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Du sens des mots, aux maux du sens !

Catégorie société
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Le creux des mots est fort douillet, pour qui, comme moi, a la chance [étonnante chance], de l’avoir, un jour -qui devait plus au hasard qu’à ma persévérance à l’étude de la langue-, rencontré. Cela m’aide aussi, à passer la vie par le filtre du raisonnement, plutôt qu’attendre dans une langueur monotone, que le saisissant froid du trépas ne vienne refermer une existence consacrée à l’attendre, comme je peux l’observer ordinairement dans ce pays qui sent l’urine de la vieillesse par l’embouchure de tout ce qui s’autorise à l’ouvrir ; tous ces médiocres et vils journalistes qui dégueulent plusieurs fois par jour, pris d’un prurit sacerdotal stakhanoviste, pour qui la critique n’est qu’une bienséance de politesse. Amère constat, épaissit par le vide insatiable qui déborde des villages.

J’observe, blasé, le mouvement circulaire des mensonges.

Tour à tour, il est célébré le bien fondé du colonialisme, du sionisme, que sais-je encore ?...

Au nom de la liberté d’expression, qui n’est pas, comme chacun le sait, l’expression de la liberté. Du mensonge à la confusion, c’est finalement la censure qui a le dernier mot.

Parce qu’il n’est pas tellement de dire n’importe quoi, que d’empêcher qu’un discours qui ait sens, ne prenne forme. On observera que derrière ce dégueulis à la sensibilité déplacée, c’est la morale qui s’impose comme seul critère de vérité, par défaut, sans doute, de s’en référer à ce qui est réel...

Il faut admettre ce paradoxe apparent : la vérité au service du mensonge, en quelque sorte, car la vérité dépend du choix d’un critère de référence.

Elle n’existe pas en soi, à moins d’être croyant.

-  Alors, de quelle vérité s’agit-il ?

Vérité ici, peut être, mais mensonge là bas, sans doute.

Il n’est de vrai que ce dans quoi on se reconnaît, ou ce dans quoi l’on croit. Et la vérité que l’on observe scrupuleusement, n’est que celle qui s’impose avec force, par défaut d’argument, uniquement fondée sur la peur impalpable des manifestations insidieuses de l’Etat.

Surveillance du territoire, mise en fiche des individus. C’est l’art de la démocratie, d’user du discours pour convaincre, sinon user de la force.

Car la démocratie a toujours raison. Ses thuriféraires l’affirment violemment à chaque diatribe publique. Il n’est jamais bon de s’y opposer ouvertement, non pour le risque d’être insulté, mais pour celui d’être accusé. L’hypocrisie est de rigueur. Il faut flatter l’interlocuteur. Le moindre manquement à cette règle peut faire passer pour un dangereux terroriste à babouches, ou un tortionnaire d’enfant.

C’est l’ère du démocratisme, version libérale ou socialisée, qu’importe le style, puisque ses effets se concluent de la même façon, avec un grand mépris de la vie.

Le démocratisme est le meilleur système politique que pouvaient concevoir des dominateurs, parce qu’il est le seul qui trouve ses justifications par l’évocation de la morale ; celui qui la sanctifie ; celui par qui la division ethnique n’est qu’une opération de nettoyage éthique.

Il est intéressant de savoir que le mensongèrement dénommé Moyen Age, appellation d’époque Napoléon III, ne connaissait pas le racisme, et l’Empire Romain ne tolérait que les religions dont il avait usage.

Le Moyen Age reconnaissait le droit à l’erreur, mais non celui de la tolérance. Ceci se traduisait par des persécutions ponctuelles, mais non permanentes, alors qu’aujourd’hui, la tolérance est devenue une vertu, mais non l’erreur, qu’il revient à un tribunal d’en juger le degré délictueux, et les persécutions de toutes natures sont devenues une règle permanente. Comme quoi, au développement des techniques, répond la régression des mœurs.

C’est ce qu’on appelle l’évolution.

Evolution constituée d’un discours de la surenchère à la victimisation de peuples qui n’a que le tort d’être identifié à une résurgence de la dialectique bien-pensante vomie par des scélérats comme Finkielkraut, ou Lévy, qui transforment tout discours du refus, en discours du renoncement, et toute critique en mécontentement réactionnaire.

Ainsi du discours antijudaïque qui est dénoncé comme diatribe antisémite.

Le discours envers l’antisémitisme, ne vise qu’à faire la confusion entre l’intolérable racisme et la critique du judaïsme comme religion d’Etat.

