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Ces lobbyistes qui sillonnent les couloirs de l’ONU par Robert James Parsons

Catégorie société
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(JPEG) ONU (IV) - Une des réalisations de Kofi Annan aura été d’associer les grandes entreprises multinationales à l’ONU. En signant le Global Compact, ces dernières promettent de respecter les droits humains. En parallèle, les portes des agences onusiennes se sont largement ouvertes. Illustration à l’OMS avec la controverse sur les substituts à l’allaitement maternel.

Dans son histoire, l’Organisation des Nations Unies (ONU) n’a jamais été entièrement à l’abri des pressions exercées par les Etats membres pour promouvoir leurs intérêts économiques. Mais mondialisation oblige, l’organisation est devenue une cible privilégiée des intérêts privés. Loin de veiller sur un développement durable, l’ONU est de plus en plus appelée à aider à trouver de nouveaux marchés pour les sociétés transnationales et à soutenir leur recherche de bénéfices.
L’enjeu est spécialement visible au sein de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où l’industrie pharmaceutique fait de son mieux pour que les programmes soient taillés à la mesure de ses besoins plutôt qu’aux nécessités de la santé publique.
Depuis trente ans, un bras de fer oppose l’OMS et plusieurs ONG à l’une des industries les plus puissantes de la planète, celle de l’alimentation. Si aucun des deux protagonistes ne peut encore crier victoire, le dernier épisode de la confrontation, lors de l’Assemblée mondiale de la santé en mai de cette année à Genève, a jeté une lumière crue sur les enjeux à l’oeuvre.


UNE BACTÉRIE MEUTRIÈRE

En 1981, la création du code de commercialisation pour les substituts à l’allaitement maternel semblait consacrer le triomphe de la santé publique sur les intérêts commerciaux. Pourtant, comme évoqué maintes fois dans ces colonnes, l’industrie ne l’a aucunement accepté, ne cessant jamais ses efforts pour élargir le marché des substituts.
Mais la découverte d’une bactérie meurtrière - Enterobacter sakazakii - dans le lait en poudre pour nouveau-nés vient complètement changer la donne. En bref, ce pathogène est inhérent au produit et sa virulence augmente avec le temps. Contrairement à ce que croit le grand public, les substituts ne sont pas stériles et les moyens de stérilisation actuellement disponibles finissent par détruire la plupart des éléments nutritifs du produit.
Ironiquement, ce fut aux Etats-Unis (le seul pays à voter contre le Code de commercialisation en 1981 et qui s’y oppose vivement comme entrave au libre commerce) que l’on a tiré la sonnette d’alarme. Mais il s’agissait de scientifiques et non de politiciens.


LE GLAS A-T-IL SONNÉ ?

Une fois l’affaire devant la Commission du Codex alimentarius, qui établit les normes en sécurité alimentaire pour le monde entier, le gouvernement des Etats-Unis a déclaré qu’il faudrait encore des années, voire des décennies, d’études pour arriver à des conclusions suffisamment solides pour servir de base à une politique mondiale dans le domaine.
Les scientifiques de l’OMS sont d’un avis contraire. Un rapport rédigé en tandem avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pourrait bien sonner le glas d’une grande partie du marché de ce lait en poudre.


COMBAT POUR UNE RÉSOLUTION

Lors de l’Assemblée mondiale de la santé, une résolution, qui en cas d’approbation allait devenir une politique mondiale pour tous les Etats membres, a suscité un âpre débat. Comme celui-ci menaçait de se prolonger indéfiniment, la rédaction du texte final a été confiée à un groupe de travail. Ce dernier s’est réuni à huis clos pour concilier les diverses propositions.
Dans le couloir devant la porte de la salle de réunion, on pouvait croiser tant les représentants des ONG que les lobbyistes de l’industrie. Ceux-ci étaient chaleureusement salués par les membres de la délégation étasunienne.


LE DIABLE DANS LES DÉTAILS

En fin de compte, le document final correspondait aux souhaits des ONG, à quelques exceptions cruciales près, le diable se cachant toujours dans les détails.
L’Assemblée mondiale de la santé « invite instamment » ses Etats membres que toutes les personnes susceptibles d’avoir la garde d’enfants (cliniciens, soignants, parents...) « reçoivent (...) des informations suffisantes et une formation en temps utile pour la préparation, l’utilisation et la manipulation des préparations en poudre pour nourrissons afin de ramener à un minimum les risques pour la santé. » Voulue par les ONG, la référence à une « formation indépendante » - sous entendu autre que la publicité de l’industrie alimentaire - a disparu.


SENTIMENT MITIGÉ

Une autre formule a par contre fait son apparition. En effet, selon la résolution, toutes les personnes concernées doivent être informées « par une mise en garde explicite sur l’emballage, que les préparations en poudre pour nourrissons peuvent contenir des micro-organismes pathogènes ». Une mention obligatoire ? Non, seulement « le cas échéant », ont ajouté les Etats membres de l’OMS. C’est-à-dire que l’industrie peut décider quand il convient de signaler le risque au public.
Les controversés substituts au lait maternel ont encore un avenir. Même si la résolution n’est pas aussi forte et explicite que l’auraient voulu les ONG, elle représente quand même un grand pas en avant. Pour autant qu’elle soit mise en pratique par les gouvernements. Entre-temps, les recherches se poursuivent et les ONG n’ont aucune intention de baisser les bras.

source www.lecourrier.ch



Publié le 26 juin 2005  par di2


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