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REPRISE D’ARTICLE : Limites de la psychanalyse et de ses applications de Gilles Delcuse

Catégorie société
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Article paru le 31 juillet 2005 sur le e-torpedo.net

La psychanalyse est étroitement associée au concept de maladie, dans le sens d’un dérèglement du psychisme qui agit sur le corps, par psycho-somatisation, et influence le comportement, de telle sorte que l’individu se manifeste de manière irrationnelle, c’est-à-dire dans un rapport qui n’est pas immédiatement saisissable. La psychanalyse n’est pas, comme l’affirment ses adeptes, une étude critique et analytique de l’esprit, et bien qu’elle se veuille une prophylaxie des penchants morbides du comportement qui va au-delà du béhaviorisme.

Il ne faut pas croire, cependant, que toutes les manifestations morbides sont le fait d’un dérèglement psychologique ; et même, le plus souvent, elles y sont étrangères. Il s’agit de ne pas tomber dans le travers séduisant, mais néanmoins erroné, d’une sorte d’anthropologie systématique, qui voit dans les manifestations morbides la marque d’un dérèglement strictement psychologique.

Ce serait ignorer la nature organique de l’esprit, et confondre la nature psychologique de l’esprit avec l’idéologie qu’évoquent les spiritualités fondées sur la croyance en la primauté de l’esprit et l’assujettissement du corps organique à cet esprit, alors que rien ne justifie l’idée de séparer le corps de l’esprit qui l’anime.

La psychanalyse est un outillage qui n’apporte de réponses qu’aux situations adéquates à sa formulation. La psychanalyse n’est qu’une branche de la philosophie. Elle n’est pas une science, parce qu’elle ne se vérifie pas de façon universelle.

Elle est une spéculation méthodologique, mais non une ontologie. La psychanalyse n’est donc pas une métaphysique, au sens strict, mais une interprétation particulière des rapports humains, fondée sur des interdits, et non sur la liberté.

La psychanalyse suppose que le respect des interdits fondamentaux, que l’on retrouve dans les Tables de la Loi, fonde la cohérence des rapports humains. Mais, un interdit ne saurait se faire respecter autrement que par l’autorité qui juge de l’empêchement de son application ; le premier effet d’un interdit est d’empêcher tout dialogue possible. Le dialogue n’intervenant plus, dans cette condition, que comme justification, et non comme conviction. Dit autrement, c’est la conviction à coup de pied au cul.

De plus, comme on n’utilise pas que l’outillage du maçon pour bâtir une maison, ni réduire un bâtiment à sa maçonnerie, on ne saurait utiliser l’outil psychanalytique pour rendre compte de toutes les situations.

Par ailleurs, ce n’est pas à l’outil de se rendre maître de la main qui le conduit, mais bien, à l’inverse, de se laisser guider par cette main experte. Il en va de même pour les connaissances cognitives. Tout interpréter sous l’angle de la psychanalyse est abusif, et comme tel, renvoi à de fausses réponses. Enfin, il y a des gens et des situations pour lesquelles la psychanalyse est tout simplement, et dans la définition exacte du mot, insensée.

La psychanalyse n’est pas une science, mais une interprétation théorique et spéculative du comportement que l’on observe essentiellement dans les grands centres urbains, dans les pays dont la religion monothéiste, qui symbolise le Père, fonde l’Etat.

Dans les pays d’Extrême-Orient, qui font appellent aux bouddhismes fondés sur la réincarnation, et dans ceux dont le fondement se trouve dans les religions polythéistes, la psychanalyse ne présente aucun sens, à l’inverse du christianisme qui fonde ses principes sur la filiation linéaire, de parents à enfants.

Enfin, la psychanalyse est inadéquate aux systèmes tribaux, -lesquels sont une communauté et non des familles atomisées- et pour lesquels il n’est pas rare que les enfants soient élevés par d’autres membres de la tribu, et non par les parents directs.

Enfin, la psychanalyse utilise le langage comme élément qui la fonde ; élément étranger au prolétaire ordinaire qui n’a reçu pour toute éducation, que le minimum lui permettant de parler, de manière rudimentaire, sa propre langue afin d’être opérationnel dans l’exécution du travail auquel il est soumis.

L’interprétation des rêves et les lapsus lui sont comme une langue étrangère, et donc, parfaitement incompréhensible. Il lui préfèrera de très loin, le langage de l’alcool, la soumission au patron et la reconnaissance de son travail, jusque dans la délinquance, où le patron s’identifie au boss, le travail, à une activité non déclarée, et l’alcool, au langage grossier de la nuit.

C’est pourquoi, il est abusif d’utiliser les rodomontades de la psychanalyse pour chaque problème rencontré.

L’Etre humain ne se réduit pas à son psychisme, quoique la psychanalyse tente de l’enfermer dans une telle circularité. L’abus de l’usage des concepts de la psychanalyse atteint bien souvent des sommets méprisants, semblable à une secte prétendant détenir la seule vérité possible pour laquelle tout le reste doit se plier. Le ton hautain de Lacan, là, fait référence. Freud, pourtant, avait mis en garde contre l’abus de sa découverte. Il semble que cette mise en garde est ignorée de ses disciples mêmes.

Il est prudent de rappeler que Freud a toujours affirmé que l’instance psychique d’inconscient n’est qu’une hypothèse qui n’est pas prouvable, sinon par la négative, par l’interprétation des traces qu’elle inscrit dans le comportement et qui l’influence, c’est-à-dire, par l’interprétation des ratés que la conscience produit lorsque ses manifestations sont sollicitées sous la forme d’acte manqué, de trou de mémoire, de lapsus, d’obsessions diverses qui se caractérisent par leur manière répétitive, et notamment des phobies.

