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L’heure où grimacent les pendules roman de Gérald Massé (extrait)

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Romande Gérald Massé L’heure où grimacent les pendules (Les relais artistiques)

-  Introduction :

Qui ne s’est pas mis dans la peau d’un SDF en passant devant l’un d’eux ? Mais nous n’en percevons que la partie visible de l’homme. Derrière son visage de misère, se cache le mari, le papa, le fils ou l’ami qu’il fut ; et qu’il est encore pour lui seul. Dans L’heure où grimacent les pendules, roman écrit à la première personne, Gérald Massé raconte l’histoire d’un journaliste dont la situation s’écroule après son divorce et son licenciement. La rue devient progressivement son refuge. Au comble de la précarité, l’ultime fil le retenant à la vie est l’espoir de revoir son enfant. Au-delà de cette dégringolade, le destin de chacun de nous n’est-il pas dépendant de ce que nous en faisons ? Gérald Massé est journaliste et écrivain. Il a notamment publié : Chartres, un phare pour la Beauce (éditions Cristel), Profondeurs de champs (Lettrine éditions), Chartres la nuit (éditions Cristel), Le moine et l’athée (Libra Diffusio).

-  Extrait

Quel crime avais-je donc commis pour mériter pareille pénitence ? Étais-je pire que les visiteurs de cette cathédrale autour de laquelle je déambulais tous les jours, histoire de caresser des yeux la beauté ? La foi avait érigé de prodigieux édifices et aussi perpétré d’effroyables massacres. Elle n’avait pas l’exclusivité du bon. Du temps où j’avais des relations sociales, je connaissais des non croyants généreux et tolérants. Je ne me réclamais plus des leurs car j’avais quitté leur chemin. Mais je n’étais pas non plus le méchant bonhomme hirsute et puant devant lequel on quittait le trottoir, sur lequel on essuyait sa violence. Combien de traîtres, de menteurs, de faux-cul, de mesquins, d’égoïstes, d’immoraux, se promenaient en toute impunité autour de la cathédrale ? Autant qu’ailleurs, sans doute. Mais ici, nous, aussi différents que nous fûmes, tordions le cou à la bassesse. La hardiesse d’une ligne, la ciselure d’une sculpture nous tiraient vers le haut. Nous partagions un chef-d’œuvre. Pendant ces minutes volées à la misère je croyais en la foi des hommes sans laquelle le sublime n’aurait pas jailli de terre. C’est pourquoi ma route passait par là souvent, pourquoi je n’y avais jamais fait la manche. Je laissais les chats du portail nord se nourrir de la générosité en crevant les papiers gras pour dévorer les restes que les passants voulaient bien leur lancer derrière les grilles. Avec eux aussi, je traitais d’égal à égal : chat de gouttière, homme de caniveau. Sauf que les chats quand ils ne se sauvent pas reçoivent parfois une caresse. Sauf que les chats quand ils sont en danger se réfugient dans les arbres. Sauf que les chats ne souffrent pas de solitude. Du moins, je ne crois pas.

Emmuré dans la rue, j’avançais sans voir quiconque. Je perdais mon regard sur la vitrine d’un opticien en face de mon poste de quête. J’étais avec moi et c’était déjà de trop. Je craignais l’hiver car je savais qu’il y aurait dans les foyers la promiscuité avec d’autres paumés. Je ne voulais pas être récupéré par la société. Mais la faim mordit tant que je dus en passer par là. Je me suis attablé dans un monde de ventres creux où les gueules croquaient la nourriture et les bouches gueulaient l’infortune entre deux enfournements nourriciers. Un monde de cheveux sales et mal coupés, de traits creusés par l’air, de barbes tirées par la misère. Un monde de mains crasseuses et tremblantes, de regards rougis par la vinasse, de toux et de crachats chroniques. Un monde où je ne détonnais pas. Mon monde que je regardais enfin en face. Je m’aperçus que nous étions nombreux à peupler les rues. Qu’il y avait encore plus nécessiteux que moi. Et que ceux-ci se cachaient car je ne les avais jamais vus au détour d’une de mes pérégrinations. Chateaubriand l’écrivait dans ses Mémoires au lendemain de la Révolution : « Il est des degrés entre les pauvres comme entre les riches ». N’allais-je pas tarder à rejoindre le clan ultime ? (Pages 60 et 61).

L’heure où grimacent les pendules (Les relais artistiques), 110 pages, 14 euros (plus frais de port). Disponible au 06.87.21.29.72. contact : pierrelara@aol.com

-  Critiques

-  « Un vrai talent pour décrire une vie, pour dérouler une histoire hors du commun. Par courtes phrases d’une redoutable précision par le choix des mots, Gérald Massé nous entraîne dans le noir, dans le fond du fond avec un sens réel du détail et de la progression ». Willy Mérour (L’Action républicaine).

-  « Celui qui ne connaît pas l’auteur pourrait penser qu’il raconte son histoire ». Anne-Marie Puybaret, rubrique Coup de cœur du libraire (L’écho républicain).

-  « Une histoire forte qui se glisse dans l’indifférence ordinaire de nos villes pour révéler en chacun de nous ces faiblesses et ces regrets qui font la faille. » Philippe Chastanet (La République du Centre).



Publié le 7 janvier 2006  par torpedo


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