e-torpedo le webzine sans barbeles



DIDEROT moderne

Catégorie portrait
Il y a (20) contribution(s).

(JPEG)

A l’évidence cartésienne, Diderot préfère de loin la certitude expérimentale. Telle est toute la démonstration de cet ouvrage Pensées sur l’interprétation de la nature qui s’inscrit dans l’évolution « darwinienne » de la pensée des Lumières.

Elaborer une nouvelle méthode scientifique

L’oeuvre emblématique de l’esprit des Lumières débute ainsi : « C’est de la nature que je vais écrire. Je laisserai les pensées se succéder sous ma plume, dans l’ordre même selon lequel les objets se sont offerts à ma réflexion, parce qu’elles n’en représenteront que mieux les mouvements et la marche de mon esprit. »

Ces pensées de Diderot, qu’il présente comme une réflexion libre autour du problème de la nature, sont capitales, car elles prennent ici la réelle mesure des bouleversements épistémologiques et métaphysiques qui accompagnent la naissance des nouvelles sciences expérimentales de la vie et de la terre de son temps.

Dès le départ, le lecteur le comprend plutôt aisément, ces Pensées sur l’interprétation de la nature est un essai de très grande importance philosophique pour deux raisons : d’abord, parce qu’en représentant de l’esprit des Lumières, Diderot va proposer par ce texte, une étude épistémologique à l’aune de son matérialisme athée, ce qui est plutôt révolutionnaire pour l’époque, mais également, parce qu’il va tendre à définir ce que doit être une méthode scientifique rigoureuse, conformément menée aux principes nouveaux du XVIIIe siècle. En bref, repenser la méthodologie des recherches épistémologiques, en s’en prenant vigoureusement aux « systèmes » inspirés des mathématiques, à la manière de celui de Descartes, et leur opposer une nouvelle méthode scientifique qui s’appuierait sur l’étude des faits, voilà tout l’objet de cet ouvrage, et toute sa portée novatrice.

« Nous avons trois moyens principaux : L’observation de la nature, la réflexion et l’expérience. L’observation recueille les faits, la réflexion les combine, L’expérience vérifie le résultat de la combinaison. Il faut que l’observation de la nature soit assidue, que la réflexion soit profonde, et que l’expérience soit exacte. On voit rarement ces moyens réunis. Aussi les génies créateurs ne sont-ils pas communs. »

Se rendre comme maître et possesseur de la nature

Et si Descartes, par sa célèbre formule, « et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » appelait déjà de ses voeux une philosophie beaucoup plus en phase avec l’expérience, avec les réalités concrètes et matérielles auxquelles les hommes sont confrontés dans leur vie pratique, c’est-à-dire dans le cadre de l’action qu’ils exercent sur le monde et sur la nature, l’extrême modernité de Diderot résidera alors, dans cette grande bataille intellectuelle consistant a défier censure et autorité religieuse, à s’inspirer précisément des sciences, afin d’établir une métaphysique sans Dieu ni âme, ce que la philosophie cartésienne fut bien incapable de faire.

C’est donc, en bon précurseur de Lamarck, que Denis Diderot, fort de son habilité géniale, s’emploie à démontrer que les ratés de la nature prouvent que Dieu n’existe pas, et met à jour des découvertes qui à la fois contredisent le récit de la Genèse, mais également rendent compte des sciences de son époque, établissant là, une épistémologie d’une modernité sans égale.

Un essai fondateur de la pensée moderne

Ainsi, en cinquante huit chapitres, ces Pensées sur l’interprétation de la nature, essai fondateur de la pensée moderne, s’inscrivent dans ces nouveaux débats scientifiques, lieux de nombreuses controverses épistémologiques, où il s’agira, non loin de Darwin, de revoir la méthodologie scientifique et d’en préciser l’usage légitime. C’est-à-dire, établir une critique du modèle mathématique, démontrer que la philosophie expérimentale est supérieure à la philosophie rationnelle, et de par ce fait, disqualifier le rationalisme cher à Descartes, afin de valoriser l’observation, l’expérience et les faits.

Cet ouvrage, enrichi d’une introduction à la fois très claire, et très pertinente de Colas Duflo, jouit également de nombreuses notes. On trouvera avec beaucoup de plaisir, reproduit en Annexe de cette édition, les textes auxquels Diderot invite constamment le lecteur à se reporter, tels : le « Premier Discours » et l’ « Histoire de l’âne », extraits de l’Histoire naturelle de Buffon, ainsi que « l’Essai sur la formation des corps organisés » de Maupertuis.

Denis Diderot Pensées sur l’interprétation de la nature, Editions FLAMMARION, Collection GF, 2005, 256 pages, Catégorie K



Publié le 8 janvier 2006  par Marc Alpozzo


envoyer
commenter
imprimer
sommaire
Forum de l'article
retour haut de page


Si vous appréciez le e-torpedo.net
participez à son indépendance, faites un don.

Contrat Creative Commonsdri.hebergement
Réalisation et conception Zala . Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP sous license GNU/GPL.
© 2005 e-torpedo.net les articles sont à votre disposition,veillez à mentionner, l'auteur et le site emetteur
ACCUEILPLAN DU SITEContact Syndiquez le contenu de ce site Admin