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Contremémoire de Gilles Delcuse première partie

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(JPEG) Ce jour d’amertume qui souligne les rivages de ma mémoire !

« Vivre, c’est perdre. » Fernando Pessoa

Les contours cannelés de la vie imposent souvent l’exercice redoutable de dresser son propre portrait psychologique, afin de ruiner les malentendus qui ne manquent pas de faire surface tout au long des tristes années qui forment la trame d’une existence à la fois singulière et banale.

Je n’y échappe, moi-même, donc en aucune manière, et c’est ainsi que, tout naturellement bien des choses me sont attribuées alors qu’elles me sont inconnues. Sans doute est-là la marque de ceux qui éprouvent le besoin de médire, afin de flatter leur esprit par comparaison de l’esprit qu’ils vilipendent.

Il est possible que cela leur soit utile. Mais, cela présente l’inconvénient d’encombrer de faussetés l’histoire ordinaire de celui qui se trouve ainsi abusivement comparé, c’est-à-dire celui qui se trouve être le sujet réel d’une existence, et non la démarque due à l’insatisfaction.

Le présent texte rectifie cette erreur de parallaxe sans alimenter l’inutile curiosité de lecteurs inconvenants ; le désir de l’écriture : seule empreinte possible de mon destin. Ceci n’est donc pas une biographie, au sens où on l’entend ordinairement, mais un imaginaire qui souligne les contours cannelés d’une vie qui pourrait être celle de n’importe qui, c’est-à-dire sans programme établi, ni prétention particulière qui n’aurait que le tord d’apparaître seulement comme un inutile accessoire de décors.

Notre carte d’identité nous le dit, nous sommes tous composés de la filiation d’une famille à des degrés divers. Je n’y échappe pas. Je suis né comme tout le monde, dans le siècle de la médiocrité qui a confondu la transcendance avec la bassesse, l’Art avec la répression, la liberté avec la bêtise, afin de donner aux seconds la justification des premiers, à une époque où il était de bon ton, en France, de dire que la dernière guerre s’est achevée en Août mille neuf cent quarante cinq, alors qu’elle n’était que la première des guerres modernes.

Notre époque oublie le passé pour s’arranger avec son avenir.

La mémoire est ce phénomène étrange qui ne retient du passé que les effluves nauséabonds qui remontent à la tête, comme les poubelles que la mer rejette en bordure de ses plages. Il n’y a pas de souvenirs heureux, sinon ceux que l’on a recouvert d’illusions. Il n’y a que des regrets et de l’amertume ; des douleurs que l’on espère toujours oublier dans un passé qui reste, malgré tout, collé à la mémoire. Tout ce qui a fait les moments heureux, la mémoire les régurgite, jaunis, avec ce goût amer si caractéristique du vomi. Il n’y a pas de moments heureux que la mémoire ne sache retenir sans qu’une impression de ridicule n’en tâche le décor.

Lorsque ma mémoire bave son écume, me vient alors à l’esprit la folie de ceux qui, pour m’être consanguins, forment une famille telle qu’on la rencontre à chaque carrefour de l’existence ordinaire de chacun d’entre nous. C’est ainsi qu’un jour, alors que mon enfance était déjà loin, j’ai pris ce plaisir curieux d’aller à la rencontre de l’inconnu, afin de me saisir du fluide de l’histoire, avec la ferme intention qu’il se coagule dans l’instant précis qu’un quai de gare fusionne, attendant un train qui n’arrivera jamais, afin de tenter réunir les morceaux distraits de ce qu’habituellement une famille formule comme élément de mémoire, mais que je n’ai jamais reconnu véritablement. Aussi, n’ai-je jamais souffert de cette absence.

Qu’est-ce qu’une absence qu’on ne ressent pas ?

Je suis né voilà quelques décennies, comme tout le monde, au bout d’une défaite qui a confondu la raison dans l’histoire avec l’histoire de la folie ; et je m’étonne, encore aujourd’hui d’en être sorti avec l’esprit bricolé avec un peu de raison, plutôt que d’avoir été englouti sous forme d’une sorte de dislocation ininterrompue, se cognant avec frénésie contre la paroi de mon asile, ou dévoré par mon instinct héréditaire de prolétaire qui recherche le mérite dans la soumission d’un labeur salarial, et le joug qu’inocule la bêtise dans un ciel qui n’est bleu que parce qu’on ne sait plus le distinguer avec le gris.

Au loin, aussi loin que ma mémoire me le permette, j’entends encore les crédences de la bêtise tintinnabuler dans le fond de mon oreille. Il n’y a là, pourtant que quelques mots que je jette bien vite à l’oubli, et qui n’ont, de ce fait, aucune importance. D’ailleurs, aujourd’hui, c’est seulement ridicule. Espérons que ne viendra pas ce jour qui les rendra effroyable.

Très jeune, déjà, je m’étais emparé de l’épaisse peau d’un loup solitaire afin de m’en servir comme protection.

