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Cuba et ses battes de baseball de Maxime Vivas

Catégorie politique
Il y a (5) contribution(s).

(GIF) Il m’est plusieurs fois arrivé de publier des articles sur Bellaciao. Je ne pensais pas y lire un jour un article que Bush aurait pu signer.

Pour colporter la propagande née à Miami contre Cuba, nous disposons en France de Robert Ménard de Reporters Sans Frontières. Nous n’avions pas besoin de Richard Rapoport.

L’article de Rapoport reprend les poncifs et les antiennes de la CIA : Castro est un dictateur, il est vieux, méchant et coléreux.

Dictateur ?

Cuba est le seul pays du continent américain qui ne dispose pas de police anti-émeute, où jamais, depuis 45 ans (chute de Batista) la police et l’armée ne se sont tournées contre le peuple (chose rare en Amérique latine), où le peuple est armé. Rapoport devrait réfléchir à cette étrange dictature où le tyran distribue des fusils aux opprimés et où ceux-ci ne s’en servent pas contre lui, mais les astiquent pour les braquer vers ceux qui prétendent venir les « libérer ».

J’ajoute que, même si nos médias veulent l’ignorer, des élections ont lieu à Cuba, selon un système dont Rapoport ne sait rien mais sur lequel il est prêt, j’imagine à ironiser. J’en entends d’ici la caricature !

Vieux ?

Moins que Sharon.

Quel organe de presse parle du « vieux Sharon » ?

Méchant et coléreux ?

Il a « pendu trois pirates de l’eau », dit Rapoport avec son penchant pour l’à-peu-près, tout en insinuant que la chose est banale.

La vérité est la suivante : en 2003, onze pirates de la mer (ce truc dangereux avec des vagues et des requins) ont détourné une barge, ont failli noyer ses occupants (dont des touristes françaises) après avoir menacé de les égorger. Capturés, ils ont été jugés et trois d’entre eux, au passé judiciaire chargé, ont été fusillés.

Le contexte était une recrudescence des actes hostiles venant des USA qui n’accordaient pratiquement plus de visas d’immigration et haussaient le ton contre un pays qui ne contrôlait pas ses frontières. A ce moment-là, un moratoire contre l’application de la peine de mort à Cuba en était à sa troisième année et plus aucune exécution (aucune, Rapoport) n’a eu lieu depuis : Cuba n’est pas le « démocratique » Texas, n’est-ce pas ?

Par éthique, le pouvoir cubain est hostile à la peine de mort et il espère la paix qui lui permettra de l’abolir. Mais Cuba figure sur la liste des pays « terroristes, pays ennemis, cibles potentielles » dressée par les USA.

Cuba vit dans une situation de pré-guerre, à proximité immédiate de la plus formidable puissance que le monde ait connu (et qui dispose de forces armées sur l’île même).

Pourquoi n’attaquent-ils pas ?

Parce que la bataille médiatique (sans laquelle l’après-guerre est un bourbier) n’est pas gagnée.

Castro est populaire dans son pays et Cuba jouit d’un immense prestige en Amérique latine et sur d’autres continents. Castro y est vu comme un libérateur.

Imaginez chez nous un leader politique qui ne ressemblerait ni Sarkozy ni à Raffarin, ni à Hollande ni à Jack Lang, mais qui serait à la fois une sorte de Jean Moulin, De Gaulle, Jean Jaurès et Robin des Bois avec l’art oratoire et la fougue du député Victor Hugo et essayez de comprendre pourquoi il est adulé et inamovible. Castro est un mythe vivant. Il faut le détruire pour scotcher une étoile de plus sur la bannière US.

Chaque fois que quelqu’un nous laisse croire qu’il ressemble à Saddam Hussein, il hâte le jour de l’irakisation de Cuba. Rapoport a apporté sa pierre dans cette voie , non loin de celle de Line Arez Demoro qui démontrait les saloperies menteuses des complices français de Bush.

Que dire d’autre de l’article de Rapoport ?

