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Hugo Chavez n’est pas antisémite, il est catholique par Jean-Luc Mélenchon

Catégorie politique
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La lutte contre l’antisémitisme est un combat sérieux.

Sa réussite engage des principes fondamentaux de la pensée humaniste. Le bilan du laxisme et des complaisances en la matière a fait minuit dans le siècle précédent. Il ne saurait être question de laisser ce combat être dévoyé pour de basses opérations de propagande politique au service de causes douteuses. C’est pourtant ce que vient de faire le journal « Libération ».

Je vous demande de vous procurer le numéro daté du lundi 9 janvier pour vous faire votre propre conviction. Il s’agit d’Amérique latine. Je ne parle pas du récit sexiste de la page 4 (« Fraîche et décontractée, tailleur élégant, bleu foncé à liserés beiges, Ségolène Royal a été accueillie à l’aéroport de Santiago du Chili par l’ambassadrice de France »). Ce n’est que de la gestion de produit dérivé.

Voyez page 7.

Un grossier publi reportage contre Chavez. Mise en page, titraille, contenu du texte tout est de la propagande comme l’ambassade des Etats-Unis aimerait que ses succursales en produisent davantage. Le titre : « le credo antisémite de Hugo Chavez ».

Il est impossible en lisant cette page de comprendre qu’il s’agit d’une campagne de propagande montée à partir de cinq phrases dans un discours de Noël de Chavez.

Au contraire tout pousse à croire qu’il s’agit d’un discours global, construit ad hoc, bref un véritable "manifeste", un credo comme dit le journal. Tout le montage de la page met en scène cette lecture particulière. En haut, sur la moitié de la page, Chavez en photo les mains ouvertes comme pour une prière, les yeux vers le ciel. Légende « le président Hugo Chavez lors d’une conférence de presse après le 15éme sommet ibérico américain, à Salamanque, le 16 octobre 2005 » Vous vous dites « ah bon ? Il a fait un discours antisémite à ce sommet ? ».

La déception vous serre le cœur. Vous pensiez soutenir un alter mondialiste vous trouveriez un raciste.

Le sous titre vous pousse encore vers cette perception. Il barre toute la page : « Inquiétudes de la communauté juive après un discours du président vénézuélien. » Vous pensez évidemment que ce discours au sommet ibérico américain doit être clairement très antisémite pour qu’il soit rapporté comme tel puisque de très nombreux témoins honorables en ont été témoins.

Ca tombe bien c’est ce que proclame le gros titre sur 4 centimètres de haut : « Le credo antisémite de Hugo Chavez ». Sur 32 centimètres de mise en page, l’article proprement dit fait neuf centimètres...

Tout le reste est de la mise en scène.

Si vous ne lisez pas l’article mais seulement les titres, vous serez encore sollicités par la reprise en caractères gras et rouges : « Chavez sera aussi un des premiers chefs d’Etats à recevoir « début 2006 » le nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad, celui là même qui a appelé à rayer Israël de la carte ». Vous pouvez en déduire que c’est par appui à cette provocation criminelle que se situe l’accueil du Président iranien par Chavez, comme une approbation. C’est fait pour. Mais si soudain vous vous demandez si tout ça ne fait pas trop, d’un seul coup qui était si bien caché après sept ans de pouvoir malgré deux tentatives de coups d’état, les questions surgissent, le montage de propagande vous saute aux yeux. « Un des premiers à recevoir Ahmadinejad » ?

-  Mais qui sont les autres ?
-  Et les suivants ?
-  Et qu’est ce qui est dit dans ce discours, ce credo antisémite ?
-  Et quelle est cette « communauté juive » qui exprime son inquiétude après ce discours ?

D’abord le discours.

Il s’agit d’un passage à l’intérieur d’une allocution "lors d’une visite dans un centre d’hébergement de réinsertion de personnes sans domicile fixe à Miranda, dans l’Etat de Zulia." comme le rapporte le journal « Le Monde ».

Prononcé le soir de Noël, par le catholique pratiquant qu’est Chavez s’adressant à d’autres catholiques pratiquant, des très pauvres, la nuit de Noël. Retransmis comme la plupart des discours de Chavez sur la télévision nationale, on peut aller le lire sur le site Internet du ministère de la communication du Venezuela. Voici l’intégrale du passage incriminé, l’intégrale du discours « antisémite » de Chavez, de son « credo » : cinq lignes ! Version originale pour ceux qui lisent l’espagnol :

"El mundo tiene para todos, pues, pero resulta que unas minorías, los descendientes de los mismos que crucificaron Cristo, los descendientes de los mismos que echaron a Bolívar de aquí y también lo crucificaron a su manera en Santa Marta, allá en Colombia. Una minoría se adueñó de las riquezas del mundo, una minoría se adueñó del oro del planeta, de la plata, de los minerales, de las aguas, de las tierras buenas, del petróleo, de las riquezas, pues, y han concentrado las riquezas en pocas manos : menos del diez por ciento de la población del mundo es dueña de más de la mitad de la riqueza de todo el mundo y a la... más de la mitad de los pobladores del planeta son pobres y cada día hay más pobres en el mundo entero."

