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Jean-Joseph Julaud : Ca ne va pas ? Manuel de poésiethérapie

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Extrait : Contre le chagrin d’une rupture

Elle est partie, n’est-ce pas ?

Vous avez mal. Elle ne reviendra pas. Inutile d’attendre en faisant les cent pas. Elle a tourné le dos et choisi d’autres ciels. Mais tout ce temps passé à dresser vers l’azur des échelles sans fin, tous ces mots disparus vers les cimes aveugles, et ces cris déchirants juste avant de mourir ? Ce n’était rien, c’était pour rire. Elle a dit : tout cela je l’oublie, je t’oublie, je m’en vais et je refais ma vie. Alors autour de vous, comme un grand cercle vide, s’est installée l’absence d’elle, et même si quelque autre gravite unh peu trop près de ce qui fut son nom, sa chanson, et sa voix un peu lasse, rien ne s’efface, l’absence, l’absence d’elle est éternelle.

Elle est partie, n’est-ce pas ?

Un an, deux ans, cinq ans. Rien ne passe à l’oubli, et tout va comme si, dès le matin, elle tendait l’oreille. Parce que vous lui parlez toujours. Sais-tu bien qu’aujourd’hui, j’ai entendu quelqu’un qui riait comme toi, et puis j’ai vu aussi la couleur que tu aimes, je t’ai récité un poème.

Le soir arrive, vous fermez les yeux. Et voilà qu’au milieu de la nuit, elle rêve de vous puisque sur le chemin d’un ancien rendez-vous, elle est là. L’air est doux. La lumière s’affole et surgit de partout. Vous partez tous les deux vers la forêt prochaine. On ne vous verra pas de la semaine. Les mois passeront. L’hiver aura changé vos silhouettes. Ce sont deux inconnus qui surgiront dans le printemps, s’aimeront sans mémoire sur les berges du temps.

Elle est partie, n’est-ce pas ?

Attendez ! Elle commence à peine à traverser l’éternité. Cherchez-la, même si le regard vous abandonne, même si vous n’êtes plus personne, plus qu’un souffle, un nuage, le rouge d’un couchant qu’on ne regarde pas. Celui que vous serez reconnaîtra son pas.

Et puis, pour attendre ce moment, apprenez par coeur et récitez, chaque fois que vous avez mal, chaque fois que c’est nécessaire, l’Adieu d’Apollinaire.

L’Adieu

J’ai cueilli ce brin de bruyère L’automne est morte souviens-t’en Nous ne nous verrons plus sur terre Odeur du temps brin de bruyère Et souviens-toi que je t’attends.

Guillaume Apollinaire

Notre conseil : Si vous êtes une femme, remplacez tous les pronoms personnels "elle" par le pronom personnel "il"

Ca ne va pas ? Manuel de poésiethérapie de Jean-Joseph Julaud Le cherche-Midi Editeur (2001)



Publié le 20 octobre 2005  par torpedo


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