J’avais, avec mes yeux juvéniles, pu observer combien tout le monde se méprise avec une telle abjecte facilité que ç’en devenait risible.

Plus tard, j’ai fait la découverte d’autres peaux, toutes aussi utiles. J’ai découvert la peau du serpent, qui permet de louvoyer, de glisser entre les doigts de ceux qui convoitaient ma jeunesse avec cette méprise déroutante qu’on ces voleurs émétiques de confondre leur appétit avec la curiosité qui habillait mes yeux de naïveté.

J’ai découvert celle de l’ours, qui m’a offert une chaleur si difficile à rencontrer chez mes semblables. J’ai découvert celle du rat, qui m’a permis de vivre dans les pires moments. J’ai découvert la mécanique des mots en endossant la peau du chat.

C’est lui qui m’a donné le sens de la liberté. Et puis, celle de la colombe, tapissée d’un doux duvet blanc. Pour l’amour, bien sûr...

Ainsi armé de ces peaux, j’ai cherché à m’emparer de la rue. J’ai pu sortir couvert pour affronter le gris vide de l’asphalte. Et je me suis promené dans la rue.

On se promène tous, ainsi affublés, dans la rue.

On se promène dans la rue. Il ne pleut pas, alors on croit se promener dans la rue. On croit s’y promener, mais on ne s’y promène pas. On y est. On est comme figé, là, sur un morceau de trottoir. On ne bouge pas, en réalité, dans la rue. Ce sont les positions des bras et des jambes qui donnent cette impression de mouvement, mais, en fait, les bras sont comme suspendus dans le vide, et les jambes sont seulement écartées d’avant en arrière, dans un équilibre instable. La tête n’opine pas ; elle est fixe, sur un cou, fixe lui aussi. Et, malgré le brouhaha d’une rue que l’on imagine animée, c’est en fait, un silence de statue qui parvient à nos oreilles. Les véhicules, eux-mêmes, sont vides, et pourtant, on croirait qu’ils roulent. Mais, ils ne roulent pas. Eux aussi sont fixes, comme pour poser devant un instantané sur image. L’instant d’après, ils n’ont toujours pas bougés. Il y a bien du bruit, les bruits de la rue qu’on perçoit habituellement sans interruption. Mais, ce sont des bruits de silence. Rien ne bouge, alors que notre imagination voit le contraire. Tout est fixe, en plan séquence, mais nous imaginons une histoire. Nous imaginons que tout s’anime, que les trains freinent dans un crissement de métal sur des rails circulaires ; que les voitures roulent sur des routes qui n’existent pas ; que les personnages s’animent dans une ville qui n’a, pourtant, que les dimensions de son décor. On entend bien, parfois, des dialogues, mais ils sont inaudibles et monocordes. Ce sont les dialogues de notre seule imagination, qui font des cercles comme ceux que l’on rencontre dans les bulles aplaties des bandes dessinées.

Chaque peau que l’on endosse nous offre un plan séquence de la rue dans laquelle nous voudrions bien nous promener.

Le but de ce jeu est de se mettre nu. Mais, c’est dangereux. C’est pourquoi, on se promène tous affublés de la décoration qui nous camouflera derrière une séduction.

J’ai quand même réussi par arriver jusqu’à aujourd’hui.

Aujourd’hui ne ressemble pas même à ce demain qu’hier a oublié.

Il est seulement l’instant que personne ne convoite, pour un demain que tout le monde redoute. Alors, ça fait alcool. L’alcool est le demain qu’aujourd’hui ignore, pour mon plus grand malheur. Alors, ça me donne soif de maintenant. Mais, c’est un maintenant sans mémoire ; juste un maintenant pour maintenant. Ca fait vide sur l’instant, parce que ça fait l’instant sans futur. Maintenant sans hier, pour un futur sans passé. Un vide, en somme. Un vide dans l’espace, pour l’espace d’un vide. Sans mesure. C’est temps maintenant sans mesure, parce que sans vide de temps autre que celui qui ne se mesure qu’à son extrême limite, et qu’on traduit approximativement par quelques secondes, sinon même, par aucune. C’est temps de maintenant sans temps. C’est pourquoi il y a malentendu dans les jugements, comme ceux dont j’ai bénéficié dans l’isolation par des petits sans esprit. J’en fais de l’oubli.

Ouverture sur la symphonie Pastorale... Temps et mémoire. Dans bien longtemps, beaucoup auront oublié ce que la plupart ont ignoré.

C’est déjà le mouvement de maintenant, dans un perpétuel recommencement.

