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Contre-mémoire troisième partie

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PRELUDE A UNE AURORE DEFUNTE

« Pourquoi y a-t-il rien, plutôt que quelque chose ? »

Où se trouve le relief tant décrit par les poètes et les géographes... ? Aussi loin que j’observe le monde, et malgré le tour que j’en fais, je ne vois que platitude abstraite et prédations abominables.

On distingue bien quelques strates, mais elles se révèlent n’être qu’une accumulation de couches successives de platitudes. Le relief se révèle en réalité n’être que les pliures accidentelles, issues de la violence des rencontres que l’on tente timidement de faire sous l’impulsion du désir, et que nos craintes transforment en appropriation ou en répulsion. Le relief, le vrai relief, lui, on le redoute comme l’obstacle qu’on rencontre après avoir manqué le virage, parce qu’il est la finition figurative de la mort. Les hauts et les bas ne sont pas plus élevés qu’ils ne sont profonds. C’est que tout n’est que glacis sous l’optique déformant de notre orgueil ; lequel présente ce défaut d’effacer toute dimension, de réduire notre champ de vision à la dimension insignifiante de notre seul détail. Il est prudent d’en faire l’observation ; trouver le moyen de supprimer cette erreur de parallaxe ; découvrir le relief du monde, celui qui bâtit l’histoire linéaire du temps irréversible, non pour l’arrêter, mais pour en devenir maître ; non pour l’encercler, mais pour le pénétrer ; faire de sa vie un destin, en sommes.

Nous pataugeons dans le malheur d’être soumis à notre destin, sans même l’imaginer un instant.

Et c’est cela, cet instant qu’on n’imagine pas, qui figure notre malheur véritable par son ignorance ; Le temps n’est plus ce que nous sommes ; nous sommes devenus ce qu’il est. Alors, toute colère est vouée à l’échec. Nous vieillissons ; et nous vieillissons par oubli que le temps est la vie, qu’il n’est pas une donnée brutale qui se développe sur l’accumulation des cadavres, mais cette dimension qui fait de la matière vivante, de l’humain, cette étrange matière pensante qui agit. Nous sommes dans cet oubli, parce qu’il nous sied d’être complice de notre propre enterrement.

En fait, nous n’aimons pas la vie, seulement le peu que l’on s’en approprie, et abandonnons le reste à la convoitise des affamés, comme le carnivore laisse aux rapaces les déchets de son repas, faisant mine de générosité, se croyant gourmet là seulement où le trop plein étoufferait le plus intrépide des gourmands. Nous craignons le jugement des dieux par docilité envers ceux du diable.

L’ère glaciaire de nos sentiments ne peut réchauffer nos cœurs enveloppés d’indolence.

Apres tout, que pourrait signifier une hauteur, une verticalité, pour celui qui est astreint, non pas à ramper, c’est là le domaine réservé au magnifique serpent, celui-là qui a engendré dans le bas-ventre de la première femelle humaine aux grappes de mamelles pendantes comme la louve qui a engendré Rome, non pas à ramper, disais-je, mais à rechercher les sommets culminants de sa propre petitesse, par cela qu’il protège son bas esprit ? Car, tel est bien l’insolence de notre époque, de nous montrer ceux qui font et défont la vie avec un mépris inégalé dans l’histoire, non pas comme ces hordes staliniennes ou américanisiennes qui se sont jadis, heurtées à tout ce qui se manifestait d’imparfait, mais comme le sportif qui ambitionne de s’emparer d’une première place irréelle par des prouesses inutiles repoussant les limites de son corps aux limites de sa volonté, avec l’appui de tout ce qui a vocation d’obéissance à un ordre incontestable.

Voilà l’ordre qui cherche à s’imposer aujourd’hui : Le W.A.S.P., épris de cette petite ambition de vouloir dominer tout ce qui est vivant, à commencer par l’espèce humaine, cette presque trop parfaite créature dont l’origine remonte aux confins des étoiles ; créature inconvenante dans le monde tribal d’aujourd’hui et qui se résume à sa prédation.

Pourtant, à quoi bon imposer des rapports de force, là où le jeu suffit à disputer ses idées ? C’est sans doute que le poker est au bluff ce que l’Etat est à la terreur.

L’amour a disparu.

Il est peut-être passé à la clandestinité, en attente de jours meilleurs.

En attendant, la ceinture de chasteté sort de son purgatoire où l’avait relégué l’énergie du désespoir, depuis que les moralistes, nouvelle fin d’époque ont refait leur épouvantable apparition, afin de se purger le bas-ventre des souillures que l’époque de tous les possibles, celle de toutes les révolutions, l’avait inondée.

Allez, il suffit de vouloir chasser le naturel, celui de l’âme de l’Etat, pour qu’il revienne plus vite encore que la manière dont on croit qu’il pourrait être chassé.

Ce n’est, finalement, qu’une somme de mots, tous plus séduisants et mensongers les uns que les autres. Ca fait économie d’acte ; on diablotine ; ça rassure. Toute liberté se vit sur le mode de l’extravagance ; Ça fait perversion.

L’Etat, pourtant, n’a toujours admis qu’un seul mot d’ordre : lui-même.

Finalement, que trouvez-vous de nouveau, sous le soleil gris qui se couche à l’ouest de la pollution de nos désirs ?

Sous les projecteurs fragmentés de la censure, toute tâche noire fait défaut sur tissu blanc. Mais, moi, j’aime la noirceur qui forme tâche, parce qu’elle forme présence ; tandis que tout ce qui est blanc est livide comme la camelote de cette onomatopée d’Amérique qui se voudrait d’une pureté blanche, réservant à l’exception noire sa seule condition d’être la confirmation de la règle blanche du professeur blanc, écrivant sur le tableau noir, avec sa craie blanche, la seule vérité qu’il veut entendre de la bouche de ses élèves blancs : « Je suis ! », sans voir qu’il n’est qu’à la condition de la négation de son être, et qui est celle de la peau noire.