Traduction (de votre serviteur, qui a l’honneur de parler couramment espagnol, lui) :

"le monde contient de quoi pour tous. Mais il se passe que certaines minorités (au pluriel dans le texte original), les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants des mêmes qui ont chassé Bolivar d’ici et qui l’ont aussi crucifié à leur manière à Santa Marta là bas en Colombie, une minorité s’est emparée de la richesse du monde, une minorité s’est emparé de l’or de la planète, de l’argent, des minerais, des eaux, des bonnes terres, du pétrole, des richesses et ils ont concentré les richesses en peu de mains : moins de dix pour cent de la population du monde est maîtresse de la moitié de la richesse de tout le Monde et a la ...plus de la moitié des populations de la planète sont pauvres et chaque jour il y a davantage de pauvres dans le monde entier »

A l’évidence, la référence à « ceux qui ont crucifié le Christ » est allégorique.

Le mot "les descendants" s’entend ici clairement au sens figuré.

C’est un vieil usage du christianisme de gauche que d’identifier ceux qui ont crucifié le Christ aux puissance de l’ordre établi, de la domination et ainsi de suite. Au cas particulier du discours de Chavez c’est d’autant plus éclatant qu’il évoque ensuite « ceux qui ont crucifié » Simon Bolivar. A moins que quelqu’un prétende aussi accuser les juifs d’avoir « chassé Bolivar » et de l’avoir « crucifié à leur manière » !

La référence allégorique est typique de la théologie de la Libération dont Chavez est un adepte (ainsi que Lula au Brésil).

Le coeur de cette doctrine est "l’option préférentielle pour les pauvres" dont la figure du Christ est l’expression pour qui la libération dans la société des chaines de l’égoisme passe par la rupture des chaines de l’argent. En témoigne la suite de la harangue du président Vénézuélien qui est elle aussi typique du vocabulaire des adeptes de cette théologie telle qu’elle est prise en charge dans les milieux révolutionnaires depuis les années 80.

« Le Monde » rapporte :

"Dans ce discours, Hugo Chavez a également célébré "Jésus, le commandant des commandants des peuples, Jésus le justicier (...), le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste", avant de conclure : "Plus que jamais le Christ nous manque."

Voila pour le fameux soi disant "credo antisémite".

Quant à la communauté juive évoquée globalement par le titre, de qui s’agit-il ? Du centre Simon Wiesenthal pour l’Amérique latine... Ce n’est pas rien. Mais ce n’est qu’un point de vue parmi d’autres dans la communauté juive latino américaine et à plus forte raison dans les institutions représentatives mondiale de la communauté.

Ce n’est donc pas le point de vue "de la communauté" comme prétend le représenter trompeusement le sur-titre de "Libération".

Dès lors, n’est-il pas disproportionné, quoique parfaitement conforme aux demandes des Etats-Unis en la matière, de demander aux Etats latino américains, sur la base de ces cinq phrases de logorrhée christiano-révolutionnaire d’une nuit de Noël de bloquer le processus d’intégration du Vénézuéla au Mercosur (rien que ça !) alors qu’il s’agit d’un tournant décisif dans l’histoire de cette partie cruciale du continent ?

En utilisant des méthodes manipulatrices de cette nature pour harceler Hugo Chavez, le journal « Libération » veut discréditer le gouvernement démocratiquement élu du peuple Vénézuelien parce qu’il se situe dans une orientation de gauche altermondialiste.

C’est parfaitement son droit en tant que journal d’opinion libérale. Mais il utilise frauduleusement pour cela une référence qu’il usurpe. Ce faisant il porte à la lutte contre l’antisémitisme un mauvais coup dangereux dans ses conséquences. On sait depuis la fable d’Esope qu’il ne faut hurler au loup qu’à bon escient. Sinon, à force d’y crier sans raison, ou d’appeler loup une bête qui ne l’est pas, on désarme la vigilance et la réactivité. C’est cela faire le jeu de l’antisémitisme.

site : Jean Luc Melenchon

source : Altermonde.le village



Publié le 10 janvier 2006  par torpedo


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