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Une attaque imminente contre l’Iran.Quelques réflexions sur le discours de Jacques Chirac et l’approbation de Laurent Fabius, par Danielle Bleitrach.

Catégorie politique
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20 janvier 2006

A l’inverse de Fabius [1] , on peut ne pas apprécier cet appel "aux armes"de Jacques Chirac. [2]

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S’ il y a une menace réelle, concrète, face à laquelle le chef de l’Etat doit prendre des mesures et son devoir est de l’expliquer au citoyen français .

Certes il y a des données qui relèvent d’une stratégie dans laquelle on ne peut pas tout exposer, mais là c’est le flou total. Cette intervention en première lecture paraît un effet de manche où Jacques Chirac tend dans le cadre de problèmes politiciens internes d’acquérir une stature que des événements récents, autant que sa rivalité avec Sarkozy n’ont cessé d’affaiblir. Si tel était le cas ce serait d’une grande médiocrité.

Car toujours à l’inverse de Fabius, on voit que cela ne sert qu’à entretenir le brouillard sur ce qu’est réellement "le terrorisme".

Soit il s’agit d’une menace que feraient peser des groupes clandestins plus ou moins reliés entre eux et cela relève d’un travail de police, pas de l’usage de la force militaire, voire même nucléaire.

Soit il s’agit d’un autre Etat qui serait à l’origine de la menace et le moins que l’on puisse faire est de définir l’Etat et la nature de la menace réelle qu’il fait peser. Comme rien de tout cela n’est précisé, il s’agit d’une simple manipulation des peurs, ce qui est anti-démocratique sur tous les plans puisque le citoyen est privé de sa capacité de juger du bien fondé d’une aussi grave décision.

Et de surcroît si on analyse le contexte international, on ne peut qu’être alarmé sur le sens d’une telle intervention.

Le contexte international :

On peut le brosser à gros traits et il mériterait qui bien sur d’être chacun analysé d’une manière plus complète.

D’abord mesurons les résultats d’un certain nombre d’interventions qui ont lieu dans le cadre affirmé d’une lutte contre le terrorisme. Le gouvernement des Etats-Unis, justifiant (plus que répondant) une politique décidée de longue date sur la recomposition politique du Moyen-Orient pour s’en attribuer les ressources, ont à partir du 11 septembre manipulé les citoyens nord-américain et le reste du monde sur le danger que représenterait d’abord l’Afghanistan puis l’Irak. Si en Afghanistan, ils ont pu obtenir l’aval des institutions internationales et l’organisation d’une large coalition à laquelle participaient la France et l’Allemagne, en Irak on le sait ils ont agi en violation de toute décision internationale avec une coalition réduite à des complices. La France s’est alors honorée par son attitude même si premièrement elle n’a pu empêcher l’invasion et si la légalité internationale s’en est trouvée durablement affaiblie.

Sur ce plan là on peut dire qu’il y a eu montée en puissance de ce fait d’une dictature internationale et la perpétuation d’un état de guerre généralisé.

On s’aperçoit de plus en plus que cette dictature en puissance des Etats-Unis base son action sur le mensonge, non seulement il n’y avait pas les armes de destruction massive, mais encore les prétextes moraux invoqués comme faire le bonheur du peuple afghan ou Irakien en les arrachant à une dictature apparaissent comme une hypocrisie manifeste. La sécurité internationale n’en a pas été améliorée mais au contraire. Et le discours de Jacques Chirac sur la montée des menaces ne fait que le confirmer. Les conséquences en sont globalement négative tant pour les pays concernés qu’au plan international. Sur ces deux plans il n’y a pas eu développement, amélioration de la situation économique et sociale des peuple, y compris occidentaux, étatsunien en particulier, et encore moins du Tiers-monde, ni de la sécurité, ni de la démocratie mais la situation s’est aggravée.

Loin d’en tirer leçon et de changer radicalement d’orientation, le gouvernement des Etats-Unis poursuit dans cette voie criminelle et tourne son dispositif vers l’Iran.