Rien de très blanc, derrière ce chevalier d’airain...

On devrait commencer par soi. C’est soi, le discours de l’autre, pour soi. Commencer par soi parce qu’on n’est pas unique, mais fidèle à la solitude, la sienne dans l’absolu. C’est l’inverse de l’isolement, qui n’est qu’une solitude contrariée par le fait qu’elle n’est pas soi, mais soi fragmenté, des petits bouts d’organes dispersés à travers l’espace vital de l’espoir, sans jamais rencontrer l’autre qui nous offre de défragmenter notre mûr, de nous exploser dans le désir de notre chaire.

L’isolement se traduit par la dispersion de nos organes, tandis que la solitude nous maintient dans l’unité de notre être. Là où l’isolement sépare, la solitude ressoude.

On débute dans la vie. Toujours. Comme le rythme des saisons, chaque naissance est un début dans la vie ; et tout doit être recommencé. C’est impropre ; c’est le début vite débattu ; vite oublié. Un début dont le but primaire est d’en oublier l’origine, afin de méconnaître l’ignorance d’un amour ignoré qui nous a fait naître, parce que, au fond de notre âme, on sait bien qu’on ne s’aime pas. On comprend alors, pourquoi l’oubli est fréquentable.

Certes, on ne se déteste pas ; c’est autre chose ; on ne s’aime pas ! Nous sommes le produit, et nous reproduisons par retour, ce « Corpus Christis » rédempteur ; une absolution pour acte inassouvi ; un oubli pour une absence ; l’équation est juste, à défaut d’être vrai.

On cherche à oublier sa vie, pour une vie qui nous ignore.

Sans doute est-il plus reposant de s’oublier dans le cercle inutile de la poésie disparue de nos croyances, plutôt que d’affirmer sa certitude d’être, hors cadre... Peut-être... On débute dans la vie avec, pour seul bagage réel, l’incertaine certitude d’être soi. Plus que fragilité : inconsistance.

C’est avec ce ça qu’on devient soi, cependant. Alors, le plus souvent ça, fait arrogance par défaut d’être. Et l’on devient soi en conséquence de ce défaut. Seul critère de la vie. Rien n’est plus fragile, parce que rien n’est plus proche de la folie empreinte de suffisance et de thésaurisation. Et c’est sur cette base que l’espèce humaine a bâtit son monde, qui est le monde de la veulerie et de l’appropriation. Alors, on fait des distinctions. Distinctions de génération ; de classes sociales... L’ordre et le temps font l’affaire des concepteurs de monde...

Et nous acquiescions à leur programme par déroute, et peur de s’avouer pouvoir en connaître d’autre.

Très vite, on devient ce petit vieux que nous redoutions, pour un petit vieux que nous ignorions. Les rides se raffermissent ; les organes s’amollissent ; le corps perd de sa fluidité. On se sent inconcevable d’être séduit par plus jeune, par cela que la jeunesse ne se conçoit pas, elle-même, comme un moment, mais comme une durée dont seules les rides trahissent le marquage du temps, comme le bœuf s’essouffle à traîner une charge que les ans ont alourdit. On en ferait reproche envers plus jeune encore, tant le niveau de la censure atteint des niveaux inégalés, depuis que le temps a marqué son empreinte à travers l’histoire.

Nous ne sommes jamais en jeunesse par les ans juvéniles, mais par le doute que l’on cultive, et que l’affirmation d’être signifie la force de cultiver son inquiétude par reconnaissance des choses qui nous échappent, à travers le mouvement du temps, qui assouplit nos impulsions et notre témérité.

On vit. On devient, par ce fait même. C’est alors qu’il nous faut appréhender les propos menaçants qui contiennent une vérité si sévère, qu’elle peut remettre en question notre propre intégrité, par tous ceux dont l’usage de la vie les a réduit à une sorte de fonction, indépendamment de toute possibilité échappant à la fonctionnalité. C’est par là que l’on peut reconnaître ce qu’il faut dire, par cela qu’il y a plusieurs vérités, afin de couvrir un seul mensonge réel. C’est que chacun se veut si différent qu’il devient menaçant pour l’autre, parce que sa pensée est étrangère à celle de l’autre.

Qu’en reste-t-il ?

un refus absolu par l’aversion de l’étrangeté qui ne peut admettre une apologétique, sans risquer de se perdre, ou une admiration qui ne peut admettre des bornes, sans risquer d’être dissolu dans la contradiction que produit l’admiration envers un discours, en lui refusant sa limite.

Ce choix inconvenant traduit le désarroi qu’une telle pensée provoque, le déséquilibre qu’elle entretient. C’est une traduction qui établit une part de vérité qui se véhicule de moments en moments, ceux-là mêmes que d’autres diront par « jour en jour ».

J’en préfère le pluriel d’un moment, plutôt qu’une durée singulière qui se néantise sitôt énoncée, parce que c’est dans le moment d’un instant qu’il est possible de ressentir tout le secret de la vie. On ne saurait, cependant, en discourir sans en disconvenir.

Il y a une vérité obsédante qui nous dérobe au mensonge le plus ingrat, c’est celle du vide.

Le mensonge a besoin de charpenter ses formules pour paraître crédible, tandis que le vrai se suffit à lui-même, dans sa faiblesse même. C’est là qu’il trouve sa force, dans ce vide inénoncé qui n’éprouve aucun besoin de se justifier, de se valider. La validité ne se justifie que par son extériorité ; de là toutes les incohérences qui renvoient à une sorte de mensonge, aussi vulgaire soit-il.

