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Kamal et l’art de la danse Kathak.

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(JPEG) J’étais en manque de mon pays adoré depuis quelques mois lorsque je rencontrais Kamal, jeune danseur Indien de Kathak....

Je n’avais pas hésité à trouver une place pour son groupe au milieu de la scène électronique de notre festo ; prétextant que la transe devait aussi se perpétuer avec la mémoire de son aspect ethnique pour conserver le sens de notre concept. Comme les autres organisateurs me savaient en manque de curry et donc prête à tout, personne ne moufta et Kamal, accompagné du groupe Natraj, releva le défi de faire danser un public tekno sur des tablas indiens.

Pari gagné, les musiciens indiens montèrent sur scène avec pour accompagner des groupes électro avec lesquels ils fusionnèrent les chants sacrés aux « beats » endiablés.

Ma passion pour la danse Kathak que je pratiquais encore de façon assidue à l’époque nous rapprocha et Kamal devint naturellement le « frère indien », soleil du Rajasthan dans ce monde de brutes !

J’ appris au cours de nos conversations qu’il était issu d’une grande famille du Rajasthan qui perpétuait les arts traditionnels depuis plusieurs générations.

Il y a trois principales écoles de styles dans la danse Kathak : celle de Bénarès, très centrée sur le rythme, celle de Jaïpurl’on met l’accent sur les tours et les "jeux de pieds" et celle de Lucknow, où l’on privilégie l’expression et les mimes.

Kamal me conta les origines de cet art.

J’avais enfin la chance de parler avec un interlocuteur qui connaissait parfaitement ma langue et avec qui je pouvais enfin comprendre ce que mes professeurs tentaient de m’expliquer en Inde dans un anglais enfantin très restreint.

J’appris donc que le mot Kathak signifiait « conteur » et que parmi les communautés de troubadours nomades existait la voie royale des Kathaks, -à la fois danseurs et musiciens- qui enchantait les spectateurs dans les rues et dans les temples avec les épopées mythologiques, les légendes et les contes populaires.

Ces interprètes avaient pour habitude d’agrémenter les récits de musique, de chants et de mimiques expressives qui se codifièrent peu à peu. Allant jusqu’aux grandes cours royales de l’époque Moghole, le kathak, art de danseurs-conteurs, devint peu à peu une danse rythmique dont les influences persanes avaient su épouser les origines hindoues.

Cette danse, dans un mélange de rapidité et de grâce, apparaissait alors comme une fusion du spirituel, du rythme et du jeu amoureux.

J’appris aussi que l’on comparait de ce fait les "institutions indiennes" de pratique du Kathak à celles des Geishas, (ou les danseuses courtisanes de la cour Moghole) nommées « Tawaifs ».

Les colons britanniques condamnèrent le Kathak de danse profane, accusèrent ces femmes de prostitution puis bannirent leurs institutions dont une des plus célèbres se trouvait à Lucknow au XIXè siècle.

L’aspect érotique qui tenait une place essentielle dans la société indienne de l’époque n’était pas sans choquer les puritains anglais ! Et dans le seul but de le préserver, l’art du Kathak fut donc pendant un certain temps essentiellement transmis par les hommes.

Au fil des années, des hymnes et compositions lyriques furent créés et dédiés aux Divinités du panthéon Indien et particulièrement au Dieu Krishna, souvent nommé « Natvara » : le danseur divin.

Les danseurs choisissent et interprètent des épisodes racontant les amours de Krishna et Radha, racontés notamment dans la « Gîta Govinda ».

Dans le kathak, il y a neuf sentiments dans les expressions et l’action exprimés en dansant.

Avec le mouvement des yeux, du cou, des gestes de mains et des pieds, les danseurs racontent différentes histoires en montrant leurs émotions. Il en découle une parfaite fusion entre le percussionniste et le danseur qui finissent par "improviser" en totale harmonie. Les chevilles sont revêtues de plusieurs kilos de grelots,et les pieds suivent les rythmes des tablas en multipliant la rapidité,les pirouettes et les tours à des vitesses croissantes,le tout avec une précision impressionnante. Kamal était rattaché à l’école de Jaïpur où il commença à danser dès l’âge de trois ans sous la direction de son Père, Guru Girdhari Lal Maharaj, grand maître de la Jaïpur Gharana (école de Jaïpur).

