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33e congrès PCF : discours d’ouverture de Marie-George Buffet

Catégorie politique
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Nous venons de manifester comme beaucoup l’ont fait au même moment dans toute la France. Vous comprendrez que mes premiers mots aillent aux centaines de milliers de lycéens, d’étudiants, de salariés, aux innombrables manifestants qui depuis des semaines tiennent tête avec courage et ténacité à ce gouvernement pour le retrait pur et simple du CPE. Tous ensemble, étudiants, lycéens, salariés, nous allons gagner !

Comment ne pas être saisi par la recherche de sens qui s’exprime dans ces mobilisations. Au fond, la jeunesse refuse une société où chaque individu sera livré à lui-même, seul, sans solidarité, où chaque être humain sera livré chaque jour à la brutalité du système, de la finance, du libéralisme.

Chers camarades,

Nous venons de manifester comme beaucoup l’ont fait au même moment dans toute la France. Vous comprendrez que mes premiers mots aillent aux centaines de milliers de lycéens, d’étudiants, de salariés, aux innombrables manifestants qui depuis des semaines tiennent tête avec courage et ténacité à ce gouvernement pour le retrait pur et simple du CPE. Tous ensemble, étudiants, lycéens, salariés, nous allons gagner !

Comment ne pas être saisi par la recherche de sens qui s’exprime dans ces mobilisations. Au fond, la jeunesse refuse une société où chaque individu sera livré à lui-même, seul, sans solidarité, où chaque être humain sera livré chaque jour à la brutalité du système, de la finance, du libéralisme. La mobilisation contre le CPE, comme l’a été la mobilisation contre la Constitution européenne, est une mobilisation marquée par la quête d’avenir. A ces jeunes, à ces salariés, le Parti communiste dit : nous sommes rassemblés aujourd’hui contre le CPE, soyons-le demain pour construire un futur différent.

Le gouvernement tente de briser le mouvement, de faire en sorte que la peur étouffe l’espoir. Et je voudrais avoir une pensée, avec vous, pour Cyril, le syndicaliste qui lutte en ce moment pour la vie. La droite ne gagnera rien avec la matraque, elle doit cesser immédiatement la provocation. Voyez la force de cette jeunesse, sa dignité, ses espoirs ! Ces aspirations méritent une vraie réponse.

Mardi soir, Monsieur de Villepin a parlé devant un parterre de députés UMP, là il pouvait être droit dans ses bottes, affirmant qu’il n’accepterait ni le retrait, ni la suspension, ni la dénaturation du CPE. Tout cela au nom de son électorat. Faut-il lui rappeler qu’il est Premier ministre de la France. Son attitude, c’est l’aveu d’une politique de classe. Gouverner contre le peuple est indigne de la République ! Hier, il a dû amorcer un changement de ton et parler de dialogue.

La mobilisation commence à porter, elle va se poursuivre.

Les jeunes ne veulent pas être mis en concurrence avec les autres salariés. Ils ne veulent pas de contrats ghettos, mais des CDI avec une vraie formation si besoin, et non pas un licenciement sans motif ! Avec des salaires justes et les moyens pour vivre, pour se loger, pour aimer, pour faire des projets.

Nous exigeons le retrait du CPE !

Et je vous propose que dans les prochains jours, avec des dispositions nationales, nous amplifiions notre campagne de mobilisation pour dire « stop à la précarité ». Et que partout, nous tenions des rencontres avec les jeunes pour débattre de vraies propositions, d’une grande loi d’orientation pour la jeunesse.

La mobilisation de la jeunesse appelle notre audace, notre énergie, notre engagement ! Et durant ces trois jours, c’est habités de cette volonté que nous allons, ici, réfléchir, débattre et décider.

Chers camarades,

C’est un véritable bonheur de nous retrouver toutes et tous ensemble, militantes et militants, rebelles, constructifs, initiateurs d’actions et de débats, porteurs d’idées neuves, porteurs d’espoirs. De nous retrouver toutes et tous ensemble avec ceux et celles du 29 mai, avec ceux et celles avec qui nous résistons, nous débattons.

Permettez-moi, de saluer les représentants des syndicats, des associations, des mouvements et des forces politiques de gauche. Nous ne leur adressons pas un salut solennel mais le bonjour amical de ceux et celles qui se croisent au quotidien dans les manifestations et les débats. Samedi, Bruno Julliard, Président de l’UNEF, Karl Stoeckel, Président de l’UNL et Cédric Clérin, secrétaire national des Jeunes communistes seront parmi nous, nous leur laisserons la parole. Permettez-moi également de saluer nos camarades des délégations du monde, d’Europe, elles nous disent que notre combat est partagé.

C’est toujours un moment fort de se retrouver en congrès rassemblés dans nos valeurs, nos combats. Unis dans la visée communiste. Déterminés pour battre la droite et réussir à gauche. Par dizaines de milliers, nous nous sommes saisis de ce moment démocratique. Je souhaite que ce congrès donne à voir de ce bouillonnement constructif, qu’il nous donne les capacités d’aller de l’avant, de défendre toujours mieux la dignité humaine, la liberté.

Depuis notre dernier congrès, de l’eau a coulé sous les ponts, bien des évènements se sont déroulés. Rappelons-nous d’où nous venons. D’aucuns proclamaient notre avis de décès en se frottant les mains. Et pourtant, le chemin que nous avons emprunté nous a permis de les démentir et d’ouvrir un avenir pour notre parti et nos idées, d’être utiles à notre peuple. Certes, ce ne fut pas un voyage sans encombres, nous avons buté sur des obstacles, nous avons tâtonné, mais nous sommes là, actifs, avec une énergie renouvelée. Aujourd’hui, alors que des espoirs naissants se frayent un chemin, alors que la résistance à la droite monte en puissance, alors que se profilent à l’horizon des échéances électorales de première importance, nos décisions vont compter. En cette année de commémoration du 70ème anniversaire du Front populaire, nous savons que la situation appelle beaucoup de créativité politique. Pour cette raison, j’ai pensé qu’il était nécessaire, au moment de commencer nos travaux, que je puisse vous dire avec mes mots quel bilan je tire de ces trois dernières années et comment je ressens la situation.

Vivre, est-ce vraiment donné à tout le monde sur notre planète ? Vivre : se nourrir, se chauffer, lire, voyager, apprendre, travailler, aimer, être heureux... Non, il n’est pas donné à chacune et à chacun de vivre pleinement. La foule est nombreuse de celles et ceux qui vivent mal, qui vivent peu, qui vivent malheureuses et malheureux, qui survivent. 8 000 familles sont menacées d’expulsion ici en Seine-Saint-Denis. Jeudi dernier, à Stains, celles que nous avons rencontrées nous disent leur désespoir mais aussi leur combat quotidien pour faire face. C’est là que se trouve la source de ma, de notre révolte, c’est là que naît notre communisme.

-  Le monde ?