Cependant, c’est amusement, quand même, comme pour tout langage. Ici, ça fait langage linéaire, malgré son relief sonore. Il est linéaire en cela qu’il est plat, avec pour seul relief, l’horizontalité ; aucune profondeur réelle ; seulement un relief d’aspérité qui trahit sa contrariété. Rien d’autre. C’est cette contrariété qui produit le relief sonore. Seulement elle. D’où les immondices de l’amertume.

C’est cela qui forme les lois ; la contrariété de ne rien comprendre, qui ne trouve sa justification dans l’énoncé des lois. L’esprit des lois, c’est le chemin d’émergence de l’autorité.

Par nature, toute loi est autoritaire en cela que la nature n’éprouve aucun besoin d’indulgence ; seulement de se reproduire malgré tout, et coûte que coûte. Et pour mener à terme ce projet étrange, toutes les lois qu’elle peut exécuter lui sont comme nécessité vitale, alors même qu’elles n’obéissent qu’au principe de la force, plutôt qu’à celui du raisonnement ; pour cela que cette force est une démonstration de raisonnement.

Tout ce qui s’impose fait force de loi.

La force s’identifie à la bestialité par cela qu’elle s’impose ; et cependant, nous ne saurions y trouver un point commun universel avec l’homme, parce que c’est son humanité qui fait force de loi, et non la force qui fait la loi de son humanité.

La puissance de l’homme tient dans la faiblesse de ses organes, plutôt qu’à une excroissance particulière comme on la trouve dans le règne animal. Ni force d’éléphant, ni corne de rhinocéros, ni camouflage d’iguanes. Seulement le travail de ses méninges.

Mais, depuis longtemps, nous savons que l’apparence est trompeuse. C’est seulement maintenant que nous croyons en l’apparence. Et cela, parce que nous vivons dans la permanence de l’apparence sans comparaisons possible. C’est par cette absence, qu’on peut déterminer l’apparence. Tout ce qui est, l’est dans la mesure qui donne une signification dans une relation. Il appartient à l’espèce humaine d’être dans la démesure qui l’éloigne de toute signification. On en détermine une transcendance.

A voir les monceaux de cadavres qui jalonnent le chemin de l’humanité, toute transcendance ne trahit qu’un confort de l’esprit plutôt qu’un esprit visionnaire.

C’est pourtant sur le fleuve intranquille de l’histoire, que l’humanité trouve la cohérence de sa réalité, en cela que ce fleuve produit la réalité de sa cohérence. Et s’il y a mort, ce n’est pas par imprudence, mais par ignorance. C’est là, l’essence de la constitution d’une armée. La nature de l’ignorance est ennemie de l’être.

L’imprudent ne connaît pas son ennemi, par ignorance plutôt que par conviction. Et c’est cette ignorance qui le convainc de n’être ennemi de personne par certitude, alors même qu’il est traité sans ménagement par ceux-là qui le soumettent à l’ordre de leurs besoins. Et ceci est le seul ordre admis dont rend compte le système d’obéissance de l’organisation sociale.

On dit : c’est inégal ; ça ne l’est que dans la mesure où rien n’est égal.

C’est cette idée de démesure qui a conduit certain à l’appropriation du sol et de l’esprit, et qui s’en sont octroyés la vérité, par la force que la puissance de la possession de cette richesse abstraite qu’est l’argent, permet. Ceux, les plus nombreux, qui en sont exclus, n’ont la conscience que de leur mesure, sans se soucier un instant de la démesure dans laquelle ils sont plongés par ceux-là qui les soumettent afin, pour eux-mêmes, de jouir de la démesure de leur sentiment. On ne saurait les en blâmer sans devoir se révolter ; ni se révolter sans devoir vaincre, ou disparaître.

Argent ! Voilà ; le mot est écrit enfin. Mot indisponible qui éveille bien des convoitises et bien du mépris, par la nature de son objet même, celui là qui oblige à se convertir, non par croyance, mais par nécessité, qui recouvre une croyance que tout le monde admet, et bien que chacun en subisse son sacerdoce. Voilà la puissance, la conviction absolu sans devoir se soumettre à une religion particulière, parce que la plus universelle de toutes, celle qui contient la richesse la plus absolue : la grandeur qu’incarne la liberté dans le mouvement des foules impatientes.

Les paradis verts ont à jamais disparu, troués par une rafale de mitraillette. Depuis lors, un sang noir se répand dans nos esprits.

Il nous reste à fêter la Saint Barthélemy, en hommage aux égorgeurs malvoyants d’une époque mal consciente. Le sang d’alors se répand dans les caniveaux, se mélangeant à la merde de ses victimes. Depuis, il ruisselle à travers les chemins domestiqués de notre soumission, tant il est vrai que rien ne vaut l’apaisement, en rapport à la critique. Le saint patron des bouchés en rit pour autant qu’il y ait autant d’organe que de viande. On mange jusqu’à saturation, puisqu’on y croit ; puisque l’on confond les organes jusqu’à ne plus différencier le phallus et les tripes, le vagin et le cœur, l’envie et le désir. C’est organe d’excréments et de sang : le cœur se vide dans le vagin réglé pour remplir le vît d’un sperme fécondant. Et la ritournelle continue ; c’est le programme de la fécondation, celui de l’accouplement ; une bulle de sang qui ne saurait accompagner le fœtus, hors de sa procréation.

Le sang est vipère, comme le venin est orgasme...

