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La voie royal(e) par Hassinamechai

Catégorie politique
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(JPEG) Le brumeux Franz-Olivier Giesbert vient de sortir un livre dans lequel il tire à boulets faussement courageux et rouges d’une indignation "légèrement" en retard sur un Chirac en fin de règne et sur son marabout blanchi, Dominique de Villepin.

Saint-Simon aussi, en son temps, chroniqua et moqua un Louis XIV vieilli et quasi grabataire, sans craindre les foudres du Roi-Soleil en totale éclipse.

Ce livre, visuellement, est véritablement un livre-Pierre tombale : la jaquette présente un fond noir sépulcral, d’où ne ressort que le visage fermé du président, comme ces tombes "enluminées" par le visage du défunt.

En guise d’épitaphe funèbre, "La tragédie du président", suivie des dates de naissance et de mort politique : 1986-2006.

" le France, elle veut qu’on la b..."

FOG rapporte (et le terme est bien choisi), entre autres détails "people-litiques", que le Premier Ministre aurait pour habitude de dire : "La France a envie qu’on la prenne, ça la démange dans le bassin. Celui qui l’emportera à la prochaine élection, ce ne sera pas un permanent de la politique, mais un saisonnier, un chenapan, un maraudeur", ou encore "La France, regardez-la, elle a les cuisses écartées, elle a besoin qu’on la b...".

Jolie verdeur dans des propos qui relèverait plus de la paillarde "bigardise" de bar PMU que du langage châtié de la tradition diplomatique dans laquelle s’inscrit M. de Villepin.

Ce dernier ne songe pas à se "donner" forcément comme Jésus Christ ou le maréchal Petain, qui tous deux aussi, symboliquement ont fait don de leur vie ou de leur personne.

Non, c’est au sens clairement litteral et charnel que l’étalon De Villepin voudrait faire don de son corps à la France.

Dés lors s’éclaire sous un jour nouveau la petite scène de steap-tease maritime à laquelle nous eumes droit l’été dernier.

Notre primesautier Premier Ministre, léger et court vêtu, fit plongeons et galipettes apolinesques dans une mer ensoleillée, sous l’oeil énamouré de caméras présentes fort à propos ce jour-là.

Voici une scène totalement "abradabrantesque", et qui hélàs, a fait "pschitt" car, jusqu’à nouvel ordre, nulle foule en pamoîson n’a donné l’assaut à Matignon.

Le programme politique de Villepin fait ainsi ressembler la France à une vielle rombière insatisfaite et frustrée et tout candidat élu à sa tête à un arriviste et gigolo gominé.

Jolie prespective pour 2007...

La France, elle veut qu’on la dresse ?

Le pendant de ce "programme" de giton est celui du rival énervé, Nicolas Sarkozy. Lui, ce serait plutôt "La France, elle veut qu’on la redresse", et derrière ces mots, nombreux sont ceux qui entendent "La France, elle veut qu’on la dresse".

Sarkozy, ce serait le tout sécuritaire comme programme politique ultime qui sonne et claque comme un ultimatum à tous et à tout va.

Pénalisation extrême, recherche quasi obsessionnelle du moindre signe précurseur de "délinquance", même dans la petite enfance, sur-activité médiatique et frénétique.

La France, selon ce qui se dessine de ces indices, aurait besoin d’un protecteur qui décide pour elle, à sa place, de ce qui est bon pour elle. Car apparaît alors le visage d’une France apeurée, inconsistante, désorientée, réclamant à corps (désolée, M de Villepin) et à cris le sauveur, le protecteur à la machoire carrée.

C’est la France-Damoiselle en détresse, éternellement dans la panade.

Cependant, cela fait longtemps qu’on ne trouve de jeune fille en détresse que dans les contes de fées qui sentent la naphtaline. Le MLF et les crapauds jamais changés en Prince sont passés par là. Et, comme disait Brecht, "malheur au pays qui a besoin de héros", parce que le "héros" n’a pas intérêt à ce que la détresse cesse ; il inventerait plutôt des dangers que de devenir inutile et de perdre ainsi son rôle de "sauveur".

-  Monsieur Sarkozy risque-t-il de connaître le destin d’un Don Quichotte (magyar) qui voyait dans d’inoffensifs moulins de dangereux géants (la "racaille", les prostituées, les enfants de 3 ans ?)

-  qui pensait chevaucher un fringrant destrier alors que son Rossinante n’était qu’un vieux cheval décati et décharné (l’UMP ?)

-  et qui courtisait et sur-protègeait une robuste et simple paysanne transfigurée dans son esprit égaré en une Dulcinéa apeurée (la France ?).

La France, elle veut qu’on la berce...

Et voilà que se profile médiatiquement depuis peu une troisième figure de la France, celle que dessine l’enthousiasme déclenchée par Ségolène Royal.

Cette reflexion m’est venue en observant le visage de Madame Royal : yeux bleus-horizon, pommettes hautes, front dégagé, air maternel. Je songeai alors aux mémoires du général De Gaulle et à sa célèbre phrase sur "la certaine idée" qu’il s’est toujours faite de la "doulce France" et allégorise cette éternelle France dans les pensives madones moyennageuses.

Madame Royal a tout l’air de cette madone. Nulle religiosité ou ferveur "royaliste" dans mes propos, mais une simple constatation télégénique. Je le redis : Ségolène Royal ressemble à cette Madone des vieilles estampes enluminées. Et c’est justement ce visage à l’apparence maternelle et douce qui fait beaucoup, selon moi, dans le succès de Madame Royal.

Voilà peut-être pourquoi explose tant d’enthousiasme pré-électoral pour Ségolène Royal alors même qu’on ne sait pas réellement quel sera son programme politique.

Mais justement, on ne demande pas à une allégorie de s’exprimer, on lui demande juste d’être, de représenter.

Tout comme Greta Garbo disait que sa beauté faisait croire en son génie, le visage de Madame Royal fait croire en sa capacité à diriger réellement la France, puisqu’elle l’incarne potentiellement.

Pour cela, nul besoin de paroles ; le silence ou tout au plus le murmure apaisant suffiront.

Même son nom, "Royal", semble prédestiné tant il renvoie à un imaginaire de grandeur passée de la France, au temps des destinées et des splendeurs versaillaises. Sous la cinquième République, le Président est somme toute un monarque élu et ce nom claque comme un titre monarchique.

-  Tout cela est-il le signe indéniable que la France serait retombée en enfance ?

Pas forcément.

Seulement, la France "a peur" (merci Monsieur Gicquel).

Mondialisation destructurante, absence d’une vision claire de l’avenir, sensation d’errance totale dans un monde étrange.

-  Et vers qui se tourne-t-on quand on est perdu ? Vers la figure maternelle ou vers la religion. La figure de la Madone présente ainsi l’avantage de rassembler en une unique figure tutélaire ces deux aspirations profondes.

Aussi, la France n’a-t-elle ni besoin qu’on la b..., ni qu’on la dresse. La France a besoin qu’on la berce.

Cependant, se présentera-t-il en 2007 un candidat qui suggerera que la France a besoin qu’on la panse et surtout, qu’on la pense...

Quelqu’un qui ne serait ni séducteur narcissique, ni protecteur sur-agité, ni Maman-berceuse... Si mes souvenirs sont bons, cela s’appelle un homme politique en somme.

source :
-  Oulala

-  Lire également : Ségolène Royal le joker de la posture



Publié le 25 avril 2006  par torpedo


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