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Katrina : triple réaction d’horreur, de honte et de colère de Catherine Durandin

Catégorie politique
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(GIF) Catherine Durandin, Directrice de recherche à l’IRIS ( Institut de relations internationales et stratégiques ) et spécialiste des Etats-Unis, analyse les conséquences politiques du cyclone Katrina.

Quel est le sentiment qui règne aux USA après le passage du cyclone Katrina ?

Une triple réaction d’horreur, de honte et de colère.

Horreur, face à une ville de culture plurielle, traditionnelle, la Nouvelle Orléans, immergée à 80%. Avec des pertes humaines dont le chiffre ne peut être encore donné, les opérations de search and rescue se poursuivent. Horreur aussi, face à la panique qui a saisi une partie de la population pauvre n’ayant pas eu les moyens de fuir la Nouvelle Orléans ou les villes isolées des Etats de Louisiane, Mississipi et Alabama.

Honte, parce que l’alerte a été donnée 36 heures seulement avant le désastre par le maire de la Nouvelle Orléans, sans moyen d’évacuer l’ensemble de la population. Honte encore, parce que la vétusté des digues et leur incapacité à faire face à un ouragan de force 5 étaient connues. Or, le gouvernement fédéral n’a pas débloqué les budgets nécessaires.

Colère enfin, parce que le discours social de « compassion » qui est celui de la présidence Bush s’avère impuissant face à ce malheur.

Plus précisément, quelles sont les conséquences politiques de cette catastrophe ?

La première conséquence est la remise en cause de la compétence du président Bush, et de sa capacité de leadership. Les grands médias comme CNN et NBC ont posé la question : « Où est le leader ? ».

Mais au-delà, c’est aussi un choix politique républicain de désengagement de l’Etat, et un système institutionnel qui sont responsables : il y a eu dysfonctionnement entre la mairie de la Nouvelle Orléans, le gouverneur de l’Etat et le gouvernement fédéral. C’est à cause de cela que le chaos s’est installé, avant le déploiement tardif de la Garde nationale. Et l’anarchie existante a engendré des heurts entre cette dernière et la population révoltée.

Au-delà de cette lecture immédiate, le lien est fait entre l’inutilité et le coût de la guerre en Irak d’un coté, et l’incapacité à gérer les situations de crises intérieures de l’autre. Le choc est extrêmement grave pour l’Administration Bush, et il sera difficile de retrouver une légitimité aux choix des Conservateurs. Plus loin encore, ce sont les politiques dans leur ensemble, Démocrates et Républicains, qui sont interpellés, considérés comme incapables de se faire les porte-paroles de la société pauvre. L’Amérique semble découvrir que sa puissance a des limites, que son modèle de prospérité est loin d’être un vrai modèle crédible et enviable.

Katrina met en lumière un état des lieux de dissolution de l’identité civique, de rupture de tous les liens que traduisent depuis des années tant des films (American Beauty, Fahrenheit 9/11, etc.), que des grands reportages (Kaplan, An empire Wilderness, etc.). L’innocence des Etats-Unis, victimes du terrorisme le 11 septembre 2001 est perdue, son unanimité patriotique, brisée. Certains analystes nord-américains dressent un bilan très négatif, allant du mensonge sur les armes de destruction massive pour justifier la guerre en Irak, aux tortures d’Abou Ghraib, pour sombrer sur le désastre d’aujourd’hui.

Pensez vous que les médias ont trouvé ou retrouvé une place spécifique dans la vie politique à l’occasion de ce drame ?

Les chaînes CNN et NBC jouent un rôle majeur et osent des images et des commentaires très crus. Les journalistes de la NBC, en particulier, posent directement une question très simple : « Qu’en est-il de la gestion de la sécurité aux Etats Unis quatre ans après le 11 septembre ? ».

Il semble que la politique sécuritaire promue par le Homeland Security Act ait tout misé sur la réponse à une attaque terroriste, oubliant les catastrophes « naturelles ». Les Etats- Unis perdent avec Katrina toute confiance dans l’assurance d’une quelconque sécurité dont le gouvernement serait responsable. La notion de prévention est dévalorisée.

source : bellaciao.org



Publié le 7 septembre 2005  par torpedo


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