Mais alors qu’il n’existe pas de races d’hommes distinctes, il n’existe pas de race juive, comme n’existe pas la race arienne, ni aucune race occidentale ou extrême orientale. Pas même de race noire, que l’on s’obstine à identifier comme couleur, alors que le noir est, précisément, l’absence de couleur. Ne parlons même pas des Peaux Rouges.

Il semble qu’une deuxième race de l’espèce humaine aurait pu se développer si Homo Sapiens ne l’avait anéanti, comme il a anéanti les mammouths.

Mais alors que dans la nature, la variété des races, animales comme végétales, démontre la diversité d’adaptation des espèces à leur environnement, chez l’homme, l’idée de race est une notion d’ordre morale. Ce n’est pas la diversité, mais une échelle des valeurs, que soutient la division par les races. Nous ne sommes pas, ici, dans l’observation, mais dans le jugement. Nous ne sommes plus dans le registre du raisonnement, mais dans celui de l’arrogance, plus proche de la suffisance que de la fierté, qui érige des lois, plutôt que de comprendre,

sans doute parce qu’il est plus facile d’imposer que de discuter.

De plus, et par évidence, on ne saurait distinguer une race mâle d’une race femelle, malgré la certitude perceptible que l’on rencontre parfois, chez chacun des deux sexes, rongé par l’inquiétude de perdre son identité, l’un de croire être privilégié par ses attributs, l’autre de croire être soumis par sa nature, comme si l’espèce humaine était réductible à ses organes sexuels. Il est vrai qu’on est très facilement trompé.

A concevoir une entité sexuelle mâle et une entité sexuelle femelle, on reconnaît implicitement la division par sexe, et l’ordre que cette division implique. Cependant, on attribue le désir à notre volonté, alors qu’on est seulement mené par l’odeur de la jeunesse de nos organes, nimbés de phéromones.

Que vienne l’âge des rides et des incontinences urinaires, et l’amour se transforme en dégoût. Enfin, ce que l’on croit de l’amour, l’idée que l’on s’en fait, et qui n’est qu’une séduction, non un désir. Trop souvent, on aime l’autre pour l’image que l’on s’en fait, et on veut qu’il nous aime pour l’image que l’on se donne. Que cette image vienne à se fissurer, et l’amour s’effondre comme un rêve, devient poussière, et fini dans le néant. Sauf lorsque la maturité consolide les individus. Ce n’est pas une question de temps. C’est une question de conscience. Faire surgir devant nos yeux, la grandeur de notre être ; faire en sorte d’en reconnaître la fragilité. Je dis bien, la fragilité, non la petitesse, parce qu’alors, nous ne serions pas dans le même registre. La petitesse est celle de l’esprit vil, étroit, seulement conduit par son ambition, ou sa suffisance, tandis que la fragilité est celle de l’esprit impuissant.

Reconnaître sa propre impuissance renforce la certitude de son être, et ruine l’appétit de ceux qui tiennent dans leur jugement la disposition à votre exploitation.

Ils s’en retournent, croyant avoir affaire à un incapable, alors que par là même, ils se privent de vos capacités.

Cependant, c’est l’extrême faiblesse physique de l’espèce humaine, qui l’a forcée au raisonnement. Mais, la faiblesse physique n’est pas un rabaissement. Si nous étions pourvus de tout ce qui fait la force physique de l’animal, quel prétexte aurait-il été nécessaire pour développer notre boîte crânienne ?

Il semble qu’il nous faut être défaillant, pour forcer le destin. La force de l’espèce humaine provient d’une arme invisible, inodore, sans saveur, inaudible, mais aux effets dévastateurs, sa faculté de raisonner.

En fait, j’en arrive à cette idée qu’il n’y a pas d’évolution dans la pensée. Parler de l’évolution des esprits à travers les siècles, trahit le non sens que l’on accorde à l’intelligence, et la confusion que l’on fait entre le développement des techniques et l’expression de nos sentiments.

La question de l’amour que j’évoque, a toujours été discutée, sur tous les tons, depuis que la mémoire des temps arrive à parvenir jusqu’à nous, nous fournissant une preuve inconsolable, tant on pourrait croire que la flèche du temps nous emmène vers une amélioration des comportements, alors qu’elle s’est maintes fois brisée au contact des esprits réactionnaires, craintifs, vindicatifs.

