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Le désenchantement du monde

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Depuis Max Weber on le sait, la science a désenchanté le monde. Nous ne faisons plus appel, comme le firent les hommes jusqu’au Moyen-âge, à des moyens magiques afin de maîtriser des esprits ou de les implorer. Nous recourons à des techniques et des prévisions. Cela s’appelle,

l’intellectualisation.

Voilà précisément de quoi traite ce roman de James Morrow traduit en 2003, et publié au Diable Vauvert, puis en poche chez 10/18.

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Diplômé d’Harvard, James Morrow, durant ses études supérieures littéraires, a été particulièrement impressionné par sa découverte de Camus et Voltaire.

Ce n’est donc pas un hasard s’il présente un goût acéré pour le roman philosophique et satirique, et aime à se considérer comme un « pèlerin ironique ».

À la parution de La Grande Faucheuse qui vient clore sa trilogie sur le corpus dei (Au diable Vauvert 2000), il déclarait « Dieu m’a mis sur Terre pour que je passe ma vie à élaborer des théories prouvant qu’il n’existe pas. »

Auteur de plusieurs roman traduits chez Denoël, Présence du futur et J’ai lu SF, on connaît surtout James Morrow pour son roman En remorquant Jéhovah (Au Diable Vauvert 2000) qui reçut le World Fantasy Award 1995, l’un des prix littéraires les plus prestigieux au monde dans le domaine de la SF.

Ce livre débute par la prise de la parole d’un livre immortel, qui a traversé les âges, les époques, qui s’est insidieusement introduit dans quelques esprits humains qu’il a sélectionné pour agir. On sent là quelques influences de la célèbre « ruse de la raison » de Hegel, ce fameux parcours de l’Esprit non décelable à l’œil nu, puisque la raison emprunterait des détours, des voies souterraines, comme une taupe qui ne travaille pas à l’air libre.

Voilà donc un incipit fort original qui annonce un roman à la fois drôle, tragique, violent, émouvant, et très instructif.

Le récit commence en 1688.

Jennet qui est la fille du célèbre chasseur de sorcières, Walter Stearne, a douze ans. Elle partage son temps entre l’étude du latin, les mathématiques et les merveilleux traités d’un physicien encore peu connu : Isaac Newton. Ses points de vue sur la nature physique du monde intéressent de très près la tante de Jennet. Isobel est fascinée par les théories de Newton, quasiment entrain de bouleverser un ordre que l’on croyait immuable.

Contrairement à ce que l’on fait à cette époque, il refuse le dogme, et à l’instar d’Epicure autrefois, il refuse que des forces divines puissent décider à notre place ; en assignant les vraies causes, il purifie l’univers. Aussi la tante de Jennet, Isobel croit dans la non-existence du démon. Selon elle, les chasseurs de sorcières n’ont aucune légitimité puisqu’aucun évènement dans la nature n’a à voir avec autre chose qu’un phénomène naturel.

Son frère Dunstan, en revanche, ne s’inscrit pas dans la même croyance que sa sœur. Destiné à prendre la succession de leur père, il s’éloigne peu à peu de sa soeur, et accompagne le papa lors des interrogatoires des sorcières, s’initiant à l’art de la reconnaissance des marques du démon, assistant parfois même avec grand plaisir, aux pendaisons publiques des « supposés » suppôts de Satan. Isobel en grande passionnée de sciences et grande admiratrice de Newton se voit bientôt accusée de sorcellerie, coupable d’avoir réussi à expliquer certains phénomènes naturels tenus jusque-là pour divins.

De la ville de Salem à Einstein et au principe de la relativité restreinte, c’est un voyage envoûtant qui se déroule sur plusieurs siècles et balaie les nombreuses abominations qui visèrent de très nombreux innocents, dont des enfants, ainsi que les tortures les plus abominables organisées pour la plus grande gloire de Dieu.

Aussi, James Morrow nous propose un ouvrage profondément humaniste, nourri d’une corosité et d’une intelligence remarquable.

Désenchanter le monde en nous offrant un brillant panorama de la modernité, non sans un humour des plus décapants. C’est le tour de force qu’il réalise à presque 60. Impressionnant !

-  James Morrow Le dernier chasseur de sorcières 10/18 2005 9,50 euros.



Publié le 20 mars 2006  par Marc Alpozzo


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