Une histoire inachevée qui n’attend que la fin des temps. Il est vrai que, aujourd’hui n’est rien que la convoitise de demain pour en faire un maintenant insipide, un présent. Un présent sans passé, afin de nier ce futur composé d’angoisses. Il n’y a rien. Rien que ce qui est là. Tout est là. Il ne faut pas en attendre du bonheur. D’ailleurs, il ne fait pas bon vivre à l’ombre du bonheur. C’est bienheureux de l’esquiver. C’est mieux de s’en passer. Surtout demain parce que les portes de la nuit se referment. Elles se referment sur le néant. C’est bien ainsi. A quoi bon les ouvrir sur une absence ? Et pourtant, moi, j’ouvre ma vie sur mon absence. Il y a des auteurs indomptables ; d’autres incompris ; d’autres encore incompréhensibles. Il me reste l’épitaphe.

Rien n’est connu.

Allez, va pour ce maintenant qu’ignore l’histoire, et qui fait les grands drames... D’autres dirons : « va pour la vie. »

J’entends d’ici les persiennes habituelles des serres-fesses se refermer sur mon passage avec ce dédain des petites gens, trahissant leur bile envieuse. Non, non, non, ce n’est pas de vie morte dont je veux parler. Va pour la vie signifie va pour l’histoire, hors de laquelle l’humanité perd le sens de son projet. Va pour l’histoire, c’est la vie en mouvement, et non les bornes fictives du temps qu’on rencontre sur les pierres tombales.

Il faut, cependant, ignorer maintenant, à moins d’une migraine insurmontable.

La nuit noire est triste lorsque le jour ne brille pas. Il arrive, même, qu’on y cauchemarde des rêves impossibles, imbibés de sang et de glaires. C’est la nuit noire de mes jours sans soleil. Je pourrais la commencer par « il était une fois », pour marquer l’enfance de ma viande, mais je préfère la finir par la couleur de mes artères. Tout de suite.

C’est sans sommeil, mal d’esprit, que j’ingurgite mes souvenirs, comme d’autres, trop souvent, préfèrent avaler la bile que provoque la famine. Moi, j’ai faim. J’ai faim de tout ce que je n’ai pas vécu. J’ai envie de dévorer mon imagination. Aujourd’hui, je l’ingurgite.

C’est souvent par des petits détails que l’imagination est brutalisée. Les petits détails, ça met en relief le regard. Comme la douleur lorsqu’on oublie la vie.

Nous sommes composés de peau. De peau, de nerfs, de viande. D’aucuns diront, de muscle. C’est pareil. C’est de la viande quand même. C’est une viande pleine de muscles, comme on la rencontre dans le sport. C’est justement le côté sexuel du sport, très viande, très muscle. C’est d’ailleurs pour ce côté sexe que le sport a tant de succès. Malgré tout, nous sommes aussi des mammifères.

La viande, c’est le sexe de l’espèce humaine.

Et pourtant, il ne fait pas chaud. On penserait que le sexe calorise sa viande.

Et bien, non, vous vous trompez. Le sexe n’est plus qu’un organe mou perdu dans les allées d’un musée en ruines.

Il ne fait pas non plus froid. Juste un curieux quelque part tiède qui ignore les climats. Il faut que j’ouvre mes yeux, mais c’est comme si j’ouvrais mes misérables volets en bois vermoulu sur un soleil blanc. Il faut que je les ouvre, malgré tout. Et tant pis si je les ouvre sur la tiédeur d’un quelque part inconnu, dans une ville en ruine, après avoir été bombardée par la haine.

Mais, il n’est pas ici, lieu de tout ce qu’il faut dire ; seulement l’inconvenance de l’esprit de l’auteur. Il faudra s’en satisfaire ou l’ignorer.

L’auteur ne redoute que l’inquisition. L’inquisition et l’ignorance, parce que celle-ci est fille de celle là.

L’ignorance est universelle, on pourrait croire que sans elle, rien d’humain ne saurait exister. Il n’y a d’universelle que l’humain.

Que saurions nous reproduire que nous ne sachions déjà ?

C’est en cela que l’ignorance est universelle. A l’ombre de l’ignorance, s’étalent les barreaux des prisons.

L’esprit est court parce que le temps est usé. Il est seul, le chaos lourd du temps de maintenant. Aucune règle, aucun Archimède avec son point d’appui pour nous venir en aide. Rien. Rien que le temps présent enfermé dans sa perpétuité formelle. Dans cent ans, nous serons devenus des vieilles pierres ; dans mille ans, des cathédrales. En attendant, moi, je soupire.

Et ma nuit se fait triste et noir. Aucune couleur n’arrive à perturber sa clairière. C’est nuit fauve des temps rancis ; c’est herbe rêche sous langue humide ; c’est nuit fauve par triste ivoire...

Je me trimbale ainsi, de carcasse en carcasse, de trottoir en trottoir, à la recherche d’une lueur d’espoir.

Mais, quand j’arrive au bout, naturellement, il n’y a rien. C’est qu’il est rare de rencontrer l’intelligence du cœur et de l’esprit, incarnée dans la même personne. Devrais-je le déplorer ?

Le monde est bâti sur un malentendu, celui de la raison.

