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Contre-mémoire Vème partie

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Il n’existe pas de solution

Qui puisse définir le bien

Et le mal.

Parfois, je regarde ma main, j’observe mes yeux et j’appréhende ma nuit, non par son pointillisme, mais par son fauvisme. La nature des choses de la nature que l’on observe, donne à l’art une perspective surréaliste, parce qu’il y a là dedans comme une sorte d’odeur que l’on peut redouter. Pour rien, sans doute, mais si olfactive qu’elle envahit son âme jusqu’à faire frissonner la colonne vertébrale. Un quelque chose qui se conjugue quelque part, alors même que plus rien ne saurait se conjuguer, par cet effet que nous vivons au cœur du monde de la séparation, cependant que nous nous contraignons à nous croire en sa périphérie ; laquelle ne préoccupe guère que ceux dont tout le souci est de feindre n’être préoccupé en rien, alors que par cette dérobade, ils s’y trouvent submergés.

Cependant, il est possible qu’il n’y ait plus rien à conjuguer qu’un rien bien près du néant, vis-à-vis de son propre néant. Un rien à l’odeur avariée.

C’est là, dans ce genre de condition, comme par un étrange et soudain miracle, que surgit entre mes mains, un petit condensé de la pensée fondamentale. De celle que j’estime comme fondamentale. Ca s’est passé l’ors d’une de mes énièmes soirées d’oublis, entre l’inaperçu et le probable. L’auteur est un connu très secret : August Cieszkowski ; ses prolégomènes, plus encore dans le méconnu.

C’est aussi, il est vrai, que la notoriété d’un Nietzsche m’a déshabitué des références aux particules qui distingua un Beethoven d’un Mozart. Aussi, serait-il plus exact, bien que fort peu vrai, de lui assigner la particule qui le distingue par son rang social, baron Von Cieszkowski.

C’est aussi qu’il me plaît de toucher à l’essence d’une pensée, et non à sa vulgaire notoriété.

Chez Cieszkowski, on touche au sublime.

Toute particule ne sert que le général, de sorte que pour se distinguer, aujourd’hui, de la masse du général, il faut ne pas apparaître, ou si peu que cela ne se conçoive que comme improvisation. C’est en cela que l’observation de mes mains, leur surface chaotique, me prédispose à invoquer un tel auteur.

Il me plaît d’observer mes cratères ; d’en décortiquer mes sulfures ; d’y ruminer mes confidences, comme on digère sa cervelle. C’est cela que j’ai rencontré chez Cieszkowski.

« Je ne vais jamais aussi mal que lorsque je vais bien. »

Voilà qui peut sembler insensé à l’oreille chaste, celle qui ne connaît du bien que son bonheur positif, en rejetant ce qu’elle croit être négatif, sans se soucier un instant du sens que les idées recèlent. Cependant, il ne saurait être question d’inverser la formule sans tomber dans le piège de la légèreté de la dialectique. Trouver la force en soi de combattre ce qui nous assaille, voilà le bien suprême, celui qui fait de l’homme un être vigoureux, et non un rampant vaincu de n’avoir jamais combattu. Un être vigoureux, comme le ver de terre ou le serpent, si proches de la terre, et non comme l’animal qui croit dominer parce qu’il se tien debout.

Je me sens proche de la terre ; que dis-je, j’aime à m’y sentir enseveli, comme on porte un manteau très chaud, afin de combattre les rigueurs de l’hiver. Je me sens souterrain.

C’est cela même, je me sens comme un voyageur souterrain, qui cherche à décortiquer ce que l’œil ne voit pas.

Je parcours mon souterrain, comme les rats parcourent les catacombes. Je ne recherche rien. Je suis bien, là où je vais, et cela seul importe. Qu’aurais-je à faire avec la recherche d’un soi hypothétique qui ne trouve son sens que dans l’enfer qu’habitent ceux qui se croient au-dessus de ma tête, parce qu’ils confondent l’air irrespirable qu’ils produisent chaque jour, avec la droiture de l’esprit que l’on ne peut rencontrer que dans l’alcôve de son propre secret.

Je n’invite personne dans mes catacombes ; personne qui n’en soit digne. Et je le dis avec toute la franchise que la morale réprouve. Je n’ai que faire des jugements, même des plus obséquieux. Je ne ressens pas le désir d’un grouillement qui s’agiterait autour de moi, à l’inverse d’un führer, qui ne jouit qu’en cela. I

l s’agit de mon univers, et je le veux vierge de toute pénétration autre que celle que je désire inviter.

Faire en sorte de rendre son univers inviolable, voilà bien le début de la sagesse chère à ceux qui savent bâtir des empires millénaristes.

Je me veux impénétrable, c’est pourquoi je m’efforce d’être dans l’absence d’un public que je réprouve, celui dont l’essence se résume à être spectateur, et qui trouve toujours le méchant mot envers celui qui cherche à se rendre maître de son destin. C’est pourquoi je m’efforce d’être inutile ; et c’est cet effacement de mon usage qui fait ma force, par cela que semblant inconsistant, je suis, pour celui qui convoite ma force de travail, plus fluide que le fluide le plus fluide.