A l’âge de douze ans, il donnait sa première représentation en public et à seize ans, il commençait à enseigner en assistant son père.

Repéré par Ariane Mnouchkine en Inde pour la création d’un spectacle sur les arts et traditions de l’Inde, kamal débarqua en 1993 à Paris, avec son père et ses deux petits frères pour participer au spectacle « L’Inde de père en fils, de mère en fille ».

Kamal s’essaya ensuite à la fusion jazz en créant le groupe « Madhu » et travailla avec des danseurs de flamenco dont les similitudes avec la danse Kathak étaient évidentes. Il s’afficha avec des compagnies de danse contemporaines. Je ne fus donc pas surprise de sa curiosité pour la musique électronique.

Retournant régulièrement en Inde afin de perfectionner son Art auprès de son père dans la lignée de ses ancêtres avec amour et passion et secrètement passionné de musique gitane, il rencontra les musiciens du fameux film de Tony Gatlif « Latcho Drom » à Jaïpur et ce fut pour lui une évidence que de les faire connaître.

Diffuser au travers « Banjara » toute l’âme et l’origine même de la culture gitane en occident fut son moteur et notre nouvelle collaboration prit ainsi forme.

Nous revenions alors au départ de l’histoire du Kathak, aux saltimbanques nomades conteurs d’épopées : la boucle était bouclée...

Mais un autre souci rongeait mon ami : la fermeture imminente de l’académie de danse familiale en Inde.

En effet, les arts classiques étant mis de coté face à la fièvre du « Bollywood style », les écoles se voyaient délaissées pour les cours de danse moderne.

Il n’y avait plus que nous, les occidentaux, à s’intéresser aux musiques et aux danses traditionnelles indiennes.

Devant l’évidence d’un délaissement populaire des arts classiques, kamal créa le projet Gurukhul dont il attendait beaucoup à la fois pour créer une plate-forme d’échange culturelle ainsi qu’une ouverture aux enfants de la rue, à ceux des tribus gitanes et aux étudiants venus de l’étranger.

Il me remettait en mémoire mon parcours du combattant ou j’avais du garder les nerfs solides en franchissant les bureaux du consulat afin d’obtenir un visa d’étudiante.

Le test de la demande aux autorités avait été concluant : dossier aux oubliettes pour une durée indéfinie avec l’ impossibilité de bouger du territoire.

La sentence m’avait alors convaincue de continuer d’aller au pays avec des visas de touristes de six mois, ce qui créa de nombreux déboires, crises de nerfs et parfois des lancers de biftons dans les bureaux d’immigration locale.

Si à l’époque Gurukhul avait été lancé, j’aurais certainement foncé sur l’occasion. Le projet de mon ami était un grand projet. Le travail s’avérait énorme, mais l’espoir naissait de l’intérêt des artistes de l’occident aussi bien pour la culture Indienne que pour la fusion des genres créant un renouveau de la transmission de l’art du Kathak et de la musique ancestrale.

Et maintenant ?

La danse, L’Inde, la France, quoi, comment, avec qui ?

Dans cette incertitude, je me dis que peut être je vais me remettre à danser, grâce à Kamal, puisqu’il donne des cours, parce que ça me manque terriblement et que pour m’y remettre j’ai besoin d’une grande motivation extérieure.

L’histoire de ces artistes de rue et de ces femmes courtisanes me séduit et me parle intérieurement.

Je trouve en ce bel hommage,le moyen de contribuer à la transmission de l’histoire fantastique de cet art de rue devenu art de cour royale. Retrouver une féminité égarée à travers la mémoire des Tawaifs, de leur danse emplie de finesse,d’érotisme, de grâce et m’enrichir ainsi de l’âme indienne située entre humour et séduction.

La danse, comme plaisir, comme thérapie exutoire, comme support de volonté et comme moyen de voler...



Publié le 22 octobre 2005  par manuji


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