Son écorce craque sous le poids des injustices et des inégalités, sous la pression des contradictions gigantesques entre les aspirations humaines et le joug du capitalisme mondialisé. Nous sommes au cœur de profonds bouleversements, sans savoir, pour l’heure, ce qui l’emportera. L’émergence de nouveaux géants économiques comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud est un enjeu d’importance. Si elle pouvait se faire dans d’autres logiques que celles qui président à l’organisation du monde, ce serait un atout considérable.

Le système capitaliste accroît sa pression sur les hommes et les femmes de manière considérable. La financiarisation de l’économie est en train d’étouffer les possibilités de répondre aux besoins humains. L’attitude des multinationales qui jouent au monopoly crée des phénomènes de précarisation économique et sociale à l’échelle mondiale. De façon irresponsable, elles jouent sur la mise en concurrence des salariés et des peuples à coups de délocalisations.

Dans ce contexte, où la course à la rentabilité financière guide les choix, le développement productif, hors de toutes contraintes de respect de l’environnement est en train de créer les conditions de graves troubles écologiques et sanitaires. Ainsi, le pillage des ressources naturelles nous prépare une société de pénurie énergétique à laquelle s’ajoute l’utilisation de l’énergie à des fins de domination. Ainsi, le sida se développe en Afrique à une vitesse effroyable sans gêner les profiteurs des multinationales du médicament. Les conséquences de ces logiques mortifères sont largement accentuées par la mainmise américaine sur les instances internationales, par le consensus libéral qui en constitue le credo politique. Elles sont graves dans toutes les parties du monde.

-  Comment accepter par exemple que le nombre de pauvres en Afrique ait été multiplié par deux en vingt ans ?

On ne trouve pas pour les peuples d’un continent tout entier les 25 milliards de dollars de plus par an qui lui sont nécessaires, mais l’on utilise 25 fois cette somme pour les dépenses militaires.

Car les tensions nées de ce monde en bouleversement se traduisent aussi par les armes. La violence du capitalisme est la cause fondamentale des conflits. Et l’on sait que le terrorisme, source de carnages effroyables, injustifiables, pousse sur le même terreau. On nous sert une théorie inquiétante sur le prétendu choc des civilisations pour servir un objectif de domination en ressuscitant un monde bipolaire où l’on est tenu de se ranger du côté du bien.

Le bien, est-ce cette guerre d’Irak et cette occupation qui n’en finissent pas pour cause d’ambition hégémonique et de géostratégie pétrolière ? Nous voyons les résultats de la doctrine dite des « Etats voyous ». Elle conduit à la déstabilisation. Elle encourage la course à l’arme nucléaire... La seule théorie qui vaille d’être développée, c’est celle de la paix. La paix, c’est le partage équitable des richesses, le dialogue des cultures, le développement partagé, le règlement politique des conflits, le respect du droit et des traités, l’engagement d’un processus audacieux de désarmement. Oui, nous devons nous réengager avec créativité et détermination dans le combat pour la démilitarisation et le désarmement.

Est-ce cela que porte la France dans son action internationale ? Est-ce cela que porte l’Europe ? Non. La France et l’Europe sont aux abonnés absents. Pire, même, puisque monsieur Chirac vient de relancer le nucléaire militaire en versant à son tour dans une théorie fondée sur « le nucléaire d’action » ; cela nous promet de terribles lendemains. A cette conception, il faut opposer la résolution négociée des conflits, la valorisation des principes des Nations Unies !

En Palestine, en Israël, la faiblesse de l’engagement international n’est pas étrangère à la gravité des risques actuels. La désespérance produit son œuvre et rend le chemin de la paix plus difficile encore. L’escalade et la confrontation sont un risque permanent. Plus que jamais, il faut intervenir pour faire avancer une solution politique au conflit. Plus que jamais, il faut aider le peuple, palestinien à sortir de sa misère. Plus que jamais, comme nous l’avons dit en lançant une grande campagne nationale, il faut faire tomber les murs ! Les résolutions de l’ONU doivent être appliquées, l’occupation et la colonisation doivent cesser, le droit international doit être respecté. C’est à très court terme qu’il faut envisager l’existence d’un Etat palestinien de plein exercice dans les frontières de 1967 au côté d’un Etat israélien dans la coopération et la paix. Je voudrais en notre nom saluer Madame Hind Khoury, nouvelle déléguée générale de Palestine en France en lui réaffirmant notre solidarité et notre espoir. Je salue également les pacifistes israéliens qui sont parmi nous.

A regarder, ce monde, il y a de quoi avoir peur, il y a de quoi s’inquiéter. Mais faudrait-il perdre espoir ? Non ! Au cœur des bouleversements actuels, il y a une bataille permanente, et il y a tant de choses en germe. La déferlante du capitalisme mondialisé s’efforce de maîtriser et de détourner toutes ces évolutions porteuses d’avenir. C’est le cas de la révolution informationnelle, qui ouvre des possibilités de partage inégalées et révolutionne les modes de production et d’échanges. Dans ce même mouvement, les capacités humaines continuent de se développer sur toute la planète, et la recherche permet des avancées technologiques aux prolongements prometteurs. De plus en plus d’hommes et de femmes ont accès aux connaissances et à la culture. Tandis que l’information atteint sans délai toutes les parties du monde, le sort de chaque être humain est de plus en plus lié à celui des autres. Les aspirations démocratiques se développent sur toute la planète. Les richesses qui se créent permettraient d’envisager pour tous et toutes une vie meilleure.

La contestation monte. Des sources nouvelles de convergence et de solidarité irriguent l’humanité. Une conscience citoyenne mondiale est en train d’émerger. Les mouvements altermondialistes, dans les contre-sommets, les forums sociaux, la marche mondiale des femmes, poussent les institutions internationales dans leurs retranchements. Les travailleurs du monde ça et là, tentent de résister à la pression qui s’abat sur eux et obtiennent des avancées sociales. Les enjeux de développement appellent le dépassement des formes actuelles de croissance et d’échange par l’émergence de solidarités, de coopérations et de partenariats nouveaux. En Amérique latine, de véritables mouvements populaires, qui trouvent des expressions politiques, se dressent contre les oligarchies locales, contre la loi des multinationales pétrolières et de Bush.

Résolument, il faut appréhender la complexité des mouvements à l’œuvre, et penser le monde autrement. De par le monde, notre parti s’investit dans des relations avec des formations politiques engagées dans les luttes transformatrices. Nous devons dans la période qui s’ouvre produire un effort important pour amplifier ces rencontres et créer des convergences d’action et de réflexion.

Aussi, je me félicite que des rencontres internationales sur le thème « enjeux de civilisation du 21ème siècle, émancipation, alternatives et communisme » se tiennent avec de nombreux acteurs dont Espaces Marx et la Fondation Gabriel Péri.

D’immenses possibilités sont offertes. Face aux défis majeurs que connaît l’humanité, le capitalisme n’a pas les réponses, il provoque des crises. Tout appelle son dépassement.