C’est l’amour mort, tel qu’il est vécu aujourd’hui. C’est le sens donné à la vie, un giratoire qui ne tourne que sur la poussière qu’il répand, et fini dans l’impasse que la mort embrasse. Ca fait poussière ; poussière d’os. Plus de trace du phallus, ni du vagin. Dans la mort, l’amour n’est plus. C’est aussi que dans la vie, l’amour n’est pas parce que dans la mort, le coït de la vie disparaît sans laisser de traces.

On voudrait s’évader de son enfermement, mais la seule issue possible passe par la défenestration de notre inconscience. Il arrive qu’on ouvre la fenêtre, cependant. Mais, le vertige s’empare immanquablement de notre esprit. Ca fait glaciation, comme aux temps déraisonnables de nos origines. On ne saurait en accepter le retour, sans se nier, car deux millions et six cents ans ont été nécessaires pour qu’un Sapiens Erectus vienne désignifier la récurrence naturelle du vivant, depuis l’espèce la moins visible, jusqu’à l’espèce dont le tour de poitrine fait pâlir de jalousie la moindre midinette à l’égocentrisme ridicule, et qu’un Buffon a identifié comme étant l’espèce la plus signifiante du monde vivant, l’homme, que notre égarement réduit à la fonction humiliante d’une mécanique.

La mécanique des sexes a transcendé l’émotion éprouvée par nos organes. Nous ne sommes plus dans le désir chargé d’amour, parce qu’il n’y a d’amour que la sensation du désir, de sorte que l’on n’aime rien, chez l’autre, que son sexe, cet organe mou que notre émoi met en fonction.

Cependant, n’y a-t-il jamais eu d’amour ?

Ne va-t-on pas vers l’autre pour s’évader de son propre enfermement plutôt que pour lui offrir notre liberté...

Pareille à la colombe, nous enfermons l’amour dans la cage de nos angoisses ; on s’en empare afin de faire durer cet instant si merveilleux, dans l’espoir qu’il soit éternel. Mais, l’amour pour toujours ne pourra jamais devenir réel, par cela que la mort est inscrite dans la vie. Il y a du toujours dans le renouvellement, mais non dans la durée. Ce qui dure, ne tient pas ; ce qui tient, ne dure pas.

La mer se charge de son écume amère...

J’ai beau écrire, rien ne vient transformer mon discours par l’alchimie de l’optimisme. On s’inquiète pour moins que ça, c’est pourquoi il est sage d’être apprécié sans être connu ; une réputation véritable ne vaut que par ses pairs ; mais ceux qui la fondent et la défont ne sont lecteur que de leur seul caractère.

Point besoin de proposer du beau, seulement de la vulgarité, du marivaudage, de l’insignifiance.

Et demain ?

Pour demain, il n’y a goût que pour projet ranci avant même d’avoir effleuré l’impatience d’une idée, abîmé par un ailleurs que l’espoir à fait oublié, pour un maintenant sans réalité, parce que l’espoir transporte maintenant vers un futur inaccessible ; ça fait ailleurs oubli de maintenant sans rien en laisser paraître. Mais, finalement, qu’est demain si ce n’est la justification de l’infidèle certitude d’aujourd’hui...

Ce demain, existe-t-il seulement quelque part ?

Tout autant chargé d’inquiétude que d’espoir, qu’est donc ce demain qui ne contient que la parole de se vendre et que personne n’achète, à moins d’être une parole qui s’achète parce qu’elle n’est qu’à vendre... Demain n’est que le langage de ceux qui redoutent aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui vérifie le langage du demain de ceux d’hier.

Mais, jamais projet abouti à celui qui n’y verse que ses passions.

Paradoxe de l’écriture, demain n’est qu’un moment de nulle part qui ne devient que par le passé de sa réalité. Et ce mouvement du temps transforme cette réalité en passion, c’est pourquoi l’écriture n’est que l’approximatif d’un désir, et ne peut se vivre que sous l’orage de la tragédie. Il n’est pas de nectar qui ne se transforme en poison.

Il faut bousculer l’usage routinier du temps irréel, bousculer le contentement de la lourdeur ordinaire, afin de tenter parvenir à être ; et quoique dans cette tragédie qui échappe à toute maîtrise, cette passion ne peut se nourrir que de ce qu’elle accepte, et qui n’est, finalement, que l’usage routinier du temps mis en relief par son contentement.

C’est artifice. Rien ne vient naturellement, naturellement !

Comment différencier une passion de ce qui ne s’exécute que sous l’emprise de la morne quotidienneté, sinon le projet qui vient contrarier la routine... Et quoique la critique de la routine soit à la sagesse, ce que le poison est à la routine de la critique... La routine est une nourriture de l’esprit à laquelle on s’habitue, tandis que la passion est une conquête qu’aucun estomac ne sait rassasier. Voilà qui contrarie l’ébauche de toute critique. C’est qu’il manque à la critique, la nourriture de l’esprit qui la fortifie jour après jour ; trop frivole ; trop alerte ; rien de la critique n’arrive jusqu’à l’aurore d’un rêve ; seulement son crépuscule, avant même la lueur d’une seul lumière.

Le matin, comme tous les matins, est un matin peur, parce que sans vie ; je veux dire, par manque de vie. Non pas absence ou suppression de vie, mais par négligence. Ca forme abondance d’amertumes. Plus rien, alors, n’est compris, puisque rien n’est plus saisissable. Ca donne petit matin blême sous soleil blanc. C’est, cependant, dans cette condition qu’une extraction possible de certitude est à venir... A chacun de se l’entendre comme il lui convient, par mépris de l’autre ; ou à tous de se comprendre, par désir de soi... Au choix...

