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Google subit les assauts des conservateurs américains et des éditeurs français

Catégorie politique
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-  "Google viole le droit d’auteur"
-  "Google soutient la pornographie sur internet"
-  "Google dans la tornade"
-  "Débarassez-vous de vos actions Google"
-  "L’Ogre Google dévore les internautes"
-  "Google pirate l’édition française", etc...

Ce sont quelques-uns des titres qui ne cessent de fleurir depuis quelques jours un peu partout dans la presse et sur internet, en particulier aux Etats-unis et en France.

Aux Etats-Unis, c’est l’administration néo-conservatrice de George W. Bush, traditionnel soutien de la compagnie Microsoft de Bill Gates, qui s’attaque à Google.

Le Ministère de la Justice, qui cherche à établir le profil type des internautes "déviants", a en effet demandé à Google de lui communiquer ses bases de données concernant les sites web pornographiques, ceci en vertu de la loi COPA (Child Online Protection Act), une loi fédérale de 1998 destinée à protéger les enfants des contenus sexuels accessibles en ligne.

Cette loi est contestée par la Cour suprême et par les associations de défense de la vie privée et des libertés individuelles, notamment l’EFF (Electronic Frontier Foundation), qui considèrent la loi COPA telle qu’elle est actuellement rédigée totalement contraire au premier amendement de la Constitution des Etats-Unis garantissant la liberté d’expression.

Nonobstant, l’administration exige de Google et des autres moteurs de recherche la liste des sites à contenu sexuels, même non obscènes, indexés par leurs robots ainsi que la liste des mots-clés tapés par les internautes.

Google estimant ces demandes "abusives" et "beaucoup trop vastes" a décidé de ne pas les fournir, s’attirant du coup un procès par le gouvernement américain et une volée d’attaques par les ligues conservatrices américaines qui surfent sur le thème facile de la lutte contre la pornographie et la pédophilie.

Les autres grands acteurs de la recherche sur internet — Yahoo, AOL, MSN,.. — indiquent eux avoir répondu positivement aux requêtes du Ministère de la Justice,

ceci en toute discrétion et sans prévenir leurs usagers.

Microsoft indique même avoir coopéré très activement avec l’administration en fournissant les données personnelles permettant d’identifier ses usagers qui tapent des mots-clés sexuels sur MSN.

En France, c’est également la partie la plus conservatrice de l’édition française qui s’attaque de nouveau à la firme de Montain View.

La revue Livres-Hebdo du poussiéreux Cercle de la Librairie Française vient en effet de publier dans son édition du 20 janvier un article tout ce qu’il y a de plus "fracassant" intitulé "Google copie les fonds des éditeurs français".

Il y accuse l’entreprise californienne d’avoir numérisé sans autorisation pour son service Google Book Search divers livres de Camus, Valéry, Malraux, Gide, Proust et autres auteurs bien français publiés il y a bien longtemps par Gallimard, Grasset, Calmann-Lévy, Fayard ou Stock entre autres.

Cette révélation concernant la numérisation du fonds des maisons d’édition françaises fait bien entendu pendant au farouche combat personnel anti-Google mené par Jean-Noël Jeanneney qui ne veut pas que le moteur de recherche numérise et diffuse sur internet le fonds des bibliothèques françaises et européennes.

Le président de la BNF ne redoute en effet rien de moins que la "domination, la marchandisation, l’homogénéisation et l’américanisation forcées" de la pensée, de la culture et des savoirs.

Son combat obsessionnel commencé il y a un an — lorsque Google a annoncé ses projets Google publishers (numérisation et indexation sur internet des livres soumis par les éditeurs) et Google Library (numérisation et indexation sur internet de 15 millions de livres tirés du fonds des grandes bibliothèques) — est activement soutenu par la Droite avec en premier chef Jacques Chirac et son ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, déjà bien empêtré avec sa loi sur le Droit d’Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI).

Il est relayé en parfaite méconnaissance du sujet et sans aucune nuance par tout ce que la France compte de "National" et de "Français" dans ses intitulés (Bibliothèque Nationale de France, Livres de France, Syndicat National de l’Édition, etc...), sans oublier nombre de personnalités ou médias de la Droite conservatrice (du Figaro à La Tribune en passant par National-Hebdo, Pierre Assouline et de nombreux autres défenseurs du fameux Droit d’auteur à tous crins pour le livre de souche nationale).

"C’est de la contrefaçon. Nous n’allons pas en rester là", déclarent Gallimard, Hachette et le Syndicat National de l’Édition (SNE) sous les applaudissements des matamores du livre français.

Sauf qu’à y regarder de près, l’affaire n’est pas juridiquement aussi simple et nos fiers combattants français semblent bien se tromper d’adversaire sur un sujet qu’à l’évidence soit ils ne maîtrisent pas, soit ils tentent de manipuler.

-  D’une part, les quelques centaines d’ouvrages français, espagnols, italiens ou allemands soi-disant numérisés illégalement par Google sont pour partie libres de droits car concernant des livres publiés au début du XXème siècle par des auteurs morts depuis plus d’un demi-siècle.

Il n’y a donc pas ou quasiment pas de préjudice réel pour les maisons d’édition concernées, dont certaines semblent même incapables de retrouver ces titres inconnus de leurs propres archives internes, ce qui en dit long sur les droits d’auteur attachés.

Les ouvrages sont épuisés pour la plupart, totalement introuvables dans les bibliothèques ou les librairies d’Europe depuis des décennies, et ils font plus le bonheur des étudiants chercheurs en littérature que celui du grand public.

D’autre part, le moteur de recherche les a scannés tout simplement en vertu des accords officiels qu’il a passés avec les bibliothèques anglo-saxonnes. Ce sont donc la New York Public Library ou les bibliothèques universitaires de Stanford, Harvard et Oxford qui ont confié elles-mêmes ces titres à numériser et qu’il faudra donc poursuivre en justice conjointement à Google si des procès sont engagés.

Surtout, Google ne présente aucun de ces livres à télécharger ni même à consulter en totalité.

Conformément aux engagements sur le droit d’auteur spécifiés dans la charte du moteur de recherche, les internautes ne peuvent consulter au maximum que quelques fragments des ouvrages incriminés, uniquement les deux ou trois lignes de texte qui entourent directement les mots-clés qu’ils saisissent, comme une citation.

Il s’agit donc plus d’une information sur le livre dans une sorte d’index bibliographique que le contenu même du livre, celui-ci ne pouvant être ni imprimé ni téléchargé gratuitement s’il n’est pas tombé dans le domaine public.

Si l’ouvrage est sous copyright des liens renvoient alors vers la maison d’édition et des librairies en ligne afin que l’internaute achète l’ouvrage complet s’il le désire.

Lire suite de l’article :

source : république des lettres



Publié le 20 février 2006  par torpedo


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