Disons tout de suite que l’affirmation qu’il y a une menace de ce côté-là n’a rien de convaincante. Sur le fond, l’argument de la non prolifération est irrecevable parce que basé sur une discrimination intolérable non seulement entre l’Occident et le reste du monde, mais également entre alliés vassaux des Etats-Unis et pays voulant protéger leur indépendance.

De surcroît, il parait normal dans le cadre de l’épuisement planétaire des ressources pétrolières d’un pays qu’un pays producteur de pétrole se donne les moyens pour un avenir proche de se doter d’une source d’énergie plus durable.

Entériner au nom de la non prolifération une telle interdiction reviendrait à accepter, les ressources épuisées, un sous développement dramatique. On nous affirme qu’à cette occasion, l’Iran développe une énergie nucléaire militaire, mais pour le moment le dossier ne paraît pas plus évident que celui des armes de destruction massive en Irak. L’iran affirme qu’il n’en est rien et un certains nombres de spécialistes lui donnent raison. Cela dit même si cela était le cas pourquoi la France aurait-elle comme le proclame Jacques Chirac le droit de se protéger d’une menace largement hypothétique en l’état par le nucléaire et alors que l’Iran n’aurait pas le droit de le faire alors que la menace est cette fois tout à fait réelle et à sa frontière ?. Parce que nous sommes les "bons" et eux les "méchants" ?

Car en fait c’est bien le fondement d’une politique impérialiste qui ne cesse d’engendrer des catastrophe, le partage manichéen en deux camps, "nous" les bons et "eux" les méchants. Pour ce faire il est utilisé le quasi monopole médiatique dont jouit l’occident pour nous convaincre que non seulement nous avons le droit de piller les ressource, d’attaquer des pays, mais encore que ce faisant nous ne défendons pas les seuls intérêts d’une poignée de rapaces mais ceux de la morale. La stigmatisation des dirigeants, le malheur qu’ils imposeraient à leur peuple et leur caractère autocratique, voir l’antisémitisme devenu signe de "la communauté de la haine" sont utilisés pour brosser le tableau d’un nouvel Hitler. Mieux on retourne l’agression bien réelle subie par ces peuples et ce depuis des siècles en volonté menaçante dont nous devrions nous prémunir. Comme au vu du rapport de force réel tant sur le plan économique que sur le plan militaire, la menace n’est pas crédible on la fantasme en décrivant un ennemi haissable, quitte à mentir comme on vient de le constater récemment avec le texte tronqué sur les propos de Chavez.

Il est à noter que la toute récente intervention de Ben laden menaçant les Etats-Unis prend désormais des aspects caricaturaux dans la mesure où non seulement le 11 septembre a fourni le prétexte d’une politique décidée auparavent, mais désormais chaque intervention parait intervenir "à la demande", à la veille de la réélection de Busch comme aujourd’hui celle de l’attaque programmée de L’Iran.

Nous sommes pris dans une manipulation dont les peuple agressés ne sont pas les seules victimes, puisque cela correspond chez nous à une dégradation des conditions salariales, au nom d’une concurrence internationale, en particulier celle que feraient peser une force de travail sous développée des peuples du Tiers-monde. Et les mesures prises contre un ennemi invisible ont leur conséquence contre les travailleurs, leurs luttes, leurs organisations. De surcroît, comme le montre la situation aux Etats-Unis et en Europe, la politique d’armement et de guerre pèse de plus en plus lourdement sur les citoyens de ces pays qui de fait la financent au dépends de leurs services publics, autant que de leur emploi et leur pouvoir d’achat.

La guerre est décidée et chacun joue dans ce registre :

C’est même là que se trouve pour une part les contradictions que doivent affronter les Etats-Unis dans la poursuite de leur stratégie. Ils ont décidé d’attaquer l’iran, et ce sans plus de prétexte réel qu’il n’en avaient avant le 11 septembre pour attaquer l’Afghanistan, ni l’irak, avec la circonstance aggravante que l’Iran est depuis bien plus longtemps leur ennemi que l’Irak.