Il ne s’agit pas ici, de dresser un manifeste en vertu d’une sorte de quotidienneté ; rien n’est plus désolant que ce qui s’exécute sous la chape de plomb de la vie quotidienne. J’aspire à une transcendance, parce qu’aussi bien, mes fantasmes interdisent de me noyer dans la circularité de la vie quotidienne ; je navigue entre la rive de la raison et celle de la folie dans les eaux boueuses d’une sorte de vérité que bien peu acceptent d’entendre parce qu’elle n’a rien d’objective ; silhouette translucide, le mont St Michel n’effleure pas encore mes seins, malgré sa rive sablonneuse.

Dans mon enfantement, le ventre de la mer accouche de mon délice, pareil à un jardin merveilleux, et c’est heureux ; mais alors, pourquoi Cupidon s’acharne-t-il à mon évanescence ?

Hélas, le bleu n’influence pas le gris ; les nuages voilent la couleur du soleil, et la nuit reste fidèle à ses ténèbres. Allez pustules... Vous me frigorifiez de la présence de votre seul néant ; que voulez-vous me demander, que je n’ai pas, par défaut de vous voir offrir la misère qui m’appartient ? Que désirez-vous de ce choix indésirable ? Prenez-vous par vous-même ; n’ayant de moi rien que je ne puisse offrir, que le partage de mon rien.

Rien. Je ne veux rien. Je ne veux rien d’autre que le rien qui m’habille de la robe noire de mon néant ; c’est ainsi que je me conçois, travesti dans un habit pour femelles noires, transparent.

Je ne choisis rien de ma convenance autre que l’absence de toute convoitise ; En cela, je ne choisis rien, n’ayant rien à choisir, non parce que je suis dépourvu de goût, mais bien à son inverse, parce qu’il manque le goût qui pourrait séduire mes papilles. J’ai appris, il y a très longtemps, à transformer le vide en plaisir.

Danser sexe nu.

L’amour enferré d’aujourd’hui, n’attend que le détachement de ce qui le retient aux liens de son encerclement qui le frigorifie. C’est impossible priorité parce qu’impossible réalité, telle Madame de Clèves se prenant volontairement les pieds dans sa robe, afin de ne demeurer dans le lieu insoutenable qui la prive de ses désirs, sans paraître déficiente.

Nous vivons le monde, mais nous le vivons à l’envers du mouvement du temps qu’il nous impose. Maintenant, il faut mériter une promotion illusoire en fonction de notre aptitude à la recevoir, par la convoitise qui nous occupe, plutôt que par les soupçons de nos maîtres de nous en supposer indignes. Mais, c’est un juste retour, après une vieille répétition qui fait le temps vieillesse.

Le mérite d’aujourd’hui se remarque par l’évidence certaine qui soumet l’histoire par des moyens qu’elle ignore, et non par l’arrogance d’une jeunesse qui, alors, fit de la certitude, une sagesse inconfortable.

Il y avait la servitude ; il y a, maintenant, la soumission, enfer public qui ne connaît que le journalisme, cette idéologie de la vérité qui ne se véhicule que par la médiation d’une médiathèque ; déclinaisons d’idéologies qu’autrefois nous appelions fascisme ou stalinisme, et qu’aujourd’hui nous concevons comme communication. Sait adapter le mensonge, celui qui y trouve profit. Il y a une armée d’indésirables qui veulent être désiré.

Servir, voilà le maître mot. Servir par désir plutôt que par nécessité, afin de gagner la liberté dont nous sommes dépourvus par notre nature même, et que jamais nous n’obtiendrons, par notre nature même, puisque nous le refusons, par notre nature même, et dont l’une des composantes est le salariat, l’autre étant l’inquiétude métaphysique de vivre.

Cela fait système ; et tout système fait force de loi par son principe.

Alors, chaque instant marque son tempo par le tic-tac instrumentalisé de son angoisse intemporelle.

Le temps vient et va, et s’en retourne, et frappe l’arrogant devant une glace qui lui renvoie l’image de la crainte qu’il redoute.

« N’offrez pas votre corps à n’importe qui. »

Conseil attendu de ceux que la crainte oblige à faire n’importe quoi. Par évidence, nous offrons notre corps à n’importe qui, puisque nous nous retrouvons à marchander notre vie sous forme salariale.

D’ailleurs, il est inexact de parler d’offre, parce qu’on vend son corps, sa force, son temps, sa vie, pour une bouchée réelle de pain falsifié. Oh ! Là, scandale... Et alors ? Pour qui donc vous prenez-vous, vous qui convoitez l’objet de vos désirs inaccessibles, vous qui ne vivez que sur le principe de la privation, et sur le mode de la procuration permanente, et que vous justifiez par la charité que dicte le christianisme, à défaut d’accepter votre désinvolture ; que feriez-vous pour satisfaire à un désir inattendu, malgré la frustration attendu que produit la convoitise, qui va en s’accentuant, de ce désir trop attendu pour être assouvi sans brutalité ?

Le sang perle sur le front, et il neige dans les cœurs.

Ca fait beauté, les corps nus : homme, femme, il fait beau à l’ombre des sexes. Il fait chaud, au creux des reins. C’est fragile ; c’est semence ; c’est plaisir ; c’est goût, puis dégoût, et rupture... L’histoire se développe sans cesse par la suppression de son produit ; qu’est l’histoire, sinon le mouvement qui supprime tout ce qui contrarie la marche de son développement, jusqu’à mettre en péril le diagnostic vital de la planète. L’histoire n’a pas disparu ; les vallées de larmes ne sont toujours pas asséchées.

Décor nu. On y voit comme une sorte d’œuvre.