En Europe, ces contradictions s’aiguisent et les tentatives libérales plongent les institutions dans la crise. Le manque d’emplois et le sous-emploi restent à un niveau dramatiquement élevé. Les dépenses publiques et sociales sont soumises au rationnement du Pacte de stabilité. La volonté de faire vivre un projet européen dans lequel nos concitoyens puissent se reconnaître et s’investir, appelle des ruptures profondes avec l’Union européenne telle qu’elle s’est construite. C’est tout cela, la signification de la victoire du "non" , le 29 mai dernier. Et c’est parce que ce sentiment se répand, qu’il place les tenants de l’Europe libérale, comme jamais, sur la défensive.

Aujourd’hui même, les chefs d’Etat et de gouvernement européens sont réunis. Ils évaluent leur bilan et ajustent leurs objectifs. Conscients de l’inexorable montée des résistances, ils tentent d’enrôler syndicats et élus à leurs « réformes » libérales, au nom de la mobilisation pour l’emploi et la croissance. Gageons que ce qui se passe en France, le mouvement de grève exceptionnel des salariés de la fonction publique en Allemagne, la force de la contestation de la précarité en Italie et toutes les forces de remise en cause de l’Europe libérale en général constitueront un plat de choix au menu du sommet des « 25 ». Avec tous nos partenaires européens, avec le Parti de la Gauche européenne qu’il faut rendre plus agissant, nous n’avons de cesse que d’œuvrer en ce sens.

Comme c’est le cas dans notre pays depuis 1995, avec des luttes de résistance à l’ordre libéral qui reviennent de plus en plus fort, à l’échelle du monde les peuples relèvent la tête et cherchent à construire de nouvelles réponses politiques. Dans certains pays - je pense à l’Amérique latine, par exemple-, cela a déjà fait bouger de façon importante la situation politique. Il y a donc urgence à ouvrir des alternatives, à les faire grandir par-dessus les frontières nationales.

Dans les bouleversements du monde, la France a sa part, comme le montre, par exemple, la pitoyable épopée du Clémenceau, qui dérive tel un navire fantôme sur les océans, avec l’amiante promise aux travailleurs indiens. La mondialisation capitaliste touche notre pays de plein fouet.

La croissance est en berne, mais pas les profits des entreprises du Cac 40, qui connaissent une croissance record. Les OPA se succèdent pour le plus grand bonheur de la bourse et pour le plus formidable des gâchis. Et pendant ce temps, les licenciements se multiplient, en particulier dans des entreprises qui font des profits. On ne compte plus les sites qui ferment, détruisant des pans entiers de notre potentiel industriel et de recherche, mettant à la rue des salariés par centaines. 87 500 emplois industriels ont été détruits en 2005.

Parallèlement, EDF et France Telecom suppriment des milliers de postes. Il faut en finir avec cette irresponsabilité sociale, territoriale et environnementale des entreprises. La même logique est appliquée à la fonction publique ! Et 20000 personnes ont été exclues de l’emploi par la réforme du statut des intermittents. La droite ne fait rien pour l’emploi et contre les licenciements. Elle encourage le Medef, elle le cajole. "La précarité, c’est la vie" explique Madame Parisot. La vie des autres, oui. Mais pas la sienne.

Le temps de travail augmente, le pouvoir d’achat baisse. Les femmes, avec le temps partiel imposé, les inégalités salariales, sont les premières touchées. Je vous propose qu’avec le Réseau d’action pour la sécurisation de l’emploi, nous cherchions à former une immense chaîne humaine d’élus, de militants politiques, de syndicalistes, de salariés, de citoyennes et de citoyens. Ainsi, dans chaque entreprise où des emplois seraient menacés, elle agirait pour soutenir la lutte bien sûr, mais aussi pour évaluer les situations concrètes, débattre de solutions et faire grandir des propositions alternatives. Notre pays compte au bas mot 3,5 millions de travailleurs et de travailleuses précaires, et l’Humanité révélait il y a quelques jours que le nombre de chômeurs avait atteint le chiffre exorbitant de 4,5 millions. Comment s’étonner alors, que selon une récente enquête, il y ait en France 1000 pauvres de plus par jour ? La droite ne fait rien pour que les agriculteurs bénéficient de prix justes et rémunérateurs, pour les sortir de cette PAC au service des puissants. La santé publique est menacée à la mesure de la dégradation de l’hôpital public. La forte pénurie de logements, notamment sociaux, provoque une hausse des prix prohibitive liée à la spéculation. A ce propos, il est important que nous nous investissions, après l’événement de Bobigny, pour la tenue des 3èmes Etats généraux du logement.

On nous ment sur la réalité de la France. Aussi, je vous propose que sur tous ces sujets, nous prenions l’initiative d’engager un Etat des lieux de la vraie vie, à partir d’échanges approfondis avec tous les acteurs associatifs et syndicaux. Nous n’aurons de cesse que de dénoncer, d’alerter pour amplifier la contestation.

Au pouvoir depuis quatre longues années, la droite a fait beaucoup de mal à notre peuple. Elle a gouverné contre lui : contre ses intérêts et contre son avis. Elle a mené la politique d’une classe, celle des possédants, qui intriguent sur toute la planète pour se partager le monde comme un gâteau. Elle veut nous ramener au temps d’avant. Sa politique n’a qu’un nom : régression.

La liste de ses méfaits est longue comme un jour sans fin. Et s’ils se valent en termes de gravité, il est un domaine dans lequel la droite a atteint des sommets : sa politique contre la jeunesse. Ecole à plusieurs vitesses, apprentissage à 14 ans, travail de nuit dès 15 ans, attaques contre le mouvement associatif : les mesures anti-jeunes se sont multipliées. Cette jeunesse s’est sentie méprisée et discriminée au point de ne plus trouver d’autre moyen de se faire entendre que ces douloureux évènements de novembre qui ont blessé nos banlieues. Je veux le dire ici, au cœur de la Seine-Saint-Denis, cela témoigne de la gravité de la situation faite aux jeunes en particulier et à nos banlieues en général. Ici, au quotidien, des hommes et des femmes vivent avec dignité, luttent pour plus de justice, agissent pour le développement humain. Mais les politiques libérales à l’œuvre affichent tant de mépris pour eux, brisent tant leurs espoirs. Il faut en sortir, il faut un vrai engagement social tous azimuts et non pas des effets d’annonce, des insultes et des menaces. C’est cela d’abord que veulent tous les jeunes de banlieue dans leur diversité. Et ce n’est que justice ! Mais rien n’y fait.

La violence de la droite, a redoublé dans cette mesure indigne et révoltante qu’est le CPE. Ils veulent gagner par chaos, entendez-le comme vous le voulez.

-  Mais à quoi jouent Villepin et Sarkozy ? Provoquer le désordre pour réveiller le désir d’ordre ?

-  Régler leurs problèmes de leadership en provoquant une crise politique sur le dos de la jeunesse ?

Ces grandes manœuvres sont dangereuses, ce sont des gens dangereux !

