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Guirlandes multicolores, oyez, oyez, braves gens, ce sont les fêtes de fin d’année.

Ces derniers jours de l’année 2004, représentent 40% voire 60% du chiffre d’affaires annuelles de certaines entreprises. Ces même entreprises fabriquent leurs produits hors frontières, estampillés made in France, à tout va.
L’on fait une trêve sur les mots qui fâchent : dé localisations, licenciements, retour à des pratiques patronales d’un autre âge. Ne minons pas le consommateur, préparons-le à mieux consommer.
Un petit mea-culpa sur l’abus de l’Etat concernant les protestations payantes des PV, un petit pas en arrière pour les intermittents du spectacle très nombreux à ne pas avoir le coeur en fête, un dénouement heureux pour quelques otages, etc...
Toute une tripotée d’affairistes et d’actionnaires observent ces ronds de jambes qui forceront l’ouverture du porte-monnaie ultra-plat de chaque ménage. Alors c’est à grands coups de crédits, cartes en tout genre pour tout et n’importe quoi, que l’on va redresser la barre d’une économie branlante et mercantile. Les bilans sont dans deux mois.
Oyez, oyez braves gens, craquez jusqu’à votre dernier euro pour fêter dignement cette fin d’année. Le premier sera un renouveau, d’ailleurs nous arrêterons de fumer.
Oublions un instant les conflits, le sida, nos parents dans un mouroir, nos idées contestataires, tout n’est pas si mauvais. Le colis de fin d’année récolté par de braves gens apportera aux plus démunis une boîte de cassoulet étiquetée Français. Oublions aussi notre voisin au chômage depuis peu, laissons le seul, il a bien de la famille quelque part.
Chez nous il fait bon, alors montrons- le. Goinfrons-nous, jetons, balançons, consommons, demain... est un nouveau jour.
Combien d’hôpitaux vont se remplir de vomissures de trop de bouffe, combien de tonnes de plastique vont encore réduire la couche d’ozone, combien de morts ?...
L’humain est la seule race à jouir du spectacle de sa perte, se consolant du « si j’avais su » fatidique.
Participer à la fête d’une économie qui ne peut se passer de 10% de personnes en-dessous du seuil de pauvreté, soit une personne sur 10 croisée au hasard d’une rue, est une insulte pour le vingt-et-unième siècle.
Juste une question de bonne éducation. Trop peu pour moi. Je suis de la cité.