Chacun sait que Saddam Hussein a mené la guerre contre l’Iran pour défendre la politique des Etats-Unis et des pays occidentaux et qu’il croyait de ce fait s’être assuré leur soutien pour ses propres projets expantionnistes, y compris au Koweit. On peut même penser que les deux interventions contre l’Irak s’expliquent la première pour ne pas laisser monter une force dans cette zone autant que pour recomposer une alliance occidentale autour de l’hégémonie des Etats-Unis, hégémonie que ne justifiait plus la disparition de l’URSS. La seconde expédition avait pour objectif une recomposition de la zone et un encerclement de l’ennemi de toujours qu’est l’Iran. Par parenthèse, même de ce point de vue, l’opération US en Irak donne des résultats contestables puisque non seulement l’Irak reste non conquis, mais les forces pro-iraniennes en particulier chez les Chiites ont grandi, et même chez les Kurdes, leur unité, voire leur autonomie fragilise les relations traditionnelles des USA avec la Turquie.

Si l’on ajoute à cela l’impopularité grandissante aux Etats-Unis de la politique irakienne, la montée des mécontentements tant sur le plan des résultats extérieurs, de la multiplication des morts nord-américains que de ses conséquence sociales intérieures, nous avons un contexte où les forces armées US s’ammassent à la frontière de l’ Iran, sans que le gouvernement Bush donne néanmoins l’ordre d’intervenir. Une situation de "drôle de guerre" et une menace que l’on nous cache mais dont sont tout à fait conscients les iraniens et le reste du Moyen-orient. Des scénarios existent et l’un d’entre eux était une frappe nucléaire ciblée des forces israèliennes pour se protéger de la menace iranienne. D’où la large publicité accordée au discours du dirigeant iranien, en gommant le fait que ce discours peut aussi s’entendre comme la dénonciation de la menace permanente que constitue contre eux Israël. La maladie qui a frappé Sharon est incontestablement un retard apporté à ce projet des Etats-Unis.

Il faut bien mesurer que de toute manière l’intervention est décidée, qu’elle l’est dans les mêmes conditions que l’a été celle de l’Irak, sans se préoccuper le moins du monde de la légalité internationale.

Le conseil de sécurité de l’ONU et les Européens dont la France, ne jouent même plus l’opposition à ce projet, mais tentent de dégager dans leur propre vassalisation une marge d’autonomie liée à la "négociation".

Du point de vue européen, l’élection d’une chancelière allemande profondément atlantiste a encore affaibli les tentatives de résistance de la France, qui de surcroît après le NON à la Constitution est apparu comme le pays où la résistance au néo-libéralisme (qui fonde l’unité de tout ce beau monde) est la plus développée. Sarkozy d’ailleurs ne cache pas qu’avec lui il n’y aura plus de fissure dans le dispositif atlantiste et impérialiste. Je crains d’ailleurs que l’intervention d’appui de Laurent Fabius ne joue dans le même registre, gaullien pour l’intérieur, atlantiste pour les USA.

Donc l’intervention de Jacques Chirac, sous couvert de retrouver une stature d’homme d’Etat mise à mal, paraît non seulement condamnable dans le brouillard qu’elle entretient sur ce à quoi est censé faire le gouvernement français, et en fonction de quoi, mais également receler des dangers très importants sur le rôle qu’acceptera notre pays dans cette nouvelle expédition illégale, ce pillage sous des prétextes manipulés. Il est clair qu’elle apporte sa contribution à la destruction de toute légalité internationale, donc la montée en puissance d’une dictature internationale qui ne peut dans les conditions réelles que produire une aggravation du sous développement du tiers-Monde, et une dégradation dramatiques des conditions de vie des peuples occidentaux, sans parler d’une destruction systématique de l’envirronnement et l’épuisement irresponsable des ressources de la planète.

Cela ne peut s’opérer que par le démantèlement systématique de toutes les formes de résistance des peuples, en accentuant les formes répressives aux dépends de toutes les institutions démocratiques permettant aux citoyens d’intervenir sur leur propre vie.

Ce processus est largement entamé. Et le prétexte démocratique, l’ingérence humanitaire comme le montre Jean bricmont dans son dernier livre, "L’impérialisme humanitaire" n’est dans les faits que la proclamation de la loi de la jungle et du droit du fort à opprimer le faible sans entrave.