La droite veut mettre les droits en lambeaux. Par décision de la droite, les retraites, les allocations chômage et l’assurance maladie sont réduites à la portion congrue. Par décision de la droite, le code du travail est devenu un morceau de gruyère. Par décision de la droite, les services publics sont en voie de disparition. GDF, dont les salariés ont manifesté aujourd’hui, est offerte à Suez. La droite se sert de l’Etat et de son budget pour installer la superpuissance du patronat. De toute façon, pour elle, c’est une histoire de famille. « Vous avez un gouvernement qui essaye de répondre à vos préoccupations », expliquait le ministre Breton voici quelques jours aux patrons, tandis que monsieur Dutreil les enjoignait « d’utiliser les outils [mis] à leur disposition » par leur « camp ». Ces choix et ce cynisme sont insupportables, ils détruisent des vies !

Le gouvernement sait que sa politique est injuste, qu’elle est explosive. Alors, il l’accompagne d’un autoritarisme sans limites. Si la course à la présidentielle les oppose, Villepin et Sarkozy sont d’accord pour créer une société de la peur. Une société où les libertés sont réduites, où la présomption d’innocence n’est plus qu’un mirage et où les peines sont sans espoir. Une société où les hommes et les femmes sont sous surveillance, où l’on est contrôlé au faciès. Une société où il y aurait les bons qui sont récompensés, et les mauvais qui n’ont droit à rien. Une société où la loi immigration organiserait le tri des étrangers à nos frontières en considérant que certaines vies valent plus que d’autres, où la loi leur interdirait de s’aimer, de vivre ensemble. On construit des prisons, et l’on laisse dépérir l’école.

C’est pourquoi, le 2 mai, lors d’un grand meeting national, nous dirons avec des syndicalistes et des parents d’élèves que nous voulons une école de la réussite.

A l’opposé du vivre ensemble, les rapports entre les individus se construisent sur des modes de domination et d’exclusion. Des communautarismes forts ont émergé, apparaissant comme le dernier refuge face aux difficultés. L’individualisme exacerbé a été présenté comme seule solution face à l’adversité, encouragé par la théorie du mérite. Tout cela s’est conjugué, je veux le souligner alors que nous sommes en pleine semaine contre le racisme, avec la prégnance de racisme et d’antisémitisme. Des formes de repli ont été encouragées par le mal-vivre et l’insécurité quotidienne. Cette société de la peur, les femmes en ont été doublement victimes avec le maintien voire avec la montée de dominations patriarcales. Une forme de violence sociétale fait écho à la violence sociale.

Cette situation, brisant de nombreux repères, constitue un terreau fertile pour l’émergence de comportements inquiétants, conduisant à des formes de barbarie, comme nous en avons eu trop d’exemples ces derniers temps. Ces faits sont les symptômes d’une société malade.

Qu’à cela ne tienne. La droite continue et quelques faits en disent long sur sa nature profonde. Ainsi, des députés UMP entendent bâillonner des rappeurs, ainsi ils accusent de délinquance des enfants de moins de 3 ans, ainsi l’un d’entre eux veut légaliser l’homophobie ! C’est le retour de l’ordre moral, ou plutôt de l’ordre immoral ! Ainsi, la droite a voté cet odieux amendement qui voulait imposer l’enseignement du prétendu rôle positif de la colonisation. Elle a dû reculer mais quelle insulte pour les peuples d’Afrique ! Quelle insulte pour les anti-colonialistes ! Quelle honte pour la France aux yeux du monde ! Face à quelle grandeur, chez Aimé Césaire, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau ou Paul Vergès, qui nous ont rappelé le mécanisme terrible pour leur peuple de la colonisation et de l’esclavage.

Et bien, je le redis ici, notre devoir est d’être à contre-courant face à cette politique sécuritaire, répressive !

La droite veut rendre son projet inéluctable et irréversible. Elle sent bien que la terre gronde sous ses pieds. Elle se dépêche pour étouffer la révolte et pour tuer les espoirs qui se lèvent. Une course de vitesse est engagée.

On nous explique que rien d’autre n’est possible. Il faudrait que les peuples se contentent de ce qu’ils ont, que les salariés s’adaptent. Ceux qui résistent à cet ordre établi seraient de dangereux idéalistes, des gens inconséquents et déraisonnables... Le capitalisme serait la fin de l’histoire, il faudrait renoncer à changer le monde.

Mais il existe une idée que personne ne peut rayer d’un trait de plume : une idée qui habite l’humanité, une idée qui survit aux tempêtes, une idée qui donne force. Cette idée têtue, c’est celle de l’émancipation humaine. Des hommes et des femmes en nombre n’acceptent pas d’être exploités, dominés, discriminés, aliénés. Ils ne peuvent se satisfaire d’une société qui laisse les leurs sur le bord du chemin parce que tel est le bon plaisir de quelques nantis. Ils aspirent à vivre ensemble, ils voudraient croire qu’ils ont du bonheur à partager, du beau à inventer. Cette idée, elle ne meurt pas, elle travaille le bois de l’humanité. Chaque jour, elle nourrit les luttes sociales, politiques, féministes, antiracistes, écologistes, humanistes...

Ces luttes fondent notre communisme, mouvement de libération humaine. Là est notre source, dans cet espoir irrépressible qui habite les hommes et les femmes ! Avec elles et avec eux, nous voulons renverser l’ordre des choses, quand une infime minorité possède le monde et tente de posséder les êtres humains.

Malgré les vendeurs d’audimat et les puissants, qui affirment que nous ne comptons pas, qui veulent nous rayer de la carte médiatique, nous sommes là et bien là ! Aujourd’hui, le peuple est excommuniqué, l’information pluraliste bat de l’aile. Nous avons des propositions pour une appropriation populaire des médias. Je vous propose que le 3 mai, journée de la liberté de la presse, nous soyons partout présents à la porte des médias pour les faire connaître ! Mais au-delà de tous les tenants de l’ordre établi qui entendent condamner notre engagement, il existe de profondes interrogations autour de nous. Je me rappelle de ce jeune couple venant me remercier lors d’une manif de notre action contre le CPE, mais me demandant comment on pouvait encore être communiste, et si cela avait du sens. Alors oui, il faut dire ce que nous nommons communisme, en paroles et en actes, car notre réponse aux grandes questions de l’humanité peut interpeller, et je crois susciter de l’intérêt, de l’adhésion, de l’enthousiasme...

Je veux insister sur ce point, alors que, voici 50 ans, en Union soviétique, était prononcé le rapport Khrouchtchev, qui contenait une première critique du système. Un rapport, étouffé là-bas, et tu, ici, par la direction de notre parti. S’il n’y avait pas eu ce silence, écrivais-je dans l’Humanité le 24 février dernier, sans doute aurait-il été possible d’ouvrir d’autres voies. Quelques mois plus tard, à Budapest, les volontés de changement étaient écrasées. Et nos idéaux ont continué à être salis dans des tragédies qui finirent par en constituer une négation. Nous regardons cette histoire en face, comme une blessure vive qui ne se refermera pas. Pour nous, cela ne peut incarner le communisme. Penser que la vie d’un homme ou d’une femme a une valeur inestimable, c’est cela qui nous fait communistes. Réfléchir le monde à l’aune du féminisme, c’est cela qui nous fait communistes. Etre révoltés par les injustices du monde, c’est cela qui nous fait communistes. Ne pas se résigner, ne pas baisser les bras, c’est cela qui nous fait communistes. Le partage, la solidarité, la liberté, l’égalité, la fraternité, c’est cela qui nous fait communistes. Créer des liens, fabriquer du tous ensemble et du vivre ensemble, c’est cela qui nous fait communistes.