Mais, on ne va pas voir une œuvre, fut-elle artistique ; tout au plus, nous découvrons subrepticement, à travers l’huis de nos désirs, une sorte de courbure asymétrique qui la transfigure en portrait. On ne peut voir une œuvre ; toute exposition est insulte envers le langage artistique, parce que l’œuvre insupporte sa publicité. Qui ne voit dans son portrait, autre chose qu’un dégoût, peut se flatter de ne rien y voir que sa flatterie.

Cependant qu’il devrait être possible d’y évoquer Maïakovski, après que de savoir qu’on ne peut l’évoquer sans ruiner l’idée du monde de la représentation, et qui est celui que figure l’Art, parce qu’il a su traduire le monde de la publicité des marchandises par le dégoût que lui inspira l’hégémonie de l’appropriation, celle des bestiaux modernes que la marchandise traduit par humanité, comme la fin de l’art, par cela que le monde est devenu une œuvre d’art, une représentation, un spectacle, la matière première qui fût à l’origine de l’humanité, son absence, dont on savoure le résumé sur un écran de télé.

C’est excessif, parce qu’il n’y a d’humanité que l’absence de son expression.

Voilà qui fait comprendre l’excès. Saisir les choses et le monde par le manque plutôt que par l’abondance ; voilà qui fait ombrage envers une incandescence. De fait, une lueur traduit plus un leurrequ’uneluminescence ;c’estaussiqu’ilestrarede voir une clarté qui ne trahisse son ombre.

Je m’y installe, cependant, et quoique je n’éprouve de désir, que celui, bien fragile, d’être là parce qu’en vie. C’est ce qui fait moi, et entre moi et moi, il y a un monde qu’il est donné de ne pas ignorer. C’est aussi qu’on ne va jamais aussi loin que lorsqu’on est seul, devant son propre miroir, qui nous renvoie son portrait dénaturé ; C’est aussi cette défiguration qui me fait éviter la fréquentation d’indésirables. Voilà qui m’évite l’opprobre d’une déformation. C’est aussi que tout jugement ne sait naître que de l’incompréhension.

Comment, dans de telles conditions, l’autre viendrait à soi ? Et puis, une équidistance des relations est-elle concevable ? Il n’y a, là-dedans qu’une simple mesure respectueuse, plutôt que la possibilité de se comprendre. Mais enfin, on pourra toujours se demander ce qu’il y a à comprendre... Comprendre quoi ? ... Comprendre qui ? A quoi bon... Quelques fois, çà forme écriture. On écrit pour séduire, parce que l’on croit en l’autre, afin, sans doute d’enorgueillir son émoi. Cependant qu’il est bon de ne se résoudre qu’au peu que l’on maîtrise, plutôt que de succomber à résoudre l’adversité par défaut de se connaître soi-même, parce qu’alors, il revient au vainqueur la résolution du vaincu de s’être laissé emporté par sa passion, et quoiqu’il en ignore la cause.

Pourquoi l’autre viendrait à soi, sinon par besoin. Mais, rien n’est plus détestable que celui qui vient ainsi dans sa nudité ; c’est aussi qu’on déteste rien moins que celui dont on n’éprouve aucune envie, aucun besoin ; et cela, par envie et par besoin, évidemment. Cependant que la vie a besoin de la vie, hors tout besoin.

Le malentendu est contenu dans le sexe ; le sexe n’a aucunement besoin de quoique ce soit, parce qu’il est désir et non organe ; On l’éprouve par désir ou dégoût, mais non par sentiment. Ce n’est pas de l’organe dont il s’agit, mais de l’idée que l’on s’en fait, et qui nous fait homme ou femme, indépendamment de nos attributs. L’autre est sexe, comme je le suis, par le comportement. C’est justement ce que l’on redoute le plus, de soumettre le sexe à ses désirs plutôt que l’inverse ; et c’est cela que nous aimons, ce que l’on redoute ; Et nous aimons cela plus par culpabilité de ne rien ressentir pour l’autre, en regard du trouble qui s’empare de notre âme, que de ressentir le plaisir qui nous occupe, alors que l’autre reste de marbre. C’est là, certainement, le plus manifeste des crimes. Ca provoque séparation ; ça produit l’éloignement. Avec le temps, l’éloignement se transforme en conflit, épuré de sa violence. Mais, alors, qu’est-il bon de vivre ? Trois heures de plus que trois nuits, ou seulement trois minutes qui ne deviennent une éternité ?

En supposant l’instant comme expression de la vie... La vie, il faut en convenir, ne dure que l’instant de son éternité, lorsqu’elle est délicieuse, et qui s’oppose à l’éternité d’un instant, lorsqu’elle est accaparement, lequel n’est pas vie, mais captivité.

Le voyage de la vie est long et solitaire ; il est comme le marin dans une mer démontée. On le reçoit pour toute forme de puissance ; c’est alors que la loi s’en empare dans le but d’en réprimer sa liberté. Ca fait ordre, en lieu de l’énergie, et il nous dirige, par sa nature même, en nous maintenant dans les allées d’un couloir sans relief, enrobé d’espoir inaccessible qui tient lieu de conviction.

Le feu qui se veut débarrassé des impuretés de l’esprit de la vie, nous embrase alors, jusqu’à la disparition des consciences les plus avisées ; c’est paradoxe jusque dans la mort, à chaque fraction de secondes indéterminées.

Peut-être, nous faudrait-il ajuster la vie avec un fusil à lunette et un traité de cuisine, afin de maintenir à distance respectable tout ce qui fait écho de notre entourage recevable, à commencer par la nourriture, celle de l’esprit, mais aussi celle du corps. Je m’entends : il n’est pas lieu de convaincre ; on ne convainc jamais que ceux qui sont convaincus, comme ce que l’on est soi-même. Et cependant, nous sommes prédateurs plutôt que grégaires ; nous raisonnons avec des certitudes maintenues dans l’intestin et non par celles qui s’emboîtent dans notre cervelle. C’est ce qui fait notre cadavre exquis.