C’est une sorte de trou noir dont on distingue les manifestations, mais non l’objet lui-même. Hors, il s’agit de ne pas confondre cause et effet.

Le trou noir que l’on désigne par l’inconscient n’est que l’effet de notre observation des difficultés à entreprendre une relation mettant en jeu la sensibilité, et non la cause de cette difficulté. Dans ce que Freud nomme inconscient, ne se trouve pas la cause de nos difficultés à entreprendre des relations humaines, parce que c’est précisément l’inverse, l’inconscient est le produit de ces difficultés ; il agit comme une mémoire secrète, mais n’est pas à l’origine de ce qu’il mémorise. L’inconscient est le produit de l’interdit et d’un tri sélectif que la mémoire opère, et non la cause de l’interdit ni de la mémoire.

D’ailleurs, il est prudent de rappeler que, pour ce qu’il en est de la mémoire et de la structure du cerveau, nous ne savons encore que peu de chose.

Ce qui n’est pas conscient se développe en même temps et de la même manière que tout ce qui apparaît à la conscience, parce que le cerveau opère un tri et fait apparaître la réponse qui se trouve être la plus performante face à des problèmes rencontrés, même lorsqu’elle semble n’être qu’une catastrophe ou dérisoire. Et cette réponse est celle qui nous satisfait le plus, et qui peut n’être que celle du moindre dégât devant une adversité puissante, ou une difficulté insurmontable.

La conscience n’est qu’une réponse possible, non l’apparition de ce que l’on tient pour vrai, parce qu’il n’existe nulle part quelque chose de vrai qui pourrait se distinguer, et pour laquelle aucun être humain n’interviendrait. Tout simplement parce que tout ce qui existe et que nous savons exprimer, n’existe que parce que la Terre est occupée par l’esprit de ses habitants, et qui s’autodétermine comme l’homme, dans un mouvement qui s’inscrit dans une durée.

En effet, sans la durée -la mémoire et la conscience qui lui est associée- n’aurait aucun sens. C’est pourquoi chacun est conscient de son existence, et quoique à des degrés divers relevant du besoin, plutôt que du désir.

C’est, évidemment, parce que le besoin est devenu le centre des préoccupations, que la conscience est liée à un système utilitariste. La conscience n’est pas associée, comme on pourrait le supposer, à la manifestation sensible que l’on rencontre dans l’art, ni dans le désir que les sentiments font naître, mais à la démonstration logique que l’on rencontre dans l’économie, cette pensée nobellisée en 1968 qui se fait passer pour une science, alors qu’elle n’est qu’une justification de la misère.

Aujourd’hui, on associe à la conscience, la responsabilité que l’on croit rencontrer à travers le travail, de sorte que tout ce qui n’entre pas dans cette vision du monde est violemment rejeté.

C’est aussi la conclusion qu’en fait le thérapeute lorsqu’il justifie sa rémunération par la responsabilité dont il prétend faire preuve lorsqu’un patient fait appel à son service, service qui devient pour le coup, du travail.

Pour le psychanalyste, la notion de gratuité et de potlatch est un non sens. La psychanalyse comme pratique, est donc d’abord un travail, c’est-à-dire une activité dont le but est l’argent, et non une guérison quelconque de patients fortunés. C’est parce que la psychanalyse est d’abord un travail, qu’elle n’est pas une prophylaxie, un heureux événement de libération.

La psychanalyse est aussi un mensonge par ce simple fait qu’elle met sur le même niveau la rémunération et le potlatch.

Hors, l’argent ne peut pas remplacer un cadeau de bienvenue ou de reconnaissance, parce qu’il provient de l’esclavage, et produit la misère.

On ne saurait fonder un heureux événement sur le don d’argent, parce que l’argent n’est pas le produit du désir, mais celui de l’exploitation.

C’est un abus de langage que de parler de don d’argent, parce que l’argent est du profit pour les uns, et de la misère pour les autres.

L’argent procure le pouvoir de quelques-uns, et la soumission du plus grand nombre.

Voilà pourquoi la psychanalyse n’a d’effet que parmi la clientèle la plus fortunée. En cela, la psychanalyse est un formidable système d’escroquerie. Voilà pourquoi elle ne s’adresse pas à la population laborieuse, mais plutôt à la famille Bonaparte.

Le don d’argent existe, cependant, mais entres pauvres, parce que le sens qu’ils lui attribuent est celui d’un sacrifice personnel. Tandis qu’entres gens riches, c’est juste une gâterie, un caprice, voire un investissement, mais non un sacrifice.

C’est aussi pour cela que la psychanalyse n’a aucune renommée solide en dehors du cercle restreint d’une bourgeoisie fortunée ; c’est pourquoi elle a surtout un effet envers ceux pour qui la conservation d’un héritage substantiel les préoccupent plus que d’être auréolés d’une réputation de grande générosité. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la notion de transfert.

Voilà une prédisposition bien naturelle pour gens de même condition, c’est-à-dire justement, qui ne sont pas soumis à des conditions, sinon à l’impétuosité de leur tempérament et à l’égoïsme de leur ambition.

Voir également le site de l’auteur Gilles Delcuse



Publié le 28 avril 2010  par Gilles Delcuse


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