Nous voulons agir pour dépasser effectivement le capitalisme et en finir avec cette exploitation insupportable qui pèse de plus en plus lourd sur les hommes et les femmes. Nous nous battons pour l’appropriation sociale au sens large, car rien des grands enjeux de notre temps ne doit échapperà la démocratie. Nous voulons créer une dynamique de progrès mondial, instituant au nom de l’humanité que nous avons tous et toutes en partage, des droits sociaux et démocratiques qui nous rendent tous libres et égaux. Nous voulons que tous les besoins humains fondamentaux soient pris en compte de par le monde et soustraits à la loi du marché, avec des politiques publiques nationales et internationales... Parce que nous sommes communistes, nous pensons que la politique est l’affaire des citoyens et des citoyennes et que ce mouvement change le monde. Parce que nous sommes communistes, avec eux nous résistons, nous agissons, nous proposons. Parce que nous sommes communistes, nous voulons rassembler, unir et donner le pouvoir à tous, à chacune et à chacun. Parce que nous sommes communistes, nous voulons battre la droite et éradiquer l’extrême droite et ouvrir d’autres possibles.

Il y a des attentes. Depuis 2002 les luttes sociales se développent. Des luttes pour résister, mais aussi des luttes pour proposer ! A chaque fois, nous en étions. Des hommes et des femmes se sont mobilisés pour exiger un vrai droit à la retraite ou pour dire : « touche pas à ma sécu ». Des hommes et des femmes ont mené bataille pour défendre l’emploi et pourfendre la précarité. Et il y a des luttes victorieuses comme celle des Nestlé ! Des femmes ont agi contre les menaces sur leur droit à l’IVG, contre les violences conjugales. Des hommes et des femmes ont été à l’initiative contre les lois scélérates du gouvernement, pour défendre les libertés, pour soutenir les migrants et obtenir la régularisation des sans papiers. Dans tous les champs de la société, la résistance a germé : contre la casse des services publics avec cette manifestation de Guéret ou l’action des salariés d’EDF, de GDF, de la SNCF, de la SNCM ou de la RTM, pour sauver la recherche avec ce collectif de chercheurs offensif et courageux, avec la lutte des intermittents, celle des personnels hospitaliers.

En face, lorsqu’on vote, lorsqu’on lutte, le gouvernement se comporte comme un mur... Et l’on nous explique que « la modernité, c’est la perte de nos droits, que la France n’a pas les moyens, qu’elle ne peut pas tout toute seule », mais arrêtons avec ce discours qui ferait de la sixième puissance mondiale un pays impuissant à renouer avec le progrès social et démocratique ! D’autres choix sont possibles !

Rendons à la société le pouvoir de décider de l’utilisation des richesses créées par le travail. De nouveaux droits doivent être donnés aux salariés et à leurs syndicats. Des droits contre les licenciements, des droits de proposition, des droits d’intervention dans la gestion ! La création d’une véritable démocratie sociale doit être un chantier prioritaire.

Face au chômage, construisons une sécurité d’emploi et de formation, pour donner à chacun la perspective d’un réel épanouissement où le travail prend place. Il faut un plan de résorption des emplois précaires. Il faut une autre politique du crédit au service du développement humain ! Il faut en finir avec les bas salaires, la dévalorisation du travail !

Engageons un vaste plan de reconquête des services publics, redéployons leur présence sur tout le territoire, pour permettre la réappropriation publique de l’eau, de l’énergie, des transports, des télécommunications, du logement. Relançons la grande ambition de la Sécurité sociale : vivre en sécurité, en bonne santé, à tous les âges de la vie, de la petite enfance au quatrième âge, c’est une ambition de solidarité digne du XXIème siècle. Elle nécessite une réforme profonde des financements de la protection sociale qui mette notamment à contribution les revenus financiers.

Etablissons une égalité de droits dans tous les domaines, à commencer par l’égalité professionnelle et salariale entre hommes et femmes. Assurons la gratuité de la contraception.

Faisons de la lutte contre les discriminations une grande cause nationale durable. Et parce que le mépris, le déni de démocratie, et les promesses non tenues ont assez duré, que notre premier geste soit l’attribution du droit de vote aux étrangers !

Partageons les savoirs, les informations, les cultures. Face à l’école du tri, et du " minimum culturel ", opposons une République de la « culture pour tous », une école de 3 à 18 ans pour la réussite. Assurons à chaque jeune son autonomie pour aller au bout de ses études.

Inventons un autre mode de développement, un autre type de croissance, durable et solidaire. Agissons pour une autre Europe, sociale, démocratique, féministe, pacifiste, qui soit un appui pour tous les peuples du monde. Pour réussir toutes ces transformations redonnons partout, son véritable sens à la souveraineté populaire. Rénovons nos institutions à bout de souffle. Libérons la société des injustices, des inégalités, de l’insécurité sociale généralisée, des violences, du racisme, des marchés financiers, des logiques prédatrices qui abîment la planète, de toutes les dominations des autoritarismes, des idéologies guerrières ! Voilà ce à quoi nous appellent ces hommes et ces femmes qui luttent, voilà ce qui vaut la peine de se battre et d’espérer ! Les parlementaires communistes ont traduit ces revendications dans des lois, des amendements, des combats. A cet appel, les communistes veulent répondre !

Nous avons été présents dans les luttes, avec notre apport singulier. A chaque fois, nous avons formulé des propositions concrètes, poussé le débat avec tous les acteurs et actrices sur les réponses à apporter aux besoins, et posé la question de l’alternative politique. Ouvrir des perspectives, au cœur même du mouvement, c’est lui donner de la force pour porter ses objectifs. Je suis persuadée que dans ces luttes, il y a des choses qui se gagnent, même si toutes les revendications ne sont pas satisfaites, loin s’en faut. Des jalons sont posés avec exigence pour une suite à inventer. Des consciences sociales et politiques se forgent. Des débats nouveaux se lèvent. Des engagements viennent à maturité. Chacune de ces luttes est un acte de censure du gouvernement, chacune appelle une autre politique. Chacune de ces luttes conjugue l’urgence et la construction.

Pourtant, à gauche, certains semblent engagés dans une course de lenteur dont l’arrivée serait l’alternance. Nous, les communistes, dans la résistance, dans l’urgence, nous voulons bâtir une réelle alternative politique, c’est notre fil rouge. Nous voulons battre la droite et réussir à gauche.

Car la question de 2007 est de savoir si les batailles politiques permettront aux aspirations qui s’expriment de passer dans la vie.

Je crois que la période qui s’ouvre appelle de notre part au moins autant d’ambition que la précédente. Je le dis, nous n’avons qu’une seule préoccupation en tête : que la vie quotidienne change vraiment, que la vie change enfin.