Mais, nulle part existe quelque chose qu’on puisse définir comme étant la raison. C’est seulement une vue de l’esprit. Dans ma jeunesse, la raison avait pour nom la haine. On définit une raison pour satisfaire à l’équilibre nécessaire qui limite l’expansion de la folie par un programme rationnel, non par la sensibilité.

Alors, je voyage avec mes mots. C’est de voyage dont est tissée la trame de l’existence. De voyage. Avec des mots. C’est un voyage vers nulle part, sans doute ; mais il commence comme commencent les rêves, ourlé avec le tissu du néant, entre deux permutations statiques d’une copulation insensée. Un voyage préhistorique, dans un monde anhistorique. C’est l’effet voyage de la capote qui copule avec la misère. C’est le voyage ainsi fait de l’existence.

La rancœur gagne le terrain. C’est territoire. Le territoire fait la géographie de nos rancœurs. Tout est dans la carte. Avant la carte, le monde était démiurge. Apres la carte, il est devenu nocturne. La magie du monde efface la nuit de son passé. Aujourd’hui : somme de la raison et de la magie. C’est comme mécanique.

La mécanique du monde dissèque le temps en autant de fragments qu’un incomptable fourni d’humains. La ville est devenue zoo humain. Alors, je me fais os haché avec viande et cervelle. C’est défaut de cerveau...

Il faudrait parfois saisir que sur la Terre, nous ne sommes qu’invités. Nous ne sommes pas propriétaires de cet astre. Je parle ainsi de ces gros hideux propriétaires dont le seul amour qu’ils éprouvent pour le prochain est celui de l’exploiter, sinon, le tuer par pure nécessité, sans haine, sans rien que le froid calcul du bénéfice.

A quoi bon éprouver de la haine pour de la viande de boucherie ?

Et pourtant, là sur ce sol congelé, tous, nous n’y sommes qu’un temps, court et fragile. Maître et esclave.

Nous sommes là, comme si nous étions aussi chez quelqu’un qui nous a invités ; un étranger que nous ne comprenons pas. Il y a tant de vie incompréhensible. On dit, c’est nature. Mais, nature, ça ne veut pas dire grand chose, car nature, c’est nous aussi. Nous. On dit nature, pour signifier une différence dans notre appartenance. Comme s’il y avait la nature et nous. Que peut bien signifier cette distinction qui n’apparaît jamais ? Mais, finalement, qui sommes nous ?

La pleine lune n’a qu’une action sémantique sur nos instincts idéologiques. La lune, évidemment, est toujours un astre plein. Plein de terre. D’une terre, aujourd’hui, souillée par quelques pas inscrits dans la légende de ces nouveaux siècles irrévérencieux.

Mais, la lune n’est qu’un astre éteint qui n’éblouit que les consciences infertiles propagatrices du fléau de suffisance.

Certaines nuits, la lune est un voyage. Un voyage nocturne qui éclaire l’esprit insomniaque. C’est nuit sans lune pour une lune qui s’ennuie. C’est nuit triste nocturne blanchie. Astre de la mélancolie. Je m’y ballade, quelque fois, sous nuit acide.

Il fait jour sans voyage, pour un voyage incertain. Mon voyage. C’est erreur. Je le vois. Voir, ici, veut dire vrai. C’est comme certain. Et pourtant, rien n’est certain, pas même cette certitude. L’or ébloui, et ça rend aveugle.

J’entends bien ma nuit violoncelle.

Alors, j’allume des feux. Le froid attise le feu. C’est feu, forcément, quand c’est froid. Que faire sinon feu, quand l’âme se restreint à la servitude de sa matière ? Quand c’est froid, le cerveau n’est que cervelle. Le froid fait viande spongiforme. Il reste à rechercher des relations. Mais, lesquelles ?

Il y a quand même quelque chose à rechercher. On dit, c’est de la relation. A tort ou à raison, on y croit quand même, parce qu’il le faut bien, pour ne pas crever. Car, c’est bien là où nous en sommes : arriver à vivre pour ne pas crever. Triste privilège.

La chaleur, c’est relation. Dans la rue, avec un peu de mémoire, ça peut créer relation. Quand c’est possible. N’importe où. N’importe comment ? Qu’importe après tout. Ah, tous ces mots... C’est de relation dont je parle. Parce que je parle, même si là, c’est écrit. Même si c’est pas toujours très droit. Même si ça ressemble à de l’oblique. Je parle. Quand même.

Est-on fait pour s’entendre, nous tous, là, qui gesticulons pour la moindre peccadille... ? Je ne le crois pas. Nous sommes sourds.

La surdité n’engendre pas l’entendement mais la fureur des bruits.

En fait, moi je recherche de l’intelligence là où le sens commun recherche des sentiments. Quelques-uns uns auront compris : Beethoven n’était pas sourd, lui.

J’aurais tout aussi pu bien dire : le Grand Ludwig, tant son seul prénom évoque son universalité. Mais, là, quand même, j’effleure un géni. Qu’écrire d’autre, après lui ? Il reste la haine. Votre haine ? Elle est trop miniature. La haine demande une force autrement redoutable que celle provoquée par les petites méchancetés ordinaires, et pour tout dire, apprivoisées. La haine qui accompagne le génie transcende le monde.

