marché de Pontoise, Huguette Dénote, petite, octogénaire aux cheveux couleur Lavande dit à Marcello, grand, octogénaire aussi mais chauve, que « les français en ont marre », « on nous prend pour des cons, « à ce rythme-là, on sera plus chez nous »... Dans les stades, des cadres, des chômeurs, des jeunes, des vieux, braillent la Marseillaise et adorent les maillots de foot ( !!!!!!)...

Dans la forêt des Landes, un troupeau de chasseurs, fusils cassés sur l’épaule, s’enfile une rondelle de sauciflard en se murgeant au Bordeaux. A Argenteuil, José Henrique, petit propriétaire dans une zone pavillonnaire, affirme ne plus en pouvoir de ces noirs qui salissent la culture française. De même que Jean-Pierre, trentenaire sportif, guadeloupéen, descendant d’un mix Béké/Esclave, hurle, bourré, dans une soirée franchouille en Bretagne, qu’il ne se sent plus français avec ces parisiens qui tuent la culture française... Il est le seul café au lait de la soirée, les autres étant des bretons qui, jamais ne voteraient Front national, mais qui résument la culture de Jean-Pierre, à Kassav, la Compagnie Créole, les cocotiers, les bananes et le Rhum agricole.

Il y a aussi ce prête en Région Paca, Père Antenore, originaire des Pouilles, qui voit d’un œil méfiant l’installation de ce centre pour handicapés où il a constaté une majorité de résidents « d’origine africaine »... Et puis il y a ces quatre types rassemblés dans un minuscule bureau, quelque part dans le Nord de la France. Ce sont des militants du PCF. Ils n’ont que le mot « les français en ont marre » dans la bouche, et, énorme tabou, deux d’entre eux pensent qu’il y a trop d’étrangers en France.

D’ailleurs au Pôle Emploi d’Amien, engoncé dans un des bureaux aménagés dans l’Open Space de cette nouvelle agence, il y a Bernard, salarié d’une usine de fabrication de pneus durant 25 ans, qui régurgite son « si on est au chômage, on sait à cause de qui ».

A l’inverse, Maryse, une cinquantenaire fraîchement libérée d’un terrible cancer, Catholique pratiquante, investie dans la chorale de Pontoise, est l’épouse de Chandratha, un petit homme timide, venu d’Inde pour s’installer en France en 1976, qui tapa dans l’œil de cette traditionnaliste convaincue « au point de remettre en question toute ma vision de la France ».

Plus au Centre, un groupe de « hippies », éleveurs de brebis, producteurs de fromages bio, affirment en public, « aimer tout le monde », mais dans la maison commune, certains, et particulièrement Michaël, se dit outré par l’attitude des Maghrébins qui « ne cachent pas leur religion de fanatiques ».

On croise aussi Patrice, un cadre sup’ dans une grande boite d’électronique qui adore manger bio, s’investir au Secours Catholique, voter à droite, et trouver que les « français sont de sacrés beaufs incultes quand même ». Il a un ami juif, et un beau-frère malien, si bien qu’il le revendique : « Je m’entends bien avec eux, je suis pas raciste, mais c’est vrai qu’on n’a pas la même culture, y’a un fossé ».

A Belfort, Rémi, et Kévin jouent dans l’armurerie de leurs papas. Ils ont adoré le cours sur la seconde guerre mondiale, et se disent qu’on pourrait vider le pays de la racaille étrangère « avec tous les moyens qu’on a maintenant ». Ils rient en buvant de la bière, ils ironisent : « Avec les TGV, on pourrait les gazer encore plus vite ».

Mathias, avec ses yeux bleus amandés, sa passion pour les chevaux, est encarté FN depuis deux ans, après avoir voté Besancenot puis PS, « mais la gauche m’a déçu et la droite c’est de la merde, au moins Lepen dit tout haut ce que tous les français normaux pensent tout bas »... Mathias se dit raciste depuis qu’il a été dépouillé par deux blacks encapuchonnés, un soir d’hiver. Ils lui avaient tiré son IPhone - avec un fond d’écran « Viva Chavez »... La seule entrave à son « racisme légitime et forcé par les racailles », est son goût prononcé pour les meufs blacks, « j’adore leurs gros culs, et elles m’excitent trop ».