La seule réponse est dans l’organisation d’une opposition collective à cette politique dans laquelle Jacques Chirac semble avoir choisi de participer et non de résister. Parce que l’aspect le plus inquiétant du discours de Jacques Chirac est bien dans le recours à l’arme nucléaire. On passe donc de l’option zéro mort par le recours au B 52, à la levée du tabou depuis Hiroshima sur l’usage de l’arme nucléaire pour mater les velleités d’indépendance nationale. Sans parler du passage de l’usage du nucléaire du dissuasif à l’offensif et de l’extension de l’intérêt national à celui de ses "alliés".

L’approbation de Laurent Fabius nous laissant peu d’espoir sur ce que l’on peut attendre des forces de gauche telles qu’elles sont.

Danielle Bleitrach

Danielle Bleitrach vient de publier avec Viktor Dedaj et Maxime Vivas Les États-Unis DE MAL EMPIRE Ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud, Aden.

Source : http://www.legrandsoir.info



Publié le 24 janvier 2006  par di2

[1] Laurent Fabius : l’adaptation de l’arme nucléaire aux menaces d’Etats terroristes "ne me choque pas"

PARIS (AP), jeudi 19 janvier 2006.

L’ancien Premier ministre ministre socialiste Laurent a déclaré jeudi qu’il n’était pas choqué par l’adaptation de l’arme nucléaire aux nouvelles menaces que pourraient faire peser des Etats terroristes sur la France, évoquée dans la journée par le président Jacques Chirac.

"Cela ne me choque pas. D’abord, je pense que M. Chirac a raison d’insister sur la menace grave au plan général que représente le terrorisme. Et je pense qu’il faut vraiment déployer tout, tout ce qu’on peut déployer comme efforts pour lutter contre le terrorisme", a déclaré M. Fabius à la chaîne câblée LCP et France Info.

"Sur ce qu’on appelle la définition des intérêts vitaux de la France, je me souviens d’une conversation que j’avais eue avec François Mitterrand sur ce sujet", a-t-il ajouté. "Il m’avait dit, je partage ce sentiment, qu’on n’avait pas intérêt à faire une liste précise de ce que sont exactement ces intérêts vitaux parce que cela dépend de l’intime conviction du chef de l’Etat et que ce dont on doit être sûr, c’est de la fermeté du chef de l’Etat". AP

[2] Jacques Chirac brandit la menace de frappes nucléaires ciblées.

BREST (Reuters), jeudi 19 janvier 2006.

La France pourrait recourir à des frappes nucléaires ciblées contre des puissances régionales qui utiliseraient contre elle des moyens terroristes ou de destructions massives, affirme Jacques Chirac.

Le président de la République, chef des armées, a annoncé cette inflexion dans la doctrine d’emploi de l’arme nucléaire par la France lors d’une visite à la base de la Force océanique stratégique (FOST), à l’Ile Longue, près de Brest.

Les dirigeants d’Etats "qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d’utiliser, d’une manière ou d’une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu’ils s’exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part", a-t-il déclaré.

Cette riposte pourra être "conventionnelle" mais aussi "d’une autre nature", a souligné Jacques Chirac pour qui le choix de la France, face à une puissance régionale, ne se limite pas à l’alternative "entre l’inaction et l’anéantissement".

"La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d’exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit", a-t-il dit.

Le nombre de têtes nucléaires a ainsi été réduit sur des missiles des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), l’une des deux composantes des forces françaises de dissuasion, a précisé le président, dont le dernier grand discours sur la doctrine nucléaire de la France remontait à 2001.

Les forces de dissuasion nucléaire françaises, réservées à la préservation des "intérêts vitaux" de la France, pourraient aussi servir à protéger ses alliés et ses approvisionnements stratégiques, a également déclaré Jacques Chirac.

Dans un monde "marqué par l’interdépendance croissante des pays européens et la mondialisation", la "garantie de nos approvisionnements stratégiques et la défense de pays alliés sont, parmi d’autres, des intérêts qu’il convient de protéger", a-t-il expliqué.


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