La liste est longue des manquements. C’est le naufrage vie ordinaire dans l’enclos de nos misères. Comme chaque jour peut en cracher. C’est vie crachat des manquements. Voilà tout.

Alors, j’ai continué mon identité sur ma mémoire abîmée. Et, là, aujourd’hui, maintenant, j’ai bien envie de dire stop.

Mais, en ai-je le moyen ? Et que ferais-je de cet arrêt ?

Un stop inconnu contre un connu ininterrompu... Bof... Les carreaux de faïence de la cuisine sont si étroits. On aurait bien envie de dire stop pour moins que ça. Tout de même... Tout de même...Mais, que pourrais-je faire d’un stop si étroit, si limité aux carreaux de faïence de ma cuisine. Alors, je me résous à dire non-stop. Je verrai bien, ou pas. Qu’importe. C’est la non-vie exigüe d’aujourd’hui qui veut ça, ce sentiment inconfortable qui blase l’esprit.

De quoi parle-t-on quand on veut parler de quelque chose que l’on croit important ? Allez-y, dites-le. J’aimerais bien en savourer quelques extraits, comme un parfum si rare qu’on le hume avec délectation, et quoique je n’irais pas jusqu’à me risquer à vous humer, sachant à l’avance l’odeur que vous vous apprêtez à me servir et dont je jugerais qu’elle est fort éloignée de la suave odeur d’un sexe en demande de jouissance. Alors ? Vous voulez encore me parler ?

C’est tard noir par nuit de nénuphar, sans phare, sans nuit, sans rien. J’ai recherché ma nuit noire sur eau glacée, mais, c’est l’esprit vermillon qui a enveloppé mon insomnie de milles crochets d’arpège. Alors, ça forme nuit glaciale sous couvert d’y voir.

Rue Broca, j’ai promené mes petites fesses juvéniles sous les regards indiscrets de mâles en désirs. C’est sexe de bonheur quand on connaît le sexe sous l’angle du désir. J’ai si souvent désiré. De Broca, je suis passé à Pascal, dans un petit bar oublié, pour finir dans ce bien triste quartier qui s’appelait auparavant Latin. C’est la vie, comme j’aime la voir, de Paris. Sommaire et insignifiante.

Déambuler, alors que c’est la guerre... Je n’ai pas envie de répondre. La guerre, c’est un conflit qui concerne deux points de vue antagonistes insurpassables, et non la provocation d’un orgueil souillé par des bruits intempestifs. Ca, c’est pas la guerre. Là, il n’y a que gesticulations en demande de vermifuge. Toutefois, c’est vie. C’est vie ovipare dans anus cambré. C’est vie quand même.

La guerre ressemble étrangement à l’amour.

Ca se fait toujours à deux. Est-ce pour autant qu’il faille voir dans l’amour un conflit détourné ? Le terrain de l’amour n’est pas celui de la félicité, mais celui qui remet en cause toutes les certitudes qui ont servi à bâtir la structure de notre être. Sans doute de là que l’amour n’est jamais vécu que lorsque les corps s’y oublient avec volupté et délectation jusqu’à l’épuisement de l’orgasme.

Et puis, aujourd’hui est arrivé comme d’habitude. Un jour de plus que j’ajoute à mes jours fades qui trament ma vie si dérisoirement quotidienne. J’entends d’ici le sempiternel reproche de mes insipides contemporains, si sûrs de leur propre réalité, qu’il ne m’en parvient qu’une sorte d’ânonnement ridicule : et non, je ne me plains pas. Je suis désenchanté ; je n’entends plus, en effet, ni le chant des oiseaux, ni le bruissement de la rivière. Mes oreilles se sont refermées sur un désert de silence.

Que devrais-je entendre... ?

Il n’y a plus de son. Il n’y a plus que du bruit ; le bruit des voitures qui crissent leurs pneus sur l’asphalte ; le bruit des mômes abandonnés à leur servitude ; le bruit de la sueur des ouvriers qui peinent à leur ouvrage... La vie est brutale, et sa fin, lamentable. Bruits et douleurs ont envahi la vie jusqu’au silence tombal. C’est le parcours de la médiocre ambiance de la vie d’aujourd’hui.

Alors, ça fait âge vieillesse pour temps fini.

Mais, au fait, qu’elle âge est-il ?

N’est-ce pas l’âge de la damnation qui vient de frapper les coups du sort ? Car, être doué de la parole, et ne pas pouvoir influencer sur son propre destin, ressemble à s’y méprendre, à une damnation, à moins d’être enrobé dans une liturgie qui sommeille la raison.

Je relève cette phrase, chez Hegel, ce génial Hegel, cette phrase terrible, d’une profondeur abyssale :

« Travailler, c’est anéantir le monde ou le maudire. »

Il serait temps d’anéantir le travail.

