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Qui est terroriste ? par Gideon Lévy

Catégorie politique
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Les scènes de Gaza sont déchirantes.

-  Déchirantes ?

Pas sûr.

L’image de la famille Aben, de Beit Laliya, qui a perdu une fille de 12 ans, Hadil, n’a pas provoqué d’émotion particulière en Israël.

Même à la vue des petits frères et de la mère d’Hadil, blessés, étendus, hébétés, sur le sol de leur misérable maison, personne n’est descendu dans les rues, personne n’a protesté.

Le jour où Hadil Aben a été tuée, « Yediot Aharonot » rapportait l’histoire de la chienne « Nelly » morte d’un arrêt cardiaque dans le kibboutz Zikim, à cause du bruit des canons de l’armée israélienne.

Au lieu de se dire désolé que des enfants aient été tués, on a, au sommet de l’appareil de la Défense, déversé un flot de déclarations véhémentes.

Le Ministre de la Défense a dit qu’il n’y avait qu’à augmenter la pression sur les Palestiniens. Le chef d’état-major adjoint a parlé d’une possible occupation de Gaza et le chef du département des opérations a ajouté : « Ce que nous avons vu jusqu’ici, c’était seulement la bande annonce ».

L’armée israélienne a fait savoir qu’elle allait réduire encore la « distance de sécurité » établie pour tenter d’éviter de toucher à la population civile. Le chœur chante d’une seule voix, à vous glacer le sang.

Israël fait pleuvoir des milliers d’obus sur des villes et des villages, les « aires de tir » des roquettes Qassam, appellation douteuse créée par la Défense et adoptée, yeux fermés, par les médias. Mais seuls les Palestiniens qui lancent des roquettes Qassam - lesquelles n’ont tué personne depuis le désengagement [des colonies de Gaza - NdT] - sont considérés comme « terroristes ».

Même le soupçon que la langue de la Ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, ait fourché quand elle a dit, au cours d’une interview à la BBC, qu’à ses yeux

il y avait une différence entre toucher à des civils et toucher à des soldats, n’a pas soulevé de débat sérieux dans la population.

Et même si ensuite, dans une interview à Canal 10, elle n’a pas fermement soutenu ces propos, Tzipi Livni a osé dire la vérité, à savoir que si toucher à des civils est le critère du terrorisme, alors Israël est un Etat terroriste.

-  Avec 18 tués, dont trois enfants, en 12 jours dans la seule Bande de Gaza, pouvons-nous vraiment nous satisfaire de l’argument de l’absence d’intention ?

-  Celui qui tire au canon sur des concentrations de population et déclare avec une effrayante insensibilité que ce n’est encore que la « bande de lancement », peut-il prétendre qu’il n’a pas l’intention de tuer des enfants ?

C’est à juste titre que les responsables de semblables bombardements sont considérés, dans le monde, comme des criminels de guerre. Lorsque le terrorisme est le fait d’un Etat, sa gravité est plus grande encore que dans les cas où il est le fait d’organisations rebelles.

Israël déclare souhaiter exercer une pression sur la population palestinienne afin que celle-ci empêche les tirs de roquettes Qassam. Pauvre argumentation. Aucun dirigeant palestinien ne peut promouvoir un cessez-le-feu quand des dizaines de civils sont touchés. Aucun Palestinien, quelles que soient ses aspirations à la paix, ne peut faire obstacle de son corps aux tirs lancés depuis les territoires de l’Autorité Palestinienne.

-  Les parents de Hadil Aben pouvaient-ils faire quelque chose ?

-  Et comment au juste, le fait de tuer leur enfant amènera-t-il un arrêt des tirs de roquettes Qassam ?

Le siège imposé à Gaza relève d’une politique strictement inverse de celle qu’il faudrait adopter, même en fonction des intérêts d’Israël. La politique actuelle ne fait que renforcer le soutien au Hamas, exactement de la même manière que les attentats ont renforcé la droite en Israël. Un peuple assiégé, dont les dirigeants font l’objet d’un boycott, se montrera beaucoup plus résolu à lutter jusqu’à sa dernière goutte de sang. Seul un peuple qui apercevra une lueur au bout du tunnel pourra changer d’attitude.

-  Que se passerait-il si Israël s’adressait au monde et lui demandait, là maintenant, de venir en aide aux habitants de Gaza, de donner et d’investir afin de les aider à sortir de leur misère ?

Un premier ministre israélien qui agirait ainsi et qui proposerait une rencontre avec son homologue palestinien élu, exercerait une pression beaucoup plus utile et positive que n’importe quel bombardement.

Si les Palestiniens voyaient, pour la première fois de leur vie, Israël se préoccuper de leur sort, ils auraient beaucoup plus à perdre et ils stigmatiseraient les lanceurs de roquettes Qassam. La seule voie est de semer l’espoir.

-  Si dans la situation actuelle, les tirs de roquettes Qassam cessaient, Israël lèverait-il le siège ?
-  Permettrait-il le libre passage entre Gaza et la Cisjordanie ?
-  Laisserait-il les Palestiniens travailler sur son territoire ?
-  Permettrait-il la construction d’un port et d’un aéroport dans la Bande de Gaza assiégée ?

Les déclarations israéliennes démontrent en fait que la réponse à toutes ces questions est négative. Au vu de cela, la politique israélienne actuelle ne conduira qu’à accroître la violence de leur côté.

Aucune roquette Qassam ne justifie de semer la mort et la terreur par des bombardements. Les canons sont destinés à la guerre contre une armée. Leur emploi contre une population civile impuissante doit être tenu pour illégitime. Un Etat ne bombarde pas des villes. Un point c’est tout. Exactement comme dans la lutte contre la criminalité qui, elle aussi, tue et menace la sécurité, aucune fin ne justifie les moyens.

-  Viendrait-il à l’esprit de faire évacuer par la police tout un quartier d’où sont issus des meurtriers ?

-  Quelqu’un déciderait-il de bombarder un tel quartier, même si cela devait amener une réduction de la criminalité sur son territoire ?

Celui qui veut vraiment mettre un terme aux tirs de roquettes Qassam, doit inverser du tout au tout la politique israélienne. Montrer de la retenue face aux roquettes Qassam, lever le siège, rencontrer sans attendre les dirigeants palestiniens élus et appeler le monde à verser de l’argent à l’Autorité Palestinienne.

Seul un Gaza libre et sûr arrêtera de lancer des roquettes Qassam.

-  Avons-nous jamais essayé cette voie-là ?

Haaretz, 16 avril 2006

www.haaretz.co.il Version anglaise : www.haaretz.com Traduction de l’hébreu : Michel Ghys

Sources :

-  protection-palestine.org

-  radio air libre



Publié le 20 avril 2006  par torpedo


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