Alors, ça fait sexe. Tout ce qui touche à notre espèce fait sexe. Nous sommes une espèce sexuelle paradoxale, et jusqu’à présent, ce présent que l’on peut conjuguer jusqu’à demain, insurpassable.

Nous déjouons ce paradoxe par cela que nous savons transcender le sexe procréateur en sexe masturbateur, afin de faire des jeux de l’esprit, un plaisir pure, en place du résultat d’un énoncé intellectuel.

C’est le paradoxe du sexe, de ne s’épuiser que dans l’instant plutôt que dans son devenir.

Là, je propose par l’exercice, la preuve de la résolution de ce paradoxe : arrêtez-vous un instant, chère lecteur, sur un olibos choisi dans l’expression d’un de mes fantasmes, afin de prendre la pose qu’il convient et vous asseoir dessus, non sans l’avoir, au préalable, préparé à l’accueil réservé pour l’exercice qu’il propose. Il n’est pas d’olibos que l’on ne saurait introduire sans qu’il ne soit bien graissé, à moins d’en accepter une douleur masochiste dont le goût ne ruine en rien l’exposé. C’est alors qu’il est bon de se laisser pénétrer délicatement l’anus par cet objet contondant, dans un mouvement suave de va-et-vient. Le plaisir, immanquablement, vient, et monte, et remonte dans l’intestin, pour jaillir dans la colonne vertébrale, et s’épuiser dans un orgasme cervical. Après, on se repose, dans un repos bien mérité, en attendant de se mettre nu devant le soleil, absolument...

Se mettre nu, face au soleil, et fermer les yeux... Se laisser envahir par la caresse obsédante des rayons du soleil jusqu’à épuisement... Par un après midi d’automne oriflamme... Et, brusquement, se faire prendre par un vît transcendant qui recouvre l’épiderme de son cul ; affolante sensation déraisonnable qui meurtrit le plaisir de se sentir seul dans l’univers ; vertige insurmontable ! De ce sexe pénétrant, rien n’insuppose de penser que la Terre est la seule planète habitée de tout l’univers. Vertige de l’orgasme qui éclabousse le ciel étoilé de mille étincelles maladroites. En quoi cette hypothèse serait-elle moins crédible, moins imaginable que l’hypothèse inverse ? Effroyable perspective, peut-être, mais pour qui ? On m’accusera d’égocentrisme si j’en récuse la possibilité, et d’idéalisme si j’en conviens. Il faut, cependant, admettre que la Terre est au centre de l’univers humain, celui qu’on sait décrire, celui dont on tire la semence, celui dont la jouissance ensemence ; parce que c’est de la Terre que part toutes les hypothèses, et d’elle qu’elles sont vérifiées ou invalidées. Elle est comme l’oasis dans le désert cosmique, la seule où les sexes se reproduisent sans qu’une téléologie n’en vienne déterminer la raison, c’est-à-dire, une détermination, et donc, la finition. Ne pas admettre cet encadrement ne traduit qu’une galanterie de cocu.

On convient, généralement, que tout début possède sa fin.

Voilà une hypothèse qui ne s’est vérifiée que lors des grandes invasions, depuis la disparition des dinosaures, et jusqu’à la disparition de ceux que l’orgueil Blanc appela Indien, par mépris de les nommer.

Fonder une pensée sur la théorie de la téléologie est tout autant un leurre de l’esprit que son inverse, parce que, si toute fin détermine son début, rien ne prédispose un début envers sa fin. Il n’existe pas d’hagiographie qui ne fonde l’histoire.

Semblable à l’amour, qui s’achève dans l’orgasme, il y a fin dans un éternel recommencement ; non de la même manière, ni même avec les mêmes critères qui peuvent en déterminer sa véracité, mais toujours avec cette force brutale qu’il nous appartient, nous, espèce humaine, de maîtriser. Etrange libido qui contrarie nos sexes d’un mélange d’acide et de sucre, dans une violence adoucie par le plaisir de nos sens. Coït humide qu’un vagin, ou un anus, ou une bouche en désir peut inviter. Réceptacle du désir. Le pénis n’est qu’un muscle en force ; c’est au vagin ou à l’anus, ou à la bouche béante de désir, d’inviter, sinon à l’inverse, de feindre l’ignorance, entre gens de la même engeance, ou un refus froid entre gens que tout oppose.

Contrariété de l’amour, entre un sexe en demande et un sexe en désir, entre une bouche humide et l’objet quelle convoite, entre ce membre qui s’impose pour ce muscle qui dispose, où se trouve la voie navigable de ce paradoxe impossible à résoudre, malgré les formules de Zénon l’Eléate ?

Résoudre cet impossible solution par le refus de ressentir l’amour convenu... parce que l’amour, c’est autre chose ; c’est la confusion qui met nos organes en émoi.

L’amour est une infraction.

On entre dans le cœur par effraction, comme un virus s’installe imperceptiblement dans le réseau de son univers ; suave bonheur étrange... semblable à un viol nuptial, celui d’un sexe en désir qui veut conjuguer sa nature avec un sexe en demande.

Peut-être, changer la perspective de nos perceptions...