Aujourd’hui, je n’en peux plus. Je me suis bien noyé dans mes mots, mais ça ne suffit pas toujours à remplir mon atmosphère de la légèreté de l’être qui bleuit le ciel. Malgré le soleil ; malgré mon soleil. Mon ciel s’est obscurci. Mon cerveau s’est assombri. Il me rend malade. Il n’est pas vrai que l’écriture permet d’évacuer je ne sais quel mal. Aucun exorcisme à en attendre. L’écriture, chez moi, est la part maudite de mon esprit. Elle s’impose comme la disgrâce du destin se joue des promesses. C’est comme un mal.

Le mal, c’est de se voir vivant, et de ne rien pouvoir en faire.

Il faut avoir l’œil averti pour ce genre de chose. Rare sont ceux qui s’en rendent compte. En générale, personne ne voit quoique ce soit sinon ce qui trouble parfois la quiétude de leur quotidien si bien millimétré que la moindre aspérité les fait culbuter dans la terreur. C’est qu’il y a tant à faire, dans la médiocrité. Il y a tant à payer. Pas le temps pour autre chose, ni pour la vie, ni pour l’amour, ni pour les sexes...

C’est la vie réduite à de l’endettement. Régime chantage et contentieux.

Qu’y a-t-il de vrai là-dedans ? Je ne voie rien qui ne mérite de l’attention. Peut-être, cette question : quel âge est-il ?

Alors, je m’enferme dans la solitude. Emmuré dans la solitude, on ne peut guerre que ruminer de sombres pensées.

Mais qu’est-ce qui ferait qu’on s’autoriserait à la rencontre ?

Bien sûr, c’est très agréable, les rencontres. Nos organes se découvrent plein de sève. On y met de l’avenir. Et pourtant, passé les premières émotions, l’avenir de cette rencontre se vide dans le seau du crachoir si rapidement, que l’on se retrouve étonné d’avoir succombé si vite à un désir manifestement si léger. Des rencontres, j’en garde un goût prononcé de scepticisme.

Et puis, tous ces livres, tous ces textes, toutes ces idées... Pour quel résultat ?

Et tous ces gens, à l’allure si sympathique... Comment savoir ce qu’ils cachent dans le secret de leur sourire ? Du désir ou de l’envie ? Du coup, j’en ai mal à une dent. Une prémolaire, certainement. C’est toujours entre deux issues qu’on bute sur un os. Et là, une prémolaire...

Pourquoi donc avons-nous des organes qui se rappellent à la mémoire par la douleur ? Qu’est donc cette vie qui nous a fait corps douleur, et si rarement jouissance ? aucun sens. Vraiment, aucun sens.

C’est un non-sens qui produit des enfants. On en met partout, surtout dans les endroits les plus insalubres de la planète, dans les taudis des grandes villes. Allez savoir pourquoi dans la promiscuité et la misère, les sexes ne servent qu’au viol et la reproduction ? Il y a des enfants partout. Là aussi, il est bien difficile de trouver les raisons de la procréation. On dit, il y a de l’amour. Je n’en crois rien. La reproduction biologique n’est pas une condition suffisante à l’amour.

Pour que la reproduction transcende l’amour, il faut toute la dimension culturelle qui transforme la procréation en génération.

Aujourd’hui : exclu. On y croit quand même.

Et plus tard, pour leur plus grand bonheur, on coince les mômes devant la télé. Comme ça, ils font silence. Un silence de captage. Les vases communicants entre les jeunes cerveaux et l’écran de captage vide tranquillement la matière qui transforme une cervelle en cerveau. Et l’écran de captage s’approprie l’intelligence.

La télé offre de très belles images aux couleurs cathodiques. Alors, on y croit. Forcément. C’est ça qui va pas : on y croit, FORCEMENT.

Même dans leur variante immonde ou stupide, une image cathodique sera plus sûrement crue que la vérité la plus ordinaire rapportée par des témoins qui ont le tort de n’être qu’oculaire.

Et puis, on a trop besoin d’oublier le réel pour un réel fictif. On veut croire à l’irréel comme le naïf croit en dieu. Rien d’autre. Juste y croire. C’est le réel cathodique du monde fictif.

Un besoin frénétique et inconscient d’oublier sa vie. On fait avec ça.

C’est la vie, aujourd’hui, qu’on veut oublier. La vie. On se noie dans ce mensonge. Tant qu’on y croit, tout va bien, tout va bien !

Alors, quand j’observe les quatre murs de ma petite maison, je me dis que je n’ai absolument pas besoin de voyager. Mon voyage, tous ces pays étranges que je pourrais découvrir, ils sont là, dans cette maison, jusqu’au bout de ma nuit. Mon écriture y participe. Le sens des mots m’y oblige. Serrer la phrase au plus près, effacer les idées fausses pour les remplacer par une idée plus juste, voilà, réellement, le contenu de mon voyage.