Et on conviendra que les penseurs du temps de Socrate, n’étaient pas moins intelligent que ceux du temps d’Einstein, et que les tribus qui ignoraient l’écriture, n’ignoraient rien de la qualité des relations humaines. Mais, nous vivons cette époque charnière qui fait donner au mot, un autre sens que celui que son usage éprouvé par la vie, avait fini par lui attribuer.

Parmi les mots détournés de leur sens, on trouve le mot évolution, non plus pour rendre compte, comme Darwin l’avait suggéré, du changement radical des manifestations de la vie entres des paliers géologiques, mais pour rendre compte d’un point de vue d’une amélioration matérielle de la vie, comme si l’usage de ce concept devait renvoyer à une notion d’ordre technique et moral, une sorte de confort, et non géologique.

L’évolution suppose une amélioration dans l’adaptation, mais non dans les mœurs. Tandis que l’amélioration laisse entendre une meilleur qualité des rapports humains, ce que les traces laissées dans la partie occidentale de l’histoire -histoire prise arbitrairement comme critère de comparaison- ne confirment pas.

En fait, j’observe que bien des concepts ne traduisent qu’une morale, et non un sens, une idée, une détermination, non parce qu’ils seraient plutôt pourvus de l’un et dénués de l’autre, mais parce qu’ils traduisent le sentiment général - soumis aux impulsions, affronté à la sensiblerie, exposé à la brutalité des images, influencé par le régime abrupt qui juge du bien et du mal, sans distanciation, terrorisé par l’absence d’affrontement- derrière lequel s’abat la sanction de l’Etat.

Cette distanciation, c’est à soi de la prendre, et de la maintenir, non pour paraître glacé, mais pour boire la vie sans se tromper de breuvage.

La morale n’énonce pas la beauté de la vie, mais des sentences, afin de fixer la vie sur un support au glacis de marbre, sous forme de lois. La morale est ce qui purge la vie de sa perversion, et par la même, la vide de tout sens.

Il ne lui reste plus qu’à la corseter dans un système d’obéissance.

Système qui se charge, en retour, de lui donner un sens, un sens nouveau, un sens privé de fondation, un sens linéaire fait d’éléments qui s’emboîtent les uns sur les autres, et non les uns dans les autres comme pourrait le suggérer la forme des organes sexuels, dans un ordre hiérarchique auquel chacun est tenu d’obéir, sous peine d’être violemment contredit par des jugements dont l’appel ne fait, le plus souvent, que les renforcer.

Un sens qui parle de respect là où il n’y a que terreur ; grandeur là où il n’y a que puissance ; humilité là où il n’y a qu’humiliation ; discussion là où il n’y a qu’opinion ; critique là seulement où s’exprime la contestation. C’est le sens de la morale, parce qu’elle est un ordre, une discipline, un effacement, non un questionnement, une rigueur, une affirmation.

Souvent, il y a confusion entre rigueur et discipline, questionnement et effacement, affirmation et ordre, comme si, par principe, du doute doit résulter l’impératif catégorique de l’autorité.

Glissement progressif du terrain, de l’attention vers la tension...

De la liberté comme désir, à l’esprit des lois comme principe. C’est l’Etat dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, conduit par des directeurs de conscience mégalomanes et altiers.

Pratiquement, tous les mots importants, à forte connotation sensible, ont débordé leur sens, parfois pour leur faire dire le contraire de leur signification d’origine, tel ce mot étonnant de pédophile, devenu sous l’ordre moral judéo-chrétien, violeur d’enfant, ou cet autre mot, conscience, que l’on associe, non sans quelques torsions, à la responsabilité pénale. Il n’est pas jusqu’au mot inconscience, que l’on attribue à égarement, légèreté, manque de responsabilité... Toujours le jugement.

Chaque mot devient douteux. Il dénigre, plus qu’il n’explique. Il impose, plus qu’il ne propose. Le judiciaire, si l’on n’y prend garde, prend le pas sur la langue, insidieusement. On le voit, avec l’inculpation possible pour incitation à la haine, ou apologie de crime contre l’humanité, comme si l’usage des mots se confondait avec l’usage de leur sens.

Mais, que je sache, un écrivain de polars ne devient pas un assassin, et celui qui se moque de la SHOAH n’est pas pour autant un criminel redoutable. Tout comme un écrivain de roman érotique n’est pas un maquereau, ni un bandeur fou. Il y a des nuances qu’il devient urgent d’apporter. C’est une exigence d’écriture. C’est aussi une exigence responsable.

Il me semble que, en cette matière, comme déjà en bien d’autres, la vigilance n’est pas superflue.



Publié le 17 février 2006  par Gilles Delcuse


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