Durant les trente dernières années, trois fois, la gauche a été portée au pouvoir, trois fois elle a renoncé à changer vraiment la société et trois fois elle a déçu. Et d’alternance en alternance, le niveau des droits a baissé, le libéralisme a progressé. La gauche a perdu sa boussole et s’est coupée du peuple, sa seule raison d’être.

-  Si nous en venions à une énième « alternance » créant de nouvelles désillusions, que nous réserverait 2012, après 2002 ?

Ne nous cachons pas les difficultés de la situation et l’ampleur des débats qui nous traversent.

C’est vrai qu’à la sortie du 21 avril 2002, la gauche était dans un piteux état. Elle avait déçu et peinait à tirer les leçons du séisme politique. Sa complaisance libérale dans l’exercice du pouvoir, le creusement du fossé avec le monde du travail et les milieux populaires, le défaut de perspectives claires à offrir avaient conduit à l’échec. Ces questions ne sont pas effacées, mais elles se posent d’une manière franchement différente aujourd’hui.

« Révolutionner la gauche »

, disais-je en 2002 pour montrer l’ampleur du travail à accomplir.

Avec nos forums, ancrés dans les luttes, en permanence, nous avons provoqué un débat populaire sur l’alternative, nous avons proposé aux hommes et aux femmes de se saisir de la gauche. Je l’entends comme vous à chaque occasion, ils veulent à la fois le changement et le rassemblement, car ils savent que les deux sont nécessaires. C’est à cela que nous avons donné de l’espace.

Le plus symptomatique réside évidemment dans le résultat du 29 mai, qui porte un sérieux coup aux visées libérales en Europe. Cette grande victoire populaire a marqué un tournant ! Alors que le Parti socialiste et les Verts appelaient à voter pour le traité constitutionnel libéral, le peuple de gauche, dans sa majorité, a voté « non ». Des forces progressistes nombreuses ont travaillé efficacement à cela avec les collectifs du "non" : je veux citer ici le Mars, Alternative citoyenne, la gauche républicaine, la LCR, le MRC, les Alternatifs, PRS, mais aussi la Fondation Copernic, Attac, ainsi que de nombreuses associations et des personnalités de gauche et du mouvement social, des féministes. Notre parti a joué un rôle déterminant dans cette bataille, en oeuvrant au rassemblement le plus large, en donnant à voir de la réalité des choses, en montrant la dynamique à l’œuvre, permettant au plus grand nombre de se saisir des enjeux. Nous avons toujours interpellé toute la gauche et peu à peu nous avons rassemblé sur l’idée : « quand on est de gauche, on vote non ». Notre parole a porté au-delà des habitudes, elle a interpellé largement.

J’entends ici ou là qu’on discute la portée de ce vote. Je n’ai pas envie de le minimiser. Le 29 mai, c’est vrai, ne règle pas tout, mais il traduit avec fracas dans les urnes une volonté antilibérale claire, qui se manifeste fortement dès que possible depuis dix ans. J’entends ici ou là que la dynamique serait tombée. Elle est là dès qu’on ouvre des espaces pour contester le libéralisme, construire une alternative. Nous le constatons tous les jours dans nos initiatives. A nous de proposer une démarche, des contenus permettant de faire souffler le vent du 29 mai sur la vie politique.

A gauche, pour y arriver, il va falloir souffler fort car le libéralisme, même quand il se prétend social, continue d’imprégner une partie de la gauche. Les divergences sont vives. Divergences sur l’ambition concrète de la politique à mener, d’abord.

-  Par exemple, voulons-nous ou pas aller vers la généralisation de la prise en charge des soins à 100%, voulons-nous ou pas garantir de vraies retraites pour tous et toutes ?

Voulons-nous construire un grand secteur démocratisé en commençant par renationaliser.

Divergences sur les moyens à dégager en termes de financement, en termes de démocratie, en termes d’action internationale ensuite.

-  Par exemple, voulons-nous aller chercher l’argent là où il se trouve par une grande réforme de la fiscalité, voulons-nous donner de vrais pouvoirs aux salariés sur la gestion des entreprises, voulons-nous lutter contre l’Europe libérale ?

Divergences sur la démarche qui doit rassembler majoritairement et rendre le peuple pleinement acteur et décideur de la politique mise en œuvre, enfin. Or cette fois-ci, il ne faut pas de demi-mesure. Il faut affronter les logiques libérales, c’est cela l’enseignement du 21 avril 2002. Il le faut sous peine de ne pas répondre aux besoins et aux attentes.

-  Faut-il en conclure que la référence à la gauche ne sert plus à rien, que l’on ne peut plus rien faire avec la « mauvaise » gauche et que l’on ne veut plus avoir affaire qu’avec la « bonne » ou la « vraie » gauche ?

-  Je veux le dire aux camarades de la LCR, ce raisonnement n’est pas le mien. Il faut en débattre. A sa façon, il me semble empreint d’un terrible renoncement. Voulons-nous être majoritaires sur un projet antilibéral, oui ou non ? Moi, je pense que c’est possible.

-  Voulons-nous, concrètement, résoudre les problèmes du monde du travail ?

Si nous voulons être majoritaires, il faut disputer le terrain au social-libéralisme ! Il faut être prêts aussi à prendre des responsabilités, je le dis, mais à condition que ce soit pour que les choses changent et pour rompre avec les logiques libérales.

C’est vrai, le Parti socialiste entend bien présenter un candidat en dehors de toute rupture avec les expériences passées, et rassembler la gauche sur sa politique. Eh bien, nous devons faire ce que nous avons fait l’an passé : travailler à faire bouger toute la gauche sur des choix politiques transformateurs. Cela sera possible par l’intervention des hommes et des femmes eux-mêmes. Il nous reste beaucoup à faire pour mobiliser les milieux populaires et le monde du travail, permettre leur plein investissement dans ce mouvement. C’est là la clef du changement. Alors, mettons-y toute notre énergie.

Nous avons un atout maître : le débat est là, sur la place publique, au grand jour. Lors du référendum, le débat politique a repris place dans les entreprises, les quartiers, les familles. Il y a toutes les initiatives publiques, les forums. Et le 8 février dernier, après de longues palabres et beaucoup de temps perdu, nous avons obtenu que des rencontres publiques de la gauche se tiennent au niveau national et partout en France. Je considère que c’est une étape importante. Notre peuple est invité à se saisir du débat de toute la gauche : faisons tout pour que cet événement ait pleinement lieu ! Et je le dis aux dirigeants du Parti socialiste :

il faut accepter le débat et la confrontation publique !

Ce grand débat populaire, je ne sais pas s’il nous permettra de gagner toute la gauche à un projet antilibéral. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il existe dans notre pays une majorité d’hommes et de femmes de gauche qui, grâce à ce débat, peuvent se rassembler sur une telle politique de changement. Et que ce débat sera donc un atout pour que, dès aujourd’hui, le curseur bouge à gauche, jusqu’à rendre une majorité possible demain. Voilà ce que je réponds à ceux qui nous somment de choisir entre le Parti socialiste et la gauche de la gauche. Notre objectif est clair, novateur. Nous allons de l’avant. Nous cherchons à construire un rassemblement populaire et politique le plus large possible sur des contenus transformateurs, une Union populaire pour changer la vie.