Quel meilleur voyage pourrais-je m’offrir ? Lorsqu’un mot sonne juste à mon oreille, il s’installe dans la durée, ce que ne saurait faire aucun voyage. Est-il possible de trouver la clef qui ouvre un cadenas trouvé trois décennies plus tôt dans les conditions les plus improbables ? Voyager dans la pensée me donne cette clef.

Toute la vie est falsifiée. Ma vie subit aussi cette falsification. La vôtre aussi, même si vous ne voulez pas le savoir. Ca ne dépend pas de vous. Ni de moi. Mais, de supprimer cette falsificationdépendde nous tous.

Celadépenddudésir que nous mettons dans nos sexes. Chacun bande pour le monde dont il veut espérer de la jouissance. C’est le terrain de l’adversité, celui de toutes les vérités.

Artilleurs, à vos organes.

Du béton et des murs ; du goudron et des voitures ; quelques vestiges déjà anciens, là seulement pour montrer un passé irréaliste ; et nous tous, petits pantins désarticulés qui cherchent là dedans à nous frayer un chemin de reconnaissance, alors qu’il y a tout à supprimer. Ah, quelle triste ambition...

On confond la vie avec sa fonction. Fonction vitale parce que professionnelle. Fonction reconnue, non pour sa jouissance, mais pour son sacrifice. On est vivant lorsqu’on est enseignant ou médecin, ou encore infirmier, ou pompier, encore là, un policier ; ici, un maton. Ailleurs, un pédégé... Un pâtissier, peut-être, à moins d’un journaliste... Et la liste est longue. Mais, toutes ces fonctions sont bâties sur le chantier dont sont fait les mirages, comme on bâtit des maisons sans fondation sur des ruines trop anciennes.

Alors, tout ça, très franchement, ça tient comment, hein ?

Et il faut bien arriver jusqu’à la « retraite », afin d’y couler des jours paisibles. A l’ombre des maladies...

C’est la vie coulée dans le béton ; beau comme le fer-acier d’un plateau de cantine d’une prison.

Alors, il était une fois, comme ça, un jour qui venait de nulle part ; un jour sans importance, comme l’est la vie de tous les jours ; dérisoire à en faire pousser des furoncles d’angoisse...Un jour qui a recouvert le ciel d’une teinte désabusée...

Il était une fois, là, ma vie, comme noyée dans la mélasse ; sorte d’immondice insignifiante collée à l’asphalte, concurrencée par des milliers de créatures ; d’autres vies perdues de la même manière, dans l’insignifiance de leur origine. Partout, des ventres engrossés et des muscles fatigués. A quoi bon...Il pleut dans ma tête, et je suis mouillé. Mouillé et nu. Les vêtements collés à mon corps, épousant mes formes. L’envie de danser sous la pluie, nu, nu et livré. Je m’amuse ainsi, travesti dans un habit devenu transparent, le corps rempli de désir. Mais, sachez que le monde, depuis longtemps déjà, m’a asphyxié dans son torrent de vérités sordides. Il me renvoie son opprobre sous forme d’un silence assourdissant. C’est un silence trop parlant ; un silence à me crever le tympan ; ça cogne mon cœur de fureur. Hurler : « taisez-vous ».

Et, ça s’est tu, dans un silence terrible, un silence de plomb à faire pâlir les sourds. C’est le silence des yeux.

Finalement, les jours se sont succédés au rythme de l’alcool ; le vomi succède au vomi ; la pisse à la pisse. Et cela plait aux peureux. Ils aiment flirter avec le degré zéro de l’existence. Bien sûr, ils n’iront pas jusqu’à y goûter. C’est un flirte, pas un engagement. J’ai tant dormi sous les ponts pour pouvoir témoigner de l’instinct qui habite les cœurs envieux. Pas tout à fait. Sous un seul, celui que l’on qualifie de neuf. Sous le pont neuf où coule aussi la seine. Et où dorment les clochards.

Paris est une des rares villes qui possède des ponts sous lesquels il est possible de mourir de froid.

Le Vert Galant ne me contredirait pas là dessus, lui qui domine du haut de son cheval le trottoir de la gueusaille que l’on pourrait croire célestes. Mais les clochards ne sont pas célestes ; ils sont seulement tristes et remplis de vinasse.

Les trottoirs se ressemblent tous. Surtout après le dernier bus. Après le dernier bus, il est tard, et la lumière jaune blafarde qui illumine les fenêtres, frappe les visages qui dépassent des couvertures sombres obscures ; ces êtres à l’allure fatiguée qui traînent allongés sur les trottoirs, enveloppés dans un paquet de chiffons froissés qu’une main négligente leur a abandonnée.

C’est la misère ordinaire des trottoirs de Paris, celle qui fait les jours gris et les nuits noires. C’est invisible. Les crotteurs peuvent encore se moucher dans leurs dollars. Ils ne risquent rien.

