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Revoir Patrick Dewaere

Catégorie Cinema
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(JPEG) Revoir Patrick Dewaere disparu voici déjà 23 ans dans les circonstances tragiques que l’on connaît, redécouvrir cet immense comédien à fleur de peau habité d’une intensité dans son jeu d’acteur qui le plaçait déjà parmi les plus grands de la profession

Se souvenir de cette terrible réplique dans préparez vos mouchoirs ; chef d’œuvre de Bertrand Blier, film incompris dans la frileuse France giscardienne de l’époque pourtant acclamé partout dans le monde décrochant même l’oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1979 dans une indifférence française générale, cette réplique ironique ou Dewaere parlant de Mozart a Depardieu lui dit -

« tu te rends compte, a 35 ans il est mort le mec, tu te rends compte de la perte ».

Cette réplique nous reviendra en mémoire quand le 16 juillet 1982 en plein tournage de Edith et Marcel de Claude Lelouch Il rentrera chez lui rue du moulin vert à paris pour se tirer une balle de 22 long rifle dans la bouche. Il avait 35 ans.

Dewaere, enfant de la balle, comédien dès l’age de 4 ans était un chien fou, un électron libre totalement incontrôlable, un personnage entier ; un type épatant, celui qu’on aurait aimé avoir pour copain ou pour frangin, il aura traversé le paysage cinématographique français comme une tornade laissant au passage des interprétations inouïs dans des films transcendés par sa présence et son talent.

De l’inoubliable Pierrot des Valseuses (1972) à Marc le moniteur de colo de "la meilleure façon de marcher" (1976) le premier film de Claude Miller, en passant par son rôle du juge Fayard dans le film de Yves Boisset (1977) ou encore celui de Stéphane le professeur de sport de préparez vos mouchoirs (1979) ou du candide François dans coup de tête de jean -jacques Annaud (1979) tous ses rôles sont remarquables et Patrick y est merveilleux de spontanéité et de charisme.

Et puis arrive Le film, celui qui va installer Dewaere au panthéon des comédiens, celui qui va faire taire les fines bouches et clouer le bec aux plus réticents, ce film sera réalisé par Alain Corneau et sera une adaptation du romancier américain Jim Thompson et il s’appelle Série noire.

Dire que Patrick Dewaere habite le film serait trop simple, il est tout simplement touché par la grâce dans son interprétation de Franck Poupart, représentant de commerce minable entraîné dans une spirale infernale de violence.

Dewaere ne se contente pas dans ce film de jouer, il s’implique physiquement dans le rôle et fait surgir l’émotion dans cet univers sordide et glauque.

Comme Dean dans la fureur de vivre ou Brando dans sur les quais, il se dégage de son interprétation une étrange impression animale et attractive et on sait, abasourdi, quand on découvre le film la première fois que Franck Poupart va hanter le cinéma français pour longtemps.

Non content d’avoir asséné un choc avec le film de Corneau Patrick Dewaere va coup sur coup nous éblouir encore avec deux films réalisés par deux metteurs en scène totalement opposés mais qui ont su chacun saisir et mettre en avant son immense talent.

Dire que Dewaere a mis beaucoup de lui-même dans Un mauvais fils est plus qu’une évidence tant son interprétation dans le film de Claude Sautet est criante de vérité et de sincérité, il est tout simplement exceptionnel dans le rôle de Bruno ex -taulard toxicomane qui tente de renouer avec son père et avec une société qui l’a laissé sur le côté.

Sans juger, sans donner de leçons de morale gratuite mais en s’attachant à humaniser ses personnages Sautet -qui s’éloigne avec ce magnifique film de l’univers bourgeois qui l’a souvent caractérisé- réussit un film précieux et rare plein de pudeur et d’émotion,

jamais Dewaere n’a été aussi bien filmé, jamais il n’a été aussi bouleversant.

En 1981, Bertrand Blier est un metteur en scène qui dérange et dont les films ne laissent jamais indifférents. Avec lui, on adore ou on déteste et bon nombre de ses précédentes œuvres ont déclenché de vives polémiques. On se souviendra bien sur des valseuses (1972) mais aussi de Calmos (1976) ou encore de Buffet froid (1979) et de tenue de soirée (1986) qui ont divisé la critique.

Dewaere a travaillé avec Blier sur deux films essentiels dans la carrière de ce dernier aussi après le triomphe (tardif) des valseuses et l’échec (en France) de Préparez vos mouchoirs c’est tout naturellement que Blier propose a son acteur fétiche le rôle délicat de Rémi dans le sulfureux Beau-père , film qui va encore une fois déclencher autant d’enthousiasme que de sifflets ce qui ne sera pas sans rappeler le scandale provoqué quelques années auparavant par un film traitant du même sujet Lolita de Stanley Kubrick.

Evidemment ces films là, ne doivent pas faire oublier les autres films où l’acteur nous a régalés, de l’univers underground de Claude Faraldo (Themroc (1971) aux réalisations décalés de Maurice Dugowson (Lily aime-moi (1975) F comme Fairbanks( 1975) de son rôle de gilles dans le superbe Hôtel des Amériques d’André Téchiné au coté d’une Catherine Deneuve sublime jusqu’à son dernier rôle dans Paradis pour tous film ambitieux d’Alain Jessua sorti après sa mort où ironie du sort, il interprétait un homme rescapé d’une tentative de suicide.

Dans tous ces films majeurs (voir plus haut) ou mineurs (la clé sous la porte (1978)-Mille milliards de dollars (1982) (, chefs d’œuvres incontestés (voir plus haut) ou ratages intégraux (Psy (1981) -plein sud (1981) Paco l’infaillible (1982) dans tous ces films importants ou secondaires,

il y a les instants de magie et de grâce apportés par la présence de ce comédien unique dont la folie , la pudeur, la générosité et surtout l’immense talent dépassent le cadre de l’écran.

Aujourd’hui, on connaît un peu mieux les démons qui hantaient sa vie, un mal de vivre existentiel, une toxicomanie envahissante, une grande instabilité chronique mais rien n’explique vraiment les raisons de son geste fatal.

On se rendra compte, un peu tard, que la profession ne l’aura jamais récompensé,pas le moindre césar malgré de nombreuses nominations, des critiques souvent injustes dans des films magnifiques, une vie privée bafouée par une presse sans scrupules( ça n’a pas beaucoup changé depuis bien au contraire).

Alors Patrick Dewaere, un soir d’été 1982, a fait le grand saut -courage ou lâcheté- à chacun de voir la seule vérité en nous laissant orphelins d’un acteur irremplaçable.

Et cette phrase terrible et prémonitoire :

A 35 ans il est mort le mec, non mais tu te rends compte de la perte !



Publié le 12 octobre 2005  par Jimbo


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