Mais nous le savons, et je veux le dire avec clarté : si la dynamique populaire antilibérale du 29 mai devait être passée par la colonne pertes et profits, si elle devait se perdre dans les sables, alors non seulement la gauche n’aurait pas les atouts pour réussir une politique de changement, mais au bout du compte, elle ne serait pas victorieuse.

Il faut donc que la dynamique populaire antilibérale bouleverse le paysage politique, qu’elle soit visible, qu’elle s’exprime pleinement jusque dans les urnes.

Il est clair qu’une partie des hommes et des femmes de gauche vote par défaut, et voit encore aujourd’hui comme seul vote efficace un vote de moindre mal. La victoire du 29 mai, comme la nature des luttes qui se développent prouvent que l’hégémonie à gauche des choix d’accommodement avec le libéralisme n’est pas une fatalité ! Encore faut-il ne pas se contenter de vouloir "peser à gauche" mais se fixer l’objectif de construire une gauche pleinement à gauche par l’intervention populaire et citoyenne. La dynamique populaire antilibérale doit de nouveau devenir majoritaire à gauche comme l’était le « non » !

Pour se déployer, cette dynamique a besoin de quatre ingrédients. D’abord, elle tient au peuple ! Elle tient à celles et ceux qui s’emparent de politique et qui refusent les cadres préétablis par des rapports de force issus du passé. Elle tient à celles et ceux qui rendent un espoir vivant et possible, qui croient en d’autres choix.

Le deuxième ingrédient, c’est la clarté des propositions alternatives, leur audace et leur crédibilité, leur caractère antilibéral et leur visée de transformation sociale.

Le troisième ingrédient, c’est le fait de jouer la gagne, de se battre pour un objectif ambitieux, et de savoir qu’on récoltera des fruits au cours de la bataille. Le quatrième ingrédient, c’est la possibilité de s’inscrire dans une dynamique de rassemblement sans a priori qui porte ces objectifs et cette démarche, c’est l’engagement commun d’hommes et de femmes différents mais en dialogue et en construction.

Certains à gauche doutent qu’on puisse encore bouger la donne, cela les amène à se résigner à des candidatures de témoignage en manque de dynamique et d’efficacité qui donneraient tous les arguments aux tenants du prétendu vote utile.

Tous ceux et celles qui ont été des artisans du 29 mai, individus et organisations, perçoivent que nous avons devant nous une chance historique de bouleverser la donne et de proposer une véritable issue à notre peuple. Nous devons la saisir à pleines mains !

-  Comment réussir ?

Sous diverses formes, un fort débat est en cours dans notre pays sur les solutions alternatives à mettre en oeuvre. Deux des ingrédients dont j’ai parlé tout à l’heure peuvent y être présents - l’intervention populaire et les propositions alternatives audacieuses -, mais deux manquent encore à l’appel - une dynamique de rassemblement et un objectif ambitieux.

Dans la période qui vient il nous faut impérativement renforcer les deux premiers. Nous y travaillons. Notre programme adopté, nourri des forums, nous allons le reverser au débat populaire et nous allons démultiplier les forums dans les quartiers, les entreprises. Mais nous devons également faire émerger les deux derniers, qui sont liés.

Si nous parvenons, pour les échéances de 2007 à proposer une dynamique de rassemblement, nous pourrons vraiment parler d’ambition. Imaginons tout ce qui est possible si nous y parvenons !

Nous avons déjà mis en débat une proposition forte : celle de candidatures de rassemblement exprimant la diversité des forces et des acteurs visant à porter la dynamique populaire antilibérale pour les législatives et la présidentielle. Nous avons proposé que pour cette dernière, un homme ou une femme issu de notre parti puisse incarner cette dynamique, dans l’esprit de la faire gagner, dans l’esprit d’une campagne commune, menée à plusieurs voix, dans l’esprit du 29 mai. Car nous pensons pouvoir donner les garanties d’un engagement solide et d’un vrai succès partagé. Cette proposition, qui s’adresse largement à toutes les forces sociales et politiques antilibérales et au peuple de gauche a suscité des réactions d’hommes et de femmes, et des débats dans des forces de gauche, des mouvements. Mais je le dis : il faut aller plus loin, il faut en débattre franchement et faire sauter le verrou !

-  Voulons-nous oui ou non saisir la chance qui est devant nous ?

-  Ou bien la laisser passer et que rien ne change ?

A un an des échéances il faut se secouer. Après le débat des communistes et si nous en décidons, le congrès doit nous permettre de franchir une étape et de donner force à cette proposition. Donnons-nous les moyens de faire bouger les choses, et donnons mandat au nouveau Conseil national qu’au mois d’octobre au plus tard puisse se tenir une conférence nationale pour faire le bilan et proposer aux communistes de prendre leur décision concernant les choix à opérer pour les échéances de 2007, à partir de ce que nous aurons fait bouger à gauche.

Mon souhait est de débloquer la situation. Je crois que c’est possible ! Imaginez l’espoir de changement que ça pourrait représenter. Il faut que tous ceux et celles qui, à gauche, veulent que la dynamique antilibérale prenne force jusque dans les urnes, se rencontrent et mettent cartes sur table. Pourquoi ne pas nous retrouver le 29 mai -c’est une date intéressante- pour tirer le bilan du débat multiforme et fructueux qui dessine un programme antilibéral. Mais aussi pour regarder comment donner concrètement toutes ses chances à ce programme, pour qu’il ne reste pas lettre morte.

On pourra y discuter de notre proposition politique. Ce que je veux, c’est ne pas laisser la présidentielle empoisonner la vie démocratique et encourager le bipartisme. Si nous n’avançons pas, le cycle qui s’ouvre pourrait reléguer une fois de plus toutes les énergies de changement, en marge des grands choix politiques.

-  Pour combien de temps ?

Il y a un potentiel formidable, qui s’est fait jour, gardons le vivant ! Ne jouons pas le statu quo, le chacun pour soi. Rassemblons les énergies comme nous avons su le faire ! N’évacuons pas les questions, posons-les. Et je veux ajouter, qu’aussi délicates soient elles, elles doivent être versées au débat public, pour que s’exprime la volonté du peuple !

C’est la bataille que je veux mener.

Je ne veux pas que toutes les luttes, toutes les espérances soient demain bafouées par la droite, je ne veux pas qu’elles soient trahies par une gauche de renoncement, je ne veux pas qu’elles soient marginalisées par une gauche minoritaire, je veux qu’elles soient portées au pouvoir par une dynamique populaire et citoyenne, par une gauche audacieuse, courageuse. Je veux que la droite soit durablement battue parce que la gauche saura répondre aux aspirations populaires. Je veux que les idées d’extrême droite reculent parce que l’espoir aura pris le dessus.

Oui, je pense que nous pourrons jouer un rôle durablement positif dans les jours et les mois à venir pour que notre peuple ne soit pas enfermé dans le piège du bipartisme, pour qu’à gauche quelque chose de neuf se concrétise.

