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Patti Smith la Pythie azimutée

Catégorie Musique
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(JPEG) « Jésus died for somebody’s sins but not mine... Jésus est mort pour les péchés de quelqu’un mais pas les miens... »

La voix de Patti Smith s’est élevée, s’incrustant dans mes veines tel un élixir rageur, m’épinglant à jamais, en zone libre.

Je venais de fêter mes quinze ans. C’est mon prof d’anglais qui m’a guidée vers elle. Pieds nus, la femme éructait des mots échappés de sa boîte crânienne, poings serrés, doux sourire collé à la commissure des lèvres, cognant et engrangeant les maux de la terre dans le bas du ventre. Oui... une femme pouvait s’insurger et vociférer en touchant de manière indélébile votre âme, dans une langue que vous maîtrisiez à peine. Pure alchimie de poésie.

Apparue au milieu des années 70, elle fut après Janis Joplin, une des rares filles à exploser dans un milieu réputé machiste où le sexe faible servait uniquement de faire-valoir. Elle éclata la grille cadenassée de la musique et plus particulièrement celle du rock pour tracer sa voie royale en y plantant des graines farouches. Figure emblématique d’un courant musical prouvant qu’il n’aurait de cesse, à se conjuguer au féminin.

Née le 30 Décembre 1946 à Chicago, Patti Smith est la fille d’une serveuse chanteuse de Jazz, témoin de Jéhovah et d’un prolétaire. Aînée de quatre enfants, elle fait sa pousse dans le New-jersey. A vingt-trois ans, elle s’envole pour New-york où elle trouve un emploi dans une librairie. Elle cohabite avec le photographe Mapplethorpe, encore simple étudiant. Amie de Tom Verlaine, elle fréquente assidûment le CBGB’S et le Max’s Kansas City, temples du mouvement Punk où elle déclame de la poésie. Seule dans un premier temps puis accompagnée à la guitare par son complice de toujours Lenny Kaye, également « rock-critic ».

Amoureuse inconditionnelle des vers de Rimbaud, elle écrit sans relâche.

Elle crée une pièce de théâtre « Cow-Boy Mouth » avec Sam Shepard et publie en 1972 « Seventh Heaven » son premier recueil de poèmes suivi de Witt.

Amie d’Allen Ginsberg, de William Burroughs et de Gregory Corso, ces trois mages lui enseignent et lui transmettent trois lois : l’exigence, l’éthique du travail et se conduire en être humain.

Sa carrière prend vraiment tournure en 1975 avec « Horses », l’album produit par John Cale. Elle sort dans la foulée « Radio Ethiopia »(1976) « Easter » (1978) et « Wave » (1979).

Refusant de devenir riche et célèbre et de sombrer dans un mercantilisme statufié, elle annonce sa retraite. Elle épouse Fred Sonic Smith, ancien guitariste de MC5, pour s’installer à Détroit. Elle goûte aux plaisirs confiants de la femme au foyer, élève ses deux enfants et vit ce véritable exil domestique en toute simplicité mais en noircissant des feuilles d’écriture dans une frénésie jubilatoire. En 1988, pour faire bouillir la marmite, elle réapparaît avec dans sa besace, la chanson « People have the Power », qui devient l’hymne de toute une génération. Puis, elle fugue à nouveau. Mais la faucheuse maléfique guette insidieusement et emporte son mari qui meurt d’une crise cardiaque en 1994, rejoint un mois après, par son frère préféré.

Retour à New-York où elle rassemble son groupe et remonte sur scène. Elle accouche des albums « Gone again » (1996) « Peace and Noise » (1997) « Gung-Ho » (2000) « Land1975-2000 » (2002) « Trampin...Live aux vieilles Charrues » (2004) serti du titre phare « Radio Baghdad ». Ce morceau particulier, enregistré en trois prises de 12 minutes dans l’improvisation la plus totale -puisque Patti Smith n’avait pas encore écrit les paroles en entrant dans le studio d’enregistrement- est un véritable opus contre l’administration Bush.

Patti Smith est une artiste intègre et engagée. En chair, en os et en esprit.

Ses prestations Live sont réputées. Visage trempé et androgyne, ruban noir au poignet gauche, pantalon écorché au genou, veste noire de son défunt mari sur le dos, cette authentique furie en offrande, presque sexagénaire, pourrait lire sereinement des contes à ses petits-enfants mais choisit de cultiver à l’envi, son aura de feu.

Elle titille ses adeptes, de ses grandes mains noueuses, les forçant à garder des yeux ouverts et vigilants sur un monde en dérive. Dans une colère indomptée. Patti Smith est une femme-talisman.



Publié le 23 décembre 2004  par franca maï


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