Léon, pied noir à la retraite, dit connaitre les arabes « mieux que personne. Ils sont sournois et ingrats, même s’ils ont de bons côtés ». Et ce monarchiste cocaïnomane qui court les soirées monarchistes dans Paris, cette petite grosse, Martine, qui « vote comme mon mari », ce fumeur de ganja qui kiffe les gitans et exècre les ritals, ce conseiller municipal qui trouve que les Miss France font « de moins en moins françaises », ce pédophile, ancien instit’ qui « ne supporte pas l’odeur des noirs », cette artisan d’Anger qui sait « que les supermarchés tuent l’artisanat et sont dirigés par des juifs »...

65 millions d’inconnus.

Il ne me reste plus que 65 millions de ces gens qu’on appelle « français » à décrire... Les français... Putain. C’est à rêver la France. C’est beau, les rues qui puent l’inconnu, le quidam, la pauvreté intellectuelle... Les rues, les commerces enflés de ces gens aux physiques différents, aux allures à la con... Cette foule dans les villes qui ressemble à la fin du monde, à la cour des Miracles sous cellophane, pleine de macadam, d’immeubles vitrés, de bagnoles entassés aux feux rouges, ... Des supermarchés shootés à la lumière glauque de néons dans laquelle baignent des milliers d’abrutis poussant caddies, zombifiés/subjugués par les hordes de produits colorés dont ils vont se baffrer.

Une foule qu’on appelle à la télé, les « français », une masse difforme, écœurante, inhospitalière...

La France et les français, les divorces, les planqués, les viols à la maison, la bonne figure au boulot, les gueulards au volant, les timides, les angoissés, les braqueurs, les moines, les enfants uniques, les fils de bonne famille, les consanguins de Trouille-Les-Oies, etc. Le franchouillard aux joues et au pif raisinés est-il plus ou moins français que le propre sur lui, métis Chinois/breton/camerounais agrégé de Lettres ? Les « français » TER/boulot/JT/Météo/Console Nintendo/Dodo, les « français » bouchon/chômage/soldes/et cadeaux de Noël. Les français, tous en Jean, en mailles chinoises, les français aux rêves d’amerloque moyen : proprio, vacances à la mer, 145 chaînes de télé, plats préparés au four à micro-ondes, Dacia du groupe Renault pas chère fabriquée en Roumanie et émissions d’cuisine... La foule, les français... à qui « on pique not’boulot » mais se refusent à payer le prix pour maintenir l’emploi. La France, c’est le travail, et la France donc, c’est pareil à n’importe quel autre pays : ça veut briller, consommer, ça veut avoir une culture propre, ça veut pas faire la guerre, ça veut pas crever pour son pays.

Mettre un pied dans un hosto, service cancérologie, à la recherche du drapeau, de la France, des français... La chair en péril, la viande malade, la peur, la souffrance...

Les quidams, les « français », mon cul, la France QUE DALLE, ... Dans les campagnes, aux mains des terres en friches ou des grands propriétaires terriens... Un peuple, un pays, un guide ? Une nation ? Un dieu unique ? Une seule culture ? Bouffer des nems, adorer le couscous, sentir le fumier et les gaz d’échappement, préférer les couches lavables, le Dieu miséricordieux ou le Seigneur qui punie... Aimer la laïcité, l’armée et flipper des anarchistes... Cracher sur les impôts et exiger une retraite... Adorer Coluche et rire au premier degré du « quand il parlait des arabes c’était vrai, il était comme Lepen, il disait tout haut ce qu’on pense tout bas ». Car le français, comme on le figure sans cesse, est censé l’ouvrir sans honte, n’avoir peur de rien, dire ce qu’il pense et pourtant, c’est dans l’isoloir, dans la posture de la « majorité silencieuse » qu’il est le plus brillant, le plus « français »... Affirmer, avec aplomb, que les « autres, c’est tous des cons », regarder Drucker le dimanche, détester Zemmour quand on est de gauche, et adorer Zemmour quand on est de droite, y compris quand on déteste les juifs comme le boss du FMI. La France, la foule, des Marseillais qui insultent les parisiens, des provinciaux qui exècrent les parigots, des parisiens qui matent les provençaux, les bretons ou les auvergnats comme de sages attardés, « la France du Terroir », la France, Ô la France, résumée au saucisson, à une Histoire révolue, des bourdes diplomatiques permanentes, et une posture inféodée à l’OTAN, à la gastronomie des grands chefs, et du « j’éduque mieux mes gosses que les autres »...

« Si elle m’aime pas la France, qu’elle se casse ! ».

« Si tu l’aimes pas la France, tu la quittes »... Ou tu lui souhaites de fermer sa grande gueule...

Andy Vérol



Publié le 19 mars 2011  par torpedo


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