-  Ce que je propose, est-ce renoncer à jouer notre rôle de parti communiste ?

-  Est-ce, comme je l’ai entendu, se diluer ?

Pas une seule seconde. Ce que je vous propose, c’est de replacer perpétuellement nos objectifs fondamentaux, nos idéaux communistes au cœur de notre démarche.

Pour moi, c’est déployer pleinement ce que nous sommes, c’est mener une action efficace au service de notre peuple, c’est tirer les leçons du passé et refuser de nous placer dans un situation statique où nous serions condamnés à jouer les utilités, ou bien à attendre bon an mal an que les orages passent. Nous sommes dans les luttes, au cœur des enjeux de la gauche et c’est avec nous que bat le cœur de son renouveau.

Les batailles que nous avons menées avec d’autres, cela nous a tous transformés parce que nous nous sommes découverts mutuellement dans l’action, parce que ce rassemblement nous a dépassés les uns et les autres. Je crois que nous devons poursuivre cette activité politique tous azimuts et continuer de mettre tous les enjeux politiques sur la place publique, pour que jamais notre peuple ne soit dessaisi, pour incarner pleinement le communisme en politique.

Chers camarades,

Creuser ce sillon appelle un enracinement populaire renouvelé. Tout ce bouillonnement n’a été possible que parce que le Parti communiste était lui-même dans une dynamique. En effet, nous avons développé l’activité du parti à l’entreprise et en direction des salariés et des syndicalistes. 7 sections de grandes entreprises ont vu le jour depuis notre dernier congrès et notre engagement s’est déployé dans les grandes concentrations de salariés. Alors que ces dernières années nous avaient conduits à penser insuffisamment les responsabilités individuelles dans un cadre collectif, nous avons renforcé notre organisation. Il nous reste, à prolonger cet effort pour construire un parti toujours mieux en phase avec son peuple dans sa diversité, toujours mieux à son image.

La campagne référendaire a montré s’il en était besoin, que le militantisme peut beaucoup. En 2005, nos effectifs ont augmenté, alors que nous constations depuis de nombreuses années une érosion. Des jeunes, des salariés nous ont rejoints en nombre et manifestent l’envie de s’investir pleinement dans la vie de notre parti. Nos deux campagnes d’adhésion ont été utiles, elles ont montré que lorsque nous sommes offensifs sur cette question, nous rencontrons de l’écho. Alors allons-y, pour être toujours plus le parti des salariés, celui des ouvriers, celui des chômeurs, celui de la création et de la culture, celui des femmes et du féminisme, celui des résidents étrangers, celui de la diversité... L’intervention communiste est sollicitée partout, de plus en plus, dans l’action et dans le débat, nous voulons y répondre toujours mieux. 8 000 adhésions en 2005, c’est du sang neuf et un encouragement formidable à poursuivre notre action. Je vous propose d’en réaliser plus de 10 000 en 2006.

Permettez-moi de m’arrêter un instant sur le besoin, la nécessité que la diversité de notre parti se traduise dans les responsabilités de direction ou électives. Cela demande d’écarter « les bonnes raisons de faire comme avant » et d’oser faire porter le mouvement des jeunes par des jeunes dans nos directions, les institutions, d’oser porter le combat des femmes, d’oser porter le combat des résidents étrangers, de leurs enfants, d’oser porter le combat des minorités visibles dans nos directions, dans les institutions.

Parité, mixité, ce n’est pas une question de statut ou d’image, c’est une question de démocratie, de dignité, de respect.

Notre vie démocratique doit être à la hauteur des aspirations à partager le savoir et le pouvoir. Nous savons que le militantisme a besoin d’efficacité et de plaisir. C’est le cas lorsque l’engagement individuel trouve sa force dans le collectif. A ce propos, je voudrais souligner l’esprit positif et offensif qui a présidé au débat des communistes. Mais je ne peux m’empêcher de regretter quelques épisodes marginaux. Lorsque nos statuts en viennent à devoir être interprétés par la justice, nous sommes dans des rapports humains qui pèsent sur le déploiement de notre activité. La démocratie interne exige l’acceptation de règles de vies communes, et elle exige toujours le débat, dans le respect, avec la volonté farouche de construire du commun. C’est le sens des modifications de statuts qui ont été proposées aux communistes. Mais nous savons que les statuts ne règlent pas tout. Enfin, nous pouvons, je crois, renouveler notre effort pour ouvrir le dialogue avec les nombreux hommes et femmes qui se sentent partie prenante de la force communiste, sur le projet, les pratiques du Parti communiste comme le fait l’Atelier.

Je crois que nous pouvons avoir de l’ambition pour notre parti. Notre peuple en a besoin, le mouvement progressiste en a besoin. Parmi les hommes et ces femmes en lutte, je ressens cette attente d’un parti qui soit le porte voix de leurs colères, leurs aspirations, qui ne laisse pas le capitalisme disposer de leurs vies comme il le fait aujourd’hui. Parmi les hommes et les femmes que je rencontre, je ressens cette envie d’un parti qui permette à notre peuple de s’inviter vraiment en politique. C’est ce que font les militants et militantes communistes, c’est ce que font les élus communistes au quotidien. Chaque jour, confrontés aux réalités, ils inventent, ils proposent, ils réalisent pour contrer les logiques libérales et changer le monde à tous les niveaux. Ils sont autant de points d’appui pour les luttes populaires. Autant de points d’appui pour celles et ceux qui souffrent. Autant de points d’appui pour construire l’avenir. Déjà ils changent les choses ! Je veux ici saluer l’engagement des Jeunes communistes. Depuis trois ans, ils sont présents sur tous les terrains avec les jeunes et de plus en plus nombreux. Ils sont partie prenante du rayonnement communiste. Dans notre combat quotidien, je voudrais donner un coup de chapeau à L’Humanité quotidienne dont les efforts permanents pour répondre aux besoins d’information et de réflexion nous sont vitaux. L’Humanité est un détonateur de notre action ! Je voudrais également saluer chaleureusement l’arrivée de l’HD renaissante. Il tient à nous qu’elle réussisse, car elle entre en résonance avec tant d’attentes médiatiques inassouvies.

Chers camarades,

Il y avait beaucoup de choses à dire pour ouvrir nos travaux, pour situer les enjeux auxquels nous devons faire face. En parlant de la Convention, Victor Hugo écrivait : « En même temps qu’elle dégageait de la révolution, cette assemblée produisait de la civilisation. Fournaise, mais forge. » Eh bien, j’ai envie de nous souhaiter d’être la fournaise et la forge, de produire de la révolution et de la civilisation, de l’action et des idées, du présent et de l’avenir, de l’utile et du beau, de l’efficace et du juste... Je nous souhaite de bons débats, habités par l’engagement des communistes, par les aspirations de celles et ceux qui nous sont chers et avec qui nous vivons, enracinés dans la réalité contradictoire de notre temps.

Bon congrès à toutes et à tous.

Marie-George Buffet

source :

-  Bellaciao



Publié le 25 mars 2006  par torpedo


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