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Mylène et les mille déraisons

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(JPEG) Quand une femme prend la prose, la poésie s’éveille. L’éros sort de son mutisme, le corps blanc suinte l’érotisme. Les mots noirs éclairent le corps langagier et, si la matière se tort, ce n’est pas de rire mais de plaisir.

Dans ses « proses poérotiques », Mylène Koziel explore les genres humains et littéraires. Une écriture du vide, de l’absolu, pour un éclatement du désir féminin, meurtri, sensuel. Une écriture des extrêmes, une parole hermétiquement limpide pour un recueil de textes composé décomposé, un univers de l’oxymore opiacé. Elle parle, cette femme qui à conscience du con qu’elle étudie avec science.

Elle se drogue, elle se cherche, elle s’happe elle. Très pro, au fond, elle ausculte le profond, en équilibre sur un fil qui trace la frontière entre le sain et le malsain, entre le sein et le vagin. Les couleurs s’emmêlent sur sa palette : le noir de la nuit, le blanc du lit, la touche amère d’un bleu vétiver... Elle met en scène le corps de sa langue, la danse déca-dense qui l’anime sur un rythme rock’n’roll où le Verbe est un fripon cavalier.

L’accélération du pouls occupe l’espace ; les beaux parleurs halètent, les virgules hoquètent : Aristotrash n’en fait qu’à sa tête. Les jeux ne sont pas interdits, vous l’avez bien compris. De mots, de masques, de plaisirs, ils profitent de la moindre faille pour se glisser dans les draps en papier. Le désir est là, en bas d’une page cornée. Mylène Koziel dénude le signifié. La femme s’élance, prête à croquer le mâle, dans son être qui a mal. L’Autre, l’Homme, n’est qu’un moyen pour assouvir la faim. Fin de la love store machin.

L’âme est aux mots, l’homme est KO. Il ne se relève pas de la voiture cabossée où Mylène l’a installé. Encore tout penaud de s’être fait lécher, encore plein de coke dans le nez, il n’est qu’un fond de théâtre érotisé, un cyclorama délavé. L’ébouriffée déjantée (la fille, pas la voiture) lui reproche son venin, sa flèche empoisonnée. Pleine d’un « white paradise strobo orgasmique » la pseudo vestale l’abaisse, le repousse, l’expulse, le lape. Il gémit. On le comprend.

Le désir, étymologiquement parlant, c’est le regret d’un astre disparu. La définition n’a jamais été aussi contemporaine.

Proses poérotiques, Mylène Koziel, manuscrit.com, 2002, 58 pages Mylène Koziel est décédée en juin 2003.



Publié le 6 janvier 2005  par Séverine Capeille


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