Mon esprit s’est égaré un instant sur le pavé lorsqu’un bruit inodore à claqué dans la nuit pesante. Des milliers d’espaces ont ruisselé dans les nervures des trottoirs. Le temps s’effondre dans la rectitude de son éternel mouvement. Je m’accroupis sous ce pont sans saveur. Cette nuit là, j’ai dégueulé plusieurs générations de saletés qui me faisaient poids avant même qu’un atome m’ait conçu.

A l’horizon se profile le carrefour de tous les possibles ; une ligne de fuite qui s’étire de loin en loin, le long d’une rupture tracée au couteau qui détermine un avant décevant pour un après sans espoir. On ferait conscience pour moins que ça.

Pourtant, la conscience est le lieu du vivant qui offre à la logique l’expression concrète de la raison. Sinon, c’est folie, et non conscience. Et si la logique fait la rigueur, ce n’est pas une rigueur monacale vidée de sensibilité. Bien au contraire. La sobriété de la rigueur n’implique nullement la sécheresse de son inscription sur le tableau noir de la démence. Elle ferait plutôt appel à l’ébriété de formules qui ne sauraient trouver son public en deçà.

La logique emprunte son expression à la démarche de l’alcoolique, et non au savant calcul de l’ambitieux.

Un paquet de chiffons usés est bien plus proche de la vérité que ne saurait en rendre compte la froide logique des bien- portants, que tout montre qu’ils portent surtout leurs biens, comme l’égoïste s’alourdit de son propre fardeau au mépris de sa propre vie.

La vie, c’est le lieu de tous les possibles. Elle n’est pas théâtre. Le théâtre est le lieu de l’imagination. Mais, c’est le théâtre qui capte toutes les attentions, et la vie, celle de tous les affrontements. La vie est le lieu convergent des haines, des convoitises et des suspicions. Le théâtre grec s’en voulait la couverture dénudée.

La Grèce antique est véritablement le lieu historique de la naissance de la pensée, cette imagination qui donne au réel sa structure solide par l’apparition de la logique pure. La logique est la substance qui donne au réel sa matière. De cette substance est née la tragédie. Le théâtre antique, véritable lieu et véritable carrefour de la tragédie, est ce qui donne à la pensée sa dimension philosophique ; cette pensée qui contient en projet la fin de la métaphysique, c’est-à-dire, la naissance de la compréhension physique du monde, le lieu de tous les affrontements que l’on identifie au terrain de la guerre sociale, afin de saisir la vérité du réel.

Le réel est réel en tant que produit de l’imagination et de tous les possibles. Il revient à la conscience de donner au réel sa dimension humaine.

Mais, le temps n’est pas encore apparu, qui rend possible cette dimension, sinon l’idée que l’on se fait de l’humanité, malgré son image désuète, serait au cœur du débat qui anime le cœur des humains, plutôt qu’être le centre de leur convoitise qui alimente le raisonnement du poison de l’espièglerie.

Le réel de ce qui est vrai est déterminé par la conscience, ce mouvement qui donne au néant l’apparition des dimensions de sa CONCRETUDE. La conscience, en tant que mouvement qui supprime le néant, c’est-à-dire, qui le détermine, qui le réalise, apporte sa dimension concrète.

Ici, je préciserais que je parle de dimension comme coordonnées distinctes mais précises dont rendent compte les lois de la physique classiques, complétées par celles de la physique quantique. Nous sommes donc toujours dans le discours de la philosophie. La conscience est le mouvement signifié par le temps ; elle est ce qui permet de distinguer la vie dans un système de coordonnées cartésiennes, obéissant aux lois de la physique quantique. La conscience est le mouvement de son apparition formelle ; elle n’est pas une donnée posée là comme quelque chose d’immuable et qui détermine un réel hors de tout. La conscience est ce qui donne au temps un contenu qui se fait. La conscience est le résultat de ce contenu.

L’apparition de la conscience est la véritable mesure du temps.

Et ce qui gouverne cette mesure est la logique. Et la logique n’est que l’aveu de l’ébriété de la raison. Comment ? quel scandale se profile derrière un tel aveu ? Celui que la logique n’échappe pas à la révolte de penseurs iconoclastes.

C’est, en effet, après avoir été piétinée par les chevaux de condottiere, après être devenue comme le gravat, c’est-à-dire, être passée par les armes de la critique, après avoir été absorbée par les vapeurs éthyliques de la raison que la pensée rencontre son seul public, le seul qui la comprend, le motif de son expression, que l’on peut formuler de cette façon lapidaire qui présente l’avantage de sa concision : tout à une fin !

L’idée est un moment de la réalité ; et la réalité n’est qu’un moment de l’idée.

Comme l’œuf et la poule ne sauraient être indépendant l’un de l’autre. On comprend alors pourquoi j’aime me promener nu dans la rue, seul, par un après midi tiède, le sexe en érection.

Rien n’est vrai, sauf l’ignorance.

site des troubles de ce temps



Publié le 14 octobre 2005  par Gilles Delcuse


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