Que c’est une bouillie confuse, un salmigondis superficiel pour lectrice du Figaro-Madame. Qu’il ne brille pas par son exactitude, digne des journaux de Miami qui dénoncent les « colères » de Fidel et aimeraient bien trouver la faille, « en profiter pour se débarrasser » du « vieux dictateur ».

Bien entendu, quand Cuba sera transformée par les GI’s en immense Guantanamo, quand le système social, culturel, de santé sera ramené à celui des autres pays du tiers monde, quand les bidonvilles refleuriront, quand les enfants survivants ne sauront plus ce qu’était une école, un médecin ou un dentiste mais connaîtront l’usine, les nuits sous des cartons, la drogue, la prostitution, les escadrons de la mort, les enlèvements pour prélèvements d’organes (réalités qui ravagent le sous-continent mais épargne la Cuba de Castro), Rapoport oubliera de qualifier de dictateur le nouveau dirigeant posé là par les USA avec l’aide bavarde des « idiots utiles ». Sinon, il l’aurait déjà fait pour les pays où ses fléaux sévissent et dont il ne dit rien. Dès lors, oublier, regarder ailleurs, c’est le mieux qu’il aura à faire en effet. Car des larmes de remords seraient obscènes. C’est maintenant, Rapoport, qu’il faut pleurer sur les atrocités qui seront commises à Cuba dès que Castro sera déposé grâce aux contrevérités, aux calomnies, aux grasses conneries que la CIA invente, que notre presse diffuse complaisamment et que les gogos répètent en se croyant malins.

Je vous ai bien aimés.

Maxime Vivas, écrivain, ami de Cuba.

PS. Rapoport soutient que la dialectique marxiste n’est « jamais venu à bout de l’amour des Cubains pour le baseball. » Il a des informations sur la volonté et les actes du pouvoir de La Havane pour éradiquer ce sport ? Car, dire qu’ils n’en sont « jamais venu(s) à bout », suppose que le combat a été long et semé d’échecs. Des articles sont parus sur ce vain acharnement ? On a des témoignages ? La presse ne rend pas compte des rencontres ? Elles ne sont pas télévisées. L’entrée des stades est interdite ? Les joueurs de baseball sont inquiétés à Cuba ? Ils ne sont pas des vedettes ? L’affreuse censure qui « s’empresse » de frapper les « défenseurs des droits humains » les opprime aussi ?

Dites-nous, Rapoport, dites-nous, vous avez l’air de savoir.

Et un conseil (preuve que je ne vous veux pas de mal, malgré ma véhémence) : n’allez pas montrer votre article dans les vestiaires des joueurs de baseball cubains. C’est que ce sport se pratique avec une espèce de gros bâton assez dur (dont j’imagine qu’il est interdit de prononcer le nom à Cuba à cause du vieux dictateur coléreux qui s’empresse de pendre les pirates de mares aux canards depuis que les USA n’ont pas voulu de lui dans leurs équipes) et dont l’usage est parfois détourné à des fins regrettables.

source : bellaciao



Publié le 2 septembre 2005  par torpedo


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Forum de l'article
  • Vive CUBA ?
    2 septembre 2005, par Charles

    Et vive Cuba : citation de Reporter Sans Frontière "A Cuba, on ne censure plus, on emprisonne.

    Le 18 mars 2003, la police de Fidel Castro a arrêté 27 journalistes indépendants, interpellés en même temps et au même titre qu’une cinquantaine de dissidents politiques.

    Début avril, la justice de Fidel Castro a condamné ces journalistes à des peines de 14 à 27 ans de prison, à l’issue de procès staliniens expédiés en trois jours. Le tribunal les a châtiés pour une prétendue collaboration avec les Etats-Unis « contre l’indépendance ou l’intégrité territoriale de l’Etat » , un « crime » puni par l’article 91 du Code pénal ainsi que par la loi 88 sur la « protection de l’indépendance nationale », surnommée « la loi baillon ». Les « coupables », il est vrai, publiaient régulièrement des articles dans des médias étrangers, notamment américains (aucun journal, aucune radio ni télévisions privés ou indépendants ne sont tolérés à Cuba), et ils avaient récemment osé éditer dans leur propre pays deux revues clandestines, « de Cuba » et « Luz Cubana », audace sans précédent en 44 ans de régime castriste.