Je traverse mes âges comme si je n’en avais jamais eu. C’est ainsi que je ne ressens pas en moi, la faiblesse d’un âge qui me brise, mais la force d’une conviction que le temps m’a offert.

On ne s’étonnera pas que cette position m’a beaucoup desservi auprès de la jeunesse soumise, puisque aussi bien, je me vois vieux dans quelques siècles. Il faudra du temps, pour que le repas de mon écriture puisse être apprécié avec justesse, et non déprécier par ceux dont tout le goût se résume à avaler les sucreries du monde marchand.

Cela me dessert auprès des vieux, qui préfèrent oublier leur jeunesse, et auprès des jeunes, qui préfèrent ignorer leur déjà vieille histoire.

Etre un rien parce que rempli d’esprit, afin de trouver la satisfaction d’exprimer son vide : le bonheur parfait.

On ne pourra me faire le procès de porter jugement sur les autres ; c’est que je ne parle de personne en général, afin de mieux parler de tout le monde en particulier.

Il m’est plaisir de parler, même en mal, mais non pour qui que ce soit. Je me définirais volontiers comme une sorte de misanthrope éclairé. C’est une question de temps, ou plutôt, de sa rareté.

Je méprise autant ce monde odieux dont la réalité oppresse, que le monde idéal qui jusqu’ici, a servi de refuge aux âmes pures, contre les infamies de la réalité. Je ne veux être ni rêveur, ni voleur. Je veux bâtir l’auteur de mes écrits.

Quel temps pourrais-je alors consacrer à l’impétueux qui, par ses présomptions, tenterait de briser ma certitude, par cela que sa nature l’indispose à n’en avoir aucune ?

L’écriture est un jeu excessif. Elle n’est cause en rien du bouleversement de l’esprit.

J’aime ne parler de personne, parce que j’aspire à parler de tout le monde, ai-je déjà prévenu. Non que je désire éveiller, par-là, telle candeur ou tel soupçon, parce qu’il s’agit de l’esprit des êtres ; l’esprit de chacun face à lui-même.

Soi, seul, devant l’absolu de son propre miroir.

La nudité de sa peau craquelée, étalée devant ses propres yeux désabusés, ou l’éblouissement que procure nos propres illusions, au beau milieu du centre du monde, c’est-à-dire nulle part, puisque étant partout où chacun se trouve.

J’expose mes malentendus ; voilà qui me protège de la promiscuité des esprits troubles, et quoique je ne sois pas maniable par cela que je suis inexploitable.

Je ne sers à rien, et j’ai le privilège de le revendiquer.

Cependant, il est loisible de provoquer mon discours, et quoique la plupart se cognent immanquablement contre la borne de l’inexploitation de mes fragments. C’est aussi que je ne sais discourir que dans ma solitude. Toute confrontation m’indispose par la stérilité des propos qui en émerge. Evitez-moi, voilà qui me renforce ; approchez-vous de mon champ de mines à fragmentation, et je me disperse. Vidé de son breuvage, la plus belle des bouteilles n’est qu’un morceau de verre. Je me refuse à démontrer quoique ce soi que l’autorité d’un pouvoir trouve exact ; je m’en voudrais de tout béotisme, comme de toute interpolation. Condenser sous quelques formules élégantes, c’est-à-dire lapidaires, les rites sexuels qui lient ou délient la pacification qui unit les êtres embaumés, c’est tout l’objet de mon écriture ; n’en cherchez pas d’autre.

Comme pour chacun, je ne retiens que les mots qui servent le confort de mon esprit, parce que j’aime l’assurance que m’impose la paix, même au prix du mensonge, plutôt que l’adversité, même au prix de la vérité. C’est bien ce qui anime l’esprit de mes contemporains, et quoiqu’ils redoutent l’avouer. C’est aussi qu’à défaut de connaître l’esprit du confort, chacun s’arrange avec le confort de son esprit. A chacun ses petites manigances pour survivre. Moi, j’ai les miennes. Et je vous dis qu’elles ne me déplaisent pas, bien qu’elles n’offrent aucune liberté tangible. C’est juste une manière de se sentir, dans un monde qui a supprimé jusqu’à l’olfaction.

C’est pourquoi, il m’arrive le soir venu, de regarder ma main, celle qui écrit. J’y observe les rides qui la traversent, comme autant de balafres qui témoignent de l’aspérité des ans. C’est ainsi que chaque nuit ne fait qu’accentuer mon vide. Un vide provoquant, à la lisière du gouffre au fond duquel gesticulent les bacchanales du sexe.

« Les poètes lèvent des mains

où tremblent des vivants vitriols,

sur les tables de ciel idole

s’arc-boute, et le sexe fin

trempe une langue de glace

dans chaque trou, dans chaque place

que le ciel laisse en avançant.

Le sol est tout conchié d’âmes

Et de femmes au sexe jolie

Dont les cadavres tout petits

dépapillottent leurs momies. »

A.Artaud

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Publié le 22 janvier 2006  par Gilles Delcuse


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