Toucher la peinture, regarder la musique, entendre la sculpture... Mais, nous n’osons pas toucher, par crainte de se voir inféodé à l’opprobre d’une vindicte ; nous n’entendons rien, par crainte de se retrouver témoins d’un opprobre impulsif ; voir quoi, sinon ce que l’on nous reprochera sous l’opprobre de l’envie... Il faudrait écouter la musique, regarder la peinture, toucher la sculpture ; Nous n’écoutons pas, nous ne faisons qu’entendre ; nous ne regardons rien, nous ne faisons que voir ; nous ne touchons qu’un vide par défaut d’effleurer un rien qui nous rempli d’effroi. Nous sommes comme nus, désemparés devant la chaire d’un amant qui nous offre son sexe brûlant, gonflé de désir à la lisière de l’orgasme. On n’ose s’en approcher. On reste spectateur. Nous sommes spectateurs de nos inquiétudes, afin de rester stoïques face à la pression de nos désirs. Nous sommes de chair devant une vénus en bronze, dévêtue. On devient marbre alors qu’on est viande. On appréhende le sexe par crainte d’être nu devant l’opprobre des mécréants. Nos muscles érectiles restent recroquevillés, fermés, éteints. L’odeur de nos sexes se flétrit à l’arrivée de l’hivers pubien.

La vie est un film d’émotion. Puis vient le temps de la réflexion. On accepte la vie après l’avoir désapprouvée, pour finir par imposer son approbation par refus d’y réfléchir plus encore. Et c’est tard, très tard, sans doute même, trop tard pour faire un marquage avec ses repères, et définir ses limites. Alors, ça fait censure plutôt que critique, et le mal est fait, non par son acte, mais par sa définition qu’elle impose comme acte de finition.

La réduction d’un esprit de synthèse, réduit la synthèse de l’esprit à son unité.

Ca fait vieillesse par censure de l’usure de nos organes. La vieillerie n’a rien à attendre de la vie, n’ayant plus d’avenir autre que celui de son seul espoir d’être la pensée d’une critique reniant la critique d’une pensée. Les commandes de la pensée ne sanctifient pas la sanction de la pensée. Elles ne font que censurer la pensée. Et l’on ne censure que ce que l’on redoute, la concurrence, qui n’entre en conflit que par cela qu’on la reconnaît pour n’être finalement que l’expression de sa propre pensée. On cherche son public ; lequel n’est pas acquis mais dispersé. Et quoique l’acquiescement ne soit pas soumission, mais l’espace d’un moment aussi rapide que celui qui peut embraser une paire de tours pour en faire une paire de bougies. On acquiesce, et puis l’on refuse ; mais alors il est trop tard.

La jeunesse de maintenant peut s’identifier à la vieillesse par cela qu’elle exacerbe l’usure du temps, non en cela qu’elle pourrait se trouver blasée d’une époque qu’elle crut connaître, mais par l’ignorance qu’elle exige de se croire absoute des temps qui lui sont antérieurs.

C’est aussi qu’insoumission de confidence, n’est que soumission d’insuffisance.

Alors, la nuit tard se fait silence, pense-t-on ; sauf pour ceux qui la dégustent avec un plaisir chaque foi renouvelée. C’est aussi qu’on ne renouvelle pas l’impossible ;

on le subit par défaut de connaître le possible.

Lorsque le soleil éteint sa lumière, mille petits feux d’arpège assiègent la peau comme autant de caresses nuptiales ; milles petits feux étincelants qui brillent dans les yeux, comme l’œil d’un faucon couvre la nuit. Mais, lorsque tout sera éteint, comme le suggère cette étrange petite créature qui s’approprie le sol et les consciences et que l’on distingue en cela qu’elle est humaine, que restera-t-il pour soi et nos progénitures, autre qu’un désert d’affolement ?

Refuser, rechercher la sagesse dans un peuple ou une histoire hypothétique... ; moins encore faire appel à un démiurge, fut-il Le Zarathoustra. Non, rien de cela, mais un appel vers des frères de misère, bras armés obsolète de la conscience. « Et alors, jeune gens de la famine, où donc se trouvent vos désirs ? Que faites-vous de l’amour tant convoité ? Que pensez-vous de la vie, sans l’amour ? » Sans l’amour, la vérité qui inscrit la vie est froide comme le marbre d’une pierre tombale ; sans la vérité, l’amour se réduit à un vaudeville inconsistant. Que devient alors le désir, sinon frivolité...

C’est aussi que la vie est froide comme la banquise lorsque l’amour se fait absence.

Se faire comprendre. Là, un phalanstère pour qui comprend plutôt qu’il désire. C’est peut-être la raison qui fait se recueillir sur son recueillement. En attendant, la vessie se remplit d’un alcool plein de vinasse, et c’est très désagréable. Mais, par ces temps troubles où il n’est même plus possible d’en appeler à l’alcool pour y trouver une sorte de vérité par la divagation de son esprit, tant l’autorité de l’Etat impose son dictat, une sorte de salubrité s’impose à son indisposition, afin de conclure à ses effets. C’est aussi que cette nuit, il fait bleu ; écrire nuit par temps bleu ; voilà qui assoupit. Savoir aussi se faire comprendre en cela qu’il faut s’adresser à des lecteurs, et non à des épluchures. Il fait bleu, cette nuit ! Il n’est rien, qu’un cénotaphe pour toute sépulture, voilà tout.

Balbutier dans une vie qui n’est que balbutiement, étant salarié, et pire encore lorsqu’on ne l’est que de peu, est troublant. Etre une vie faite du balbutiement de la vie. Combien de vies ont expurgé de leur balbutiement, leur inexistence ?... Plusieurs fois, sans doute.

C’est long à écrire, parce que difficile à faire comprendre. L’écrire comme vient l’envie de chier. Au fond, au plus près du fondement, la vie est très près des intestins.

C’est aussi que la colère demande de l’impatience pour dire le temps qu’il lui faille à s’expurger du sensible qui l’étreint.

à suivre...

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-  Lire deuxième partie



Publié le 13 décembre 2005  par Gilles Delcuse


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