    Ces nouvelles persécutions contre les opposants politiques et les journalistes indépendants, ainsi que l’exécution, le 11 avril, de trois candidats à l’exil qui avaient détourné un navire pour tenter de gagner la Floride, ont suscité la révulsion des démocrates de tous bords et de tous pays, incitant même l’Union européenne à reconsidérer une éventuelle coopération économique avec la Havane. Du coup, quatorze de ces dissidents, dont six journalistes, ont depuis été libérés.

    Reporters sans Frontières appelle à signer une pétition réclamant la remise en liberté immédiate des 21 journalistes cubains toujours embastillés."

  • > Vive CUBA ?
    3 septembre 2005, par max

    j’avais pensé une réponse mais voltaire et torpedo l’on faite avant moi...

    e-torpedo.net

    voltairenet.org

  • > Vive CUBA ?
    13 septembre 2005, par Maxime vivas

    J’ai rarement lu une telle concentration de contrevérités et de torsion des faits pour fustiger un pays et son gouvernement.

    Avec Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj, éminents connaisseurs de Cuba, j’ai écrit un essai qui sort ces jours-ci en librairie : "Les Etats-Unis de mal Empire" où le cas de Cuba est abondamment traité ainsi que celui de RSF : nous apportons la preuve que cette ONG française, adorée de l’Administration Bush est financée par deux officines écrans de la CIA.

    L’incroyable acharnement de RSF contre Cuba lui a valu deux procés (qu’elle a perdus) et sa suspension pendant un an de la liste des ONG agréée par l’ONU.

    Plutôt de rapporter sans les vérifier les balivernes dont RSF abreuve notre presse, allez donc à Cuba. Vous n’y verrez pas un paradis, certes, mais un pays capable de lancer à Bush ce défi : "Nous sommes prêts à accueillir 2 millions de touristes états-uniens, ils circuleront librement dans l’île et parleront avec les Cubains comme le font les autres touristes." Bush répond en interdisant à ses concitoyens d’aller à Cuba et il a raison : au bout de 10 minutes, ils comprendraient que leurs médias leur mentent. C’est dire si votre présentation de la censure à Cuba est caricaturale (et fausse au demeurant : il existe une prolifique presse catholique qui paraît sans censure préalable et des journaux corporatifs. Aucun n’appartient à un Lagardère ou à un Dassault local ? Exact. Et donc, ce que dit Le Figaro est plus vrai que ce que dit Antenne 2 ?).

    Le pluralisme de la presse à la mode occidentale signifierait la création d’une presse luxueuse par le puissant et riche voisin qui veut Cuba. Mais son absence ne signifie pas que les Cubains sont privés d’informations vraies. Je vous parlais de leurs journaux, j’y ajoute TéléSur, chaîne satellite de l’Amérique du Sud, j’évoquais les touristes du monde entier, ajoutons-y tous les parents de Miami (avant que Bush ne limite leurs voyages à un tous les 3 ans) et les dizaines de milliers d’enseignants et de médecins cubains qui sont en mission sur plusieurs continents et qui rentrent chez eux (volontairement) et qui racontent ce qu’ils ont vu ailleurs. Il y a aux USA 1700 journaux quotidiens, 2000 chaînes de télévision, 11 000 stations de radio, 11 500 magazines. Moyennant quoi, 40 % des Etats-uniens ont cru que Saddam Hussein est responsable de l’attentat du 11 septembre (2001, pas 1973, ce dernier est la date de la liquidation de la démocratie chilienne par une marionnette de la CIA : Pinochet. Mais qui sait ça aux USA ?)

    De même, 0,001 % ( ?) savent que Ben Laden a servi les USA et que la CIA a créé Al Qaeda à une époque où ça les arrangeait. Les Cubains ont moins de journaux, mais plus d’information sur le monde.

    Je termine par un mot d’un médecin cubain (rentrant de mission) à une touriste française : "Tu sais, ici, je suis payé deux ananas par mois et parfois, j’ai envie de ne pas rentrer, mais quand je vois les enfants de ma rue